‹ Erreurs de Voltaire (volume 2)Chapitre 70 sur 71 · CHAPITRE LX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX

Du Qidélistiie.

\/UELQUE3 méprises qu'il y ait dans le cbapitre ^duQuiétisme , je n'en am'ois pas parlé si l'on n'eût pas affecté de flétrir la mémoire du

' M, Basnaa;e.

gi-aud ai'chevéque de Cambrai , M. de Fénéîon. On avoue bien que i\I. de Cambrai tira de sa défaite un plus beau triomphe que M. de Meaux de sa victoire; qu'il vécut toujours depuis dans son diocèse en digne archevêque , et que la douceur de ses mœurs lui fit de tendres amis de tous ceux qui le virent.

IMais n'est-ce pas manquer au respect et à la justice qu on doit à ce grand homme , de dire, comme Voltaire, que M. de Fénélon avoit je ne sais quoi de romanesque dans le caractère ; que l'ambition régnant toujours dans son cœur, il n'avoit pas pu se défaire de soa goût pour la cour, et de l'espérance d'y reparoître et d y tenir un rang distingué ; que Louis XIV lui-même ne le regardoit que comme un esprit chimérique , et comme un homme aussi romanesque en fait de religion qu'en politique; et qu'enfin il ne se déclara contre le cai'dinal de IVoailles dans les querelles du jansénisme, que parce cpie ce cardinal s'étoit déclaré contre lui dans les affaires du livre des maximes des saints. Oser flétrir une vertu aussi pure et aussi aimable que celle de M. de Fénélon , c'est se déclai'cr ennemi de la vertu elle-même.

Le livi'e des maximes des saints, composé par ce grand archevêque, fut condamné, il est vrai ; mais cette condamnation , sans faire tort à son esprit , donna un nouvel éclat à sa vertu. La postérité n'ignorera pas que le roi

DE VOLTAIRE. J<j7

fut prévenu , le pape forcé , malgré ses répugnances , à prononcer : l'univei's chrétien dans l'adniiralion de la docilité et de la soumission du prélat condamné. Et Ton dira toujours ce qu'on disoit dans le temps de cette fameuse quei'clle entre ces deux grands rivaux , que l'un pécha par un excès, et l'autre par un défaut de charité.

L'archevêque de CamLrai , dit Vol taire, parodia ainsi sur la fin de sa vie un air de Lulli :

Jeune, j'étois trop sage,

Et voulois trop savoir :

Je ne veux en partage Que badinage ,

Et touche au dernier âge, Sans rien prtîvoir.

Comme ces vers sentent un peu le libertinage philosophique , on est bien aise de répandre ce petit nuage sur la vertu de M. de Cambrai. Ce grand homme a-t-il fait ces vers? et s'il les a faits, a-t-il voulu y exprimer les sentiments de certaines personnes, telles qu'on eu trouve quelquefois : c'est ce qu'on ignore. Ce qui est sur , c'est que ce ne furent jamais là les sentiments de M. de Cambrai. Les ouvrages et les lettres qu'on a de lui , des dernières années etmême des derniers jours de sa vie, font voir que sa vertu devint toujours plus pure. Il n'y a qu'une malignité odieuse qui ose entreprendre de la flétrir.

Cependant M. de Voltaire , qui est toujours 1. 18

5t)8 LES ERREURS DE VOLTAIRE, riche en anecdotes , et qui emprunte toujours le témoignage des morts pour appuyer ce qu'il avance de singulier, nous garantit la certitude de celle-ci. Il la tient, dit-il, du neveu même de cet arcbevêque , le marquis de Fénélon, tué , il y a une vingtaine d'années , à la bataille de Raucoux. On demande si la garantie est suffisante.

Avant de finir ce chapitre , je remarque que Voltaire affirme qu'il y eut trente-sept propositions condamnées dans le livre des maximes des saints. Il n'y en eut que vingt-huit. Il dit que M. de Fénélon , sur lat fin de sa vie , méprisa toutes les disputes ; et Ton a cependant pîusieui's ouvrages sur le jansénisme , faits peu de temps avant sa mort. Il traite de conte absurde , ce que dit Reboulet dans son histoire deLouisXlV, que l'aljbé deFénélon s'opposa au dessein qu'avoit le roi de faire déclarer reine madame de Maintenon. Reboulet n'est pas le seul auteur qui l'ait écrit. Il y a un grand nombre d'écrivains qui ont dit la même chose.

Quand on contredit la voix publique , dit M. de Yoltaire lui-même, il faut avoir été témoin , et témoin éclairé , ou prouver ce qu'on avance. Nous croirons ce qu'il avance ici, lorsqu'il aura fourni pour lui-même les preuves qu'il exige pour les autres.

Fm DU PREMIER YOLVUE.

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