‹ Erreur n'est pas compte, ou Les inconvénients d'une ressemblance; vaudeville en deux actesChapitre 10 sur 18 · GEORGES, BONVAL · texte numérisé non relu

GEORGES, BONVAL

bonval, (clans la coulisse)

S'il vient quelqu'un, vous direz que je suis occupé pendant une heure, entendez-vous ?

GEORGES

Décidément, c'est lui cette fois. Tenons ferme.

BONVAL

Charmé de vous revoir, mon cher Durand ; comment a été le petit voyage d'agrément ? (il serre chaleureusement la main de Georges)

GEORGES

Parfaitement Je vous remercie. ( à part) 1 1 appelle cela un petit voyage d'agrément : deux mille cinq cents lieues sans désemparer !

BON VAL

J'avoue que je me suis ennuyé de vous.

GEORGES

C'est trop aimable de votre part, (à part) Voyons, est-ce qu'il s'agit de moi maintenant ou de mon frère ?

Bon val.

Vous savez l'intérêt que je vous porte.

GEORGES

Oii ! je n'oublierai jamais cela, (à part) Je ne m'en doutais guère pourtant.

BONVAL

Mais prenez donc un siège, je vous en prie. GEORGES, (à jpart} allant prendre un fauteuil) La situation devient terriblement embarrassante !

Suis-je moi, ou ne suis-je pas moi? Voilà la grande

question pour le moment.

BONVAL, (s étendant sur un fauteuil.) Et vous venez pour une affaire bien importante, je suppose ? (à part) Laissons-le faire son petit chemin tout seul, le brigand !

GEORGES

Mais, oui, mon clier monsieur Bonval, et voire bienveillant accueil me donne une hardiesse que je n'aurais pas eue sans cela.

BONVAL

Oh ! prenez votre courage à deux mains et ne craignez rien, (à part) Voyons s'il est aussi habile en amour qu'en affaires.

Georges, (avec hésitation)

Je sais, d'ailleurs, quel estime vous aviez pour mon père.

bon val. (à part).

Allons donc ! Où va-t-il remonter à présent !

GEORGES

Et permettez-moi de vous dire qu'en la reportant sur son fils, vous ne trouverez pas un ingrat.

BON VAL, (à part).

V'a-t-il en finir avec ses préliminaires ? Ces amoureux sont d'une bêtise !

Georges.

La demande que je viens vous faire va peut-être vous étonner.

Bonval.

Au contraire, je m'y attends.

Georges, (à part) Il s'y attend ! véritablement je n'en reviens pas.

Bonval.

Mais procédons, je vous en prie, car avec toutes ces hésitations, vous ne me faites plus l'effet d'un homme d'affaires et je crains que votre petite promenade ne vous ait causé des distractions funestes.

Georges (à part) Bon ! encore mon petit voyage d'agrément.

Bonval.

Au reste, je sais que ces choses coûtent toujours à dire. Pour ma part, j'ai été une fois dans une situation semblable et j'admets que je faisais trèsmauvaise figure.

Georges (à part) Il connait ma situation !

C'est donc tout naturel que j'aie de l'indulgence pour vous.

Georges (à part).

Décidément, je suis moi-même cette fois, (haut) Eh bien, puisque vous voulez me mettre complètement à l'aise, je vais vous parler à coeur ouvert.

Bonval.

C'est ce que je désire.

Georges.

Vous n'ignorez pas, monsieur Bonval, malgré la position indépendante que vous occupez

Bonval (à part)

Bon ! le voilà encore lancé !

Georges.

....qu'il est des circonstances où un homme d'affaires a besoin du concours de ses amis pour réaliser ses projets

Bonval (à part) Singulière demande en mariage que tout cela. Georges

Je suis actuellement dans cette position

Bonvàl (à part) Mais qu'est-ce qu'il me conte là ?

Georges.

Il m'en coûtait d'aborder un sujet aussi délicat avec vous ; mais, en homme d'affaires, je mets le sentiment de côté.

Bonval (à part)

Oui, le sournois, il réserve cette partie-là pour ma fille.

Georges.

Et je me décide à vous proposer une petite négociation, sachant que le nomque je porte vous inspire une entière confiance.

Bonval (à part)

Il appelle cela une négociation ! . . . Hum ! au reste, le mot n'est pas déplacé dans sa bouche... Avant tout, il est de son état, (haut.) Et qu'elle est cette négociation ? (à part) Je le tiens maintenant.

Georges.

J'ai en vue une spéculation superbe

Bonval (à part) Bon ! voilà que cela s'appelle spéculation à présent.

Georges.

Et comme il me faut avant tout de l'argent comptant. . .

BONVAL

De l'argent comptant !

Georges.

Oui ! c'est indispensable.

Bonval.

Quoi ! pour notre affaire !

Georges.

Non, pour la mienne.

Ah! pour la vôtre, (à part) C'est une étrange façon, tout de même, de solliciter ma fille en mariage.

Georges.

Je sais venu vous demander s'il vous serait possible de me prêter, pour quelques jours, une somme de cinq cents piastres.

BONVAL

Vous dites que que que

Georges.

Il va sans dire que je vous donnerai un bonus au taux que vous voudrez bien fixer vous-même et les meilleurs endossements de la ville

Bonval. (à part)

Quel singulier garçon ! Ma foi, j'aime assez

cela... les affaires avant tout !

Georges.

Est-ce que vous auriez quelque hésitation ?

BONVAL

Oh! non Mais voyez-vous enfin, la

proposition m'a pris un peu par surprise.

Georges, (à part)

J'avais compris qu'il s'y attendait ; mais poursuivons nos avantages, (haut) J'admets que vous n'êtes pas dans l'habitude de me faire des prêts.

Ni de vous voir contracter des emprunts ; mais la chose s'explique parfaitement et je serai très heureux de vous rendre ce petit service. {Tirant sou portefeuille) Tenez, voici justement un chèque au porteur que j'avais préparé pour une autre affaire, (il donne le chèque à Georges)

Georges.

Je ne saurais trop vous remercier. (Il met le chèque dans sa poche.)

BONVAL

Vous ne me devez aucun remerciement, mon cher. C'est, comme vous l'observiez, une simple transaction financière, et pour vous mettre à l'aise, je vais vous imposer, comme au commun des emprunteurs, un léger bonus de quinze pour cent, payable de suite. GEORGES. ( à part)

Diantre ! me voilà pris, je n'ai pas le sou.

BONVAL

Est-ce que ces conditions vous conviennent ?

GEORGE, (à part) Comment faire? Oh ! une idée (haut)

mais sans doute ; seulement je n'ai pas le montant

sur moi Vous me permettrez, n'est-ce pas ?

d'aller le chercher ; je vous apporterai en même temps mon billet muni des endossements requis.

C'est parfait. Entre hommes d'affaires la parole est d'or.

GEORGES, (à part)

Nous différons d'opinion à cet égard, et, si j'étais clans l'habitude d'inventer des proverbes, je dirais que l'or en poche vaut mieux que parole en bouche.

BONVAL

Maintenant,nion cher, si vous voulez vous rasseoir, nous pourrons continuer notre entretien

GEORGES

Oh, pardon. Je veux avant tout vous satisfaire, et je cours

BONVAL

Mais n'avez-vous pas une autre affaire ?

GEORGES

Pas pour l'instant, merci je ne voudrais pas

retarder d'une seconde Adieu, M. Bonval ; à

bientôt. (Il sort précipitamment)

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