BONVAL, ELMIRE
ELMIRtî.
Mon cher petit père ! J'ai attendu en grand hâte l'issue de votre entretien ; mon Dieu que cela m'a paru long!
BONVAL
Sais-tu que c'est presque un héros que ton Edouard Durand ?
ELMIRE
Oh ! il n'a pas son égal, je le sais bien.
BONVAL
Figure toi que, malgré l'empressement qu'il devait naturellement ressentir à me faire ses propositions à ton égard, il a eu l'énergie de réprimer ses sentiments et de me parler froidement d'affaires. J'avoue que, lorsque je faisais la cour à feue madame Bon val, je n'aurais pas été de cette force là.
ELMIRE
Et notre mariage ?
BONVAL
Voilà le beau de l'histoire, il n'en a pas soufflé mot.
ELMIRE
Il ne vous en a rien dit ?
Pas une parole.
ELMIRE
Mais c'est affreux !
BONVAL
Au contraire, c'est admirable ! c'est sublime ! !
ELMIRE
Comment ! Il entre ici pour vous demander ma main, et parcequ'il se présente une affaire à régler, l'objet de sa visite est complètement perdu de vue ! Je ne voûi rien en cela qui soit digne d'admiration.
BONVAL
Tu ne comprends rien aux affaires, mon enfant.
ELMIRE
Je comprends que lorsque l'esprit des affaires étouffe les élans du cœur, ce n'est pas un honneur pour celui,..
BONVAL
Allons, allons, ne condamne pas ainsi ce pauvre
garçon sans l'entendre Il t'aime, je le sais, je
l'ai lu dans son regard ; il t'aime, mais d'un amour raisonnable, calculé
ELMIRE
Mais, qu'est-ce que le calcul peut avoir à faire en tout ceci ? Pour ma part, je ne puis avoir que du mépris pour un homme qui compte les palpitations de son cœur avant d'en suivre les mouvements, et je vous
déclare formellement que si c'est ainsi que M. Edouard entend l'amour, il peut aller chiffrer ailleurs. (Elle sort furieuse)