CHAPITRE XIX
Croisades du Nord.
/V "l'occasion des croisades d'outre mer, Voltaire parle ainsi de celles qui se firent au nord de l'Europe , et qui y procux'èrent rétablissement de la religion chrétienne , et il en parle ^»ncore eu Voltaire.
DE A OLT AIR f. i ^^
« La fureur dannoucer la religion les armes à la main s'éloil répandue dans le fond du nord. Nous avons vu Charleraague convei"tir 1 Allemagne septentrionale avec le fer et le feu. Nous avons vu les Danois idolâtres faire trembler 1 Europe , sans tenter jamais de faire recevoir 1 idolâtrie chez les vaincus. Mais à peine le cliristianisme fut affermi dans le Danemarck , dans la Saxe et dans la Scandinavie , qu'on y prêcha une croisade contre les païens du nord. Les chrétiens s'armèrent contre eux depuis Brème jusqu'au fond de la Scandinavie. Plus de cent mille croisés portèrent la destruction chez ces idolâtres. On tua beaucoup de monde , on ne convertit personne. On peut ajouter cette perte à celle que le fanatisme de ce tempsw là coùtoit à l'Europe. »
La force et l'énergie de l'expression ne man- C[uent jamais à Voltaire quand il s'agit de maltraiter les chrétiens , ou de louer les idolâtres et les infidèles; mais il faut avouer aussi que la vérité lui manque bien souvent, et même presque toujours. 11 reproche d'abord les expéditions sanguinaires de Charlemagne pour l'établissement de la religion chrétienne chez • les Saxons.
On a vu , dans le chajiitre où il est parlé de ce héros, la fausseté des faits rapportés, et des raisonnements employés par cet aigre et per-
IJO LESERREURS
pétiiel censeur. Il sera plus facile encore de venger ici le clirislianisme. Les erreurs sont encore plus fortes et plus hardies; et elles sont combattues par des faits et par des monuments encore plus autlientiques.
Ce fut en Van 1187 ', que saiut Meynliart, cliauoine ou moine allemand , alla prèclior TEvangile aux peuples du nord '. Il convertit un grand noîriLre de païens, et fonda le siège épiscopal de Riga en Livouie. La Courlande embrassa bientôt le christianisme. Il se répandoit peu-à-peu dans les provinces voisines , lorsque les païens de Prusse portèrent le ravage dans cette nouvelle chrétienté ^. Ils brûlèrent un gi'and nombre de villages des chrétiens , en firent passer plus de vingt mille au fil de l'épée , et en emmenèrent un grand nombre en esclavage.
Les Lithuaniens se joignirent souvent aux Prussiens idolâtres. Conrad, duc de Mazovie , demanda du secours contre ces barbares : ce qu'il en obtint fut bien peu de chose. Ce ne fut que plus de soixante ans après la ])rédication de l'Evangile, qu'on fit marcher une armée de croisés à la défense des chrétiens. Cette armée étoit commandée par Ottocar , roi de Bohême ^ , et par Olhon, marquis deBraude-
» Riants. — ' Annold Lnb. — 3 Epitre d'Innccfnl III. voyez, Flcury. — * Flcury.
DE VOLTAIRE. l5i
bourg. Les Prussiens fuirent poussés et battus partout. Les deux cliefs de ces barbares se renfermèrent dans une ville qui fut bientôt investie par les vainqueurs. Alors ces deux chefs se rendirent, et promirent de se faire chrétiens. Ils furent baptisés. Le roi de Bohême et le marquis de Brandebourg leur servirent de parrains, et leur firent de magnifiques présents. Le reste de la Prusse suivit leur exemple. Le roi de Bohême fit bâtir la ville de Konigsberg ou Montroyal ; Henri de Brunn , évêque d'Olmutz et ensuite de Sambie , bàlit la ville de Brunsberg; on fonda plusieurs églises dans ces provinces, et le christianisme y fut parfaitement établi vers le milieu du treizième siècle.
Yoilà ce que Voltaire appelle le fanatisme d« l'Europe , la fureur d'annoncer la religiôd Ié,4 armes à la main. Parce que les chrétiens ont été obligés de prendre les ai-mes pour se mettre à couvert des plus horribles vexations , il ne les traite que de fanatiques sanguinaires. Il leur oppose la modération de ces barbares , qui étant sortis du Daneraarck conquirent la ]\ormandie, et qui n'entreprirent point de faire recevoir l'idolâtrie chez les vaincus. Le contraste est tout-à-fait heureux, et il fait beaucoup d'honneur au discernement et à la religion de Voltaire.
Il finit eu disant « que cent mille croise's » portèrent la destruction chez ces idolâtres.
ij3 LESEllKEURS
» qu'on tua beaucoup de monde , et qu'on ne » convertit personne; » M. de Vollaire dit, qu'on ne convertit personne , et M. Fleuiy dans son histoire rapporte un nombre prodigieux de conversions. Il témoigne raême sa surprise sur la facilité avec laquelle on admettoit ces barbares à la grâce du baptême. Fleury, en parlant de ces conversions, cite les auteurs contemporains, du témoignage desquels il s'appuie. M. de\oltaire est à lui-même toute son autorité.