‹ Erreur n'est pas compte, ou Les inconvénients d'une ressemblance; vaudeville en deux actesChapitre 11 sur 18 · BONVAL, ELMIRE · texte numérisé non relu

BONVAL, ELMIRE

ELMIRtî.

Mon cher petit père ! J'ai attendu en grand hâte l'issue de votre entretien ; mon Dieu que cela m'a paru long!

BONVAL

Sais-tu que c'est presque un héros que ton Edouard Durand ?

ELMIRE

Oh ! il n'a pas son égal, je le sais bien.

BONVAL

Figure toi que, malgré l'empressement qu'il devait naturellement ressentir à me faire ses propositions à ton égard, il a eu l'énergie de réprimer ses sentiments et de me parler froidement d'affaires. J'avoue que, lorsque je faisais la cour à feue madame Bon val, je n'aurais pas été de cette force là.

ELMIRE

Et notre mariage ?

BONVAL

Voilà le beau de l'histoire, il n'en a pas soufflé mot.

ELMIRE

Il ne vous en a rien dit ?

Pas une parole.

ELMIRE

Mais c'est affreux !

BONVAL

Au contraire, c'est admirable ! c'est sublime ! !

ELMIRE

Comment ! Il entre ici pour vous demander ma main, et parcequ'il se présente une affaire à régler, l'objet de sa visite est complètement perdu de vue ! Je ne voûi rien en cela qui soit digne d'admiration.

BONVAL

Tu ne comprends rien aux affaires, mon enfant.

ELMIRE

Je comprends que lorsque l'esprit des affaires étouffe les élans du cœur, ce n'est pas un honneur pour celui,..

BONVAL

Allons, allons, ne condamne pas ainsi ce pauvre

garçon sans l'entendre Il t'aime, je le sais, je

l'ai lu dans son regard ; il t'aime, mais d'un amour raisonnable, calculé

ELMIRE

Mais, qu'est-ce que le calcul peut avoir à faire en tout ceci ? Pour ma part, je ne puis avoir que du mépris pour un homme qui compte les palpitations de son cœur avant d'en suivre les mouvements, et je vous

déclare formellement que si c'est ainsi que M. Edouard entend l'amour, il peut aller chiffrer ailleurs. (Elle sort furieuse)

Page 1