GEORGES, ELMIRE
GEORGES, —(à part) Tiens, ce n’est pas lui !
ELMIRE
Ah, vous voilà, enfin !
GEORGES, (à part.)
Il parait que nous sommes en pays de connaissance. (Haut) Mais oui, Mademoiselle, me voici.
ELMIRE
Vous ne pouviez arriver plus à propos.
GEORGES
Vraiment ! (à part.) Où donc m'a-t-elle connu, celle-là ?
ELMIRE
J'ai eu fort à faire, allez.
| GEORGES
J'en suis désolé, veuillez m'en croire.
ELMIRE
Oh, mais les choses ont bien tourné à la fin. GEORGES.
Alors j'en suis des plus charmés. (à part.) À quoi veut-elle en venir, définitivement ?
r une veux Bon.
1 con
en ar-
rÉpa-
nals-
ELMIRE
Tout s’est arrangé au gré de nos désirs.
GEORGES
C’est fort heureux ! (à part pende si je comprends quelque ELMIRE.
D'abord, il ne voulait Pas entendre parler de notre union.
) Je veux qu’on me chose à tout ceci
GEORGES
De notre union, dites-vous ELMIRE.
Oui, et sa première pensée a été de vous la maison, ”
interdire
GEORGES, (à part)
Ah ça! que me chante-t-elle donc celle-là
serais-je devenu le fiancé d’une inconnue et $ savoir |
ans le
Mais toute notre difficulté rou entendu ; nous étions, l’un et l’ étrange des mébprises,
GEORGES, (à part.) Je pense que la méprise se continue.
lait sur un malautre, sous la plus
ELMIRE
Il vous prenait pour un autre.
GEORGES, (à part.) Ma foi, je ne sais pas s'il n'avait pas raison ; je ‘emmence, moi-même, à douter de mon identité.
ELMIRE
Ah! si vous aviez vu sa colère quand je lui ai dit que je n’en épouserais jamais un autre que vous.
GEORGES
Vous lui avez dit cela? (à part.) Au fait, elle commence à m'intéresser, cette enfant-là.
ELMIRE
. Vous étiez, disait-il, un étourdi, un fainéant
dont la seule préoccupation, dans le moment, était de mettre la main sur son argent...
GEORGES, (à part)
Ai! Ai! Il parait que le bon-homme a reçu de mes nouvelles !
ELMIRE, (riant) Et, tout ce temps-là, figurez-vous que j'avais oublié de lui dire votre nom.
GEORGES, (à part) À la bonne heure; cela me rassure un peu.
ELMIRE
Et quand je vous ai nommé.
GEORGES
Vous m'avez nommé!
ELMIRE
Sans doute ; que vouliez-vous que je fisse ?
| GEORGES
Mais comment avez-vous fait pour me nommer ?
je lui ai que vous.
fait, elle
fainéant ent, était
: reçu de
avais ou-
ymmer ?
ELMIXE.
Il m'en a bien coûté, je vous assure ; mais, une fois la glace rompue, j’ai compris qu’il ne fallait plus reculer, et j’ai tout avoué.
GEORGES
Vous avez tout avoué !
ELMIRE
Oui, et lorsqu'il à appris qu'il s'agissait de vous, oh ! alors sa colère a fait place À une joie immense... C'était précisément vous qu'il avait rêvé pour son gendre.
GEORGES (à part)
Décidément, c’est elle qui rêve !
ELMIRE
Alors, comme vous le pensez bien, toutes les diffcultés se sont aplanies et son consentement ne s’est pas fait attendre.
GEORGES
Mais comprenons nous un peu s'il vous plait, mademoiselle. Etes vous bien sure que c'était de moi qu'il s'agissait ?
ELMIRE
En voila une question, par exemple: je crois vrai-
ment, mon cher ami, que le bonheur vous fait dérai. sonner,
GEORGES, (4 part)
Il y en a certainement un de nous deux qui dé. raisonne,
ELMIRE
Au reste, c’est tout naturel... Quant à moi, je suis presque folle de joie.
GEORGES, (à part)
Pourvu qu'elle n'ait que cette folie-là.
ELMIRE
Maintenant que j'ai donné le premier assaut, vous ne devez plus hésiter à poursuivre l’attaque : mon père est sur le point de rentrer et je vous laisse à l’attendre Allons, bonne chance! (elle sort.)
SCÉNE 3me.
GEORGES, (seul)
Oh! mais je m'y perds de plus en plus! Moi, Georges Durand, arrivé ce matin en ligne directe de Calcutta, moi, le fiancé de cette jeune personne que je-n’ai jamais vue ! ..…. Y comprenez-vous quelque chose, vous autres. Il y a certainement là-dessous quelque malentendu Mais qu'importe; le rôle d’amoureux me sourit assez dans le moment et je m'y prête sans résistance, en attendant que les choses se débrouillent. (11 chante.)
L'aventure est amusante,
Je n’y comprends rien, ma foi ;
C’est quand je ne suis plus moi, bi Que j'ai les vœux d’une amante, È "
Mon succès n’est pas flatteur
Pour un homme qui s’estime ;
Mais c’est un triomphe intime bi Pris sur mon compétiteur. | *
Puisque c’est nous que l’on aime Quand on nous prend pour autrui, Il vaut mieux rester ainsi bi Qu de passer pour soi-même. d C'est bien singulier tout de même et je ne comprends pas. (Ilréfléchit.) Tiens! tiens! ! tiens!!! J'y suis maintenant ! Parions que c’est au profit de ce coquin d’Edouard que je joue au fiancé depuis un quart d'heure... Pourtant j'aurais cru que notre ressemblance d'autrefois se serait un peu perdue pendant mon long voyage... Mais il parait que les accidents de la fortune n'ont pas altéré ma bonne mine et que je suis toujours le fac simile de mon digne frère... Tant micux après tout; ces complications ne pourront qu'aider au succès de mes petites entreprises et, puisqu'on le veut absolument, je consens à demeurer, jusqu’à nouvel ordre, le futur gendre de mon futur créancier...