‹ Erreurs de Voltaire (volume 2)Chapitre 69 sur 71 · CHAPITRE LIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIX

Du Jansénisme.

X^E chapitre que nous donne M. de' Voltaire sur le jansénisme, pourroit être regardé comme un petit chef-d'œuvre, si l'auteur eût été aussi entendu dans les matières qu'il traite, et aussi véridique dans les faits qn il rapporte, qu'il est heureux dans l'exjn'ession , le style et les liaisons. En lui rendant la justice qu'il mérite >

nous allons faire quelques remarques sur laitération et la supposition de certains faits, qu'il avance aussi hardiment que s'il disoit la vérité avec certitude et avec sincérité.

En parlant de la bulle de Pie V , qui condamna les écrits de Bains , il dit que le grandvicaire du cai'dinal de Granvelle , archevêque de Malines , déclara qu'il falloit recevoir la i»ulle du pape , quand même il y auroit des erreurs. C'est là une de ces anecdotes secrètes, qu'on ne peut croire que sur la parole de Voltaire. Car il n'y en a pas la moindre preuve, ni dans les mémoires, ni dans la longue histoire du haianisme , ou l'on a ramassé tout ce qui s'est dit pour et contre dans l'affaire de Bains.

Il n'est personne qui n'ait ouï parler du fameux M. Ai'naud , qui futpendant soixante ans le chef des iansénisLes. Il avoit été exclu de la Sorbonne, à Toccasiou d'vm écrit inlilulé : Lettre à un duc et pair, etc. dans lequel il y avoit une proposition qui fut condamnée. Voltaire rapporte cette proposition , et il dit qu'il est vrai que saint Augustin et saint Jean Chrysostôme avoient dit la même chose que M. Arnaud ; mais que les conjonctures qui changent tout rendirent Arnaud coupable.

Il est très-probable que M. de Voltaire n'a jamais lu les saints Pères , et qu'ainsi il décide sans connoissance. Saint Augustin et saint Jean Çhi'jsostôme n'ont jamais dit ce qu'il leur fait

DE VOLTAIRE. 3r)3

dire ; et cela est si vrai , que M. Arnaud , malgré toute son érudition , ne put jamais justifier sa proposition par aucun témoignage de ces saints docteurs.

M. de Voltaire ne laisse pas de dire que la condamnation de M. Arnaud fut un etTet du despotisme , parce que le chancelier y fut présent , et qu'on admit à l'assemblée beaucoup de moines qui étoient docteurs. Il rapporte à cette occasion le bon mot de Pascal dans ses provinciales : qu'il étoit plus aisé de trouver des moines que des raisons.

Mais il falloit donc que la cause de M. Arnaud fut bien mauvaise, puisqu'on ne put pas la défendre, et qu'on ne trouva pas assez de raisons pour confondre ces moines , et pour convaincre le plus grand nombre des autres docteurs qui portoient des collets au lieu de capuchons.

Il ne paroît pas plus au fait de ce qu'on appela la paix de Clément IX, quand il dit que /'«ccorlisme italienne calma la i^ii'acité Jrancoise. Il auroit parlé plus juste, en disant que l'habileté janséniste dupa le raffinement italien. Clément IX fut trompé , parce qu'il regarda comme sincères et jn-isesdans un sens naturel, les expressions artiticieuses et enveloppées des quatre évèques. ]\i les Italiens, ni les François ne firent en cela leur vrai personnage.

« Je sais, dit M. de Voltaire, que l'abbé u Reiiaudot allaut un jour chez le jîape Clé-

^di LES ERREURS

« ment XI, le trouva lisant le livre deQuesneî. w Voilà, lui dit le pape, un livre excellent. » Nous n'avons personne à Rome , qui soit caw pable d'écrire ainsi. Je voudrois attirer l'au- » leur auprès de moi. «

Le pape Clément XI étoit un des plus grands génies et des meilleurs théologiens de son siècle. Il étoit très-instruit sur les matières dont on disputoit dans ce temps-là. Est-il vraisemblable qu'il ait lu le livre de Quesncl, sans s'apercevoir de ce qu'il y avoit de répréhensible dans cet ouvrage :' L'abbé Renaudotne reviendra pas del'autre m onde pour garantir les contes que fait M. de Voltaire.

Il nous assure ensuite que , lorsque les prélats acceptèrent la bulle dans leur assemblée de 1714, l'acceptation pure et simple fut envoyée au pape , et les modifications furent pour les peuples.

Les cardinaux , arclievêques , évêqucs , qui composoient l'assemblée de 1714 : déclarent dans leur letti'e au pape, qu'ils ont récusa bulle avec la ])lus grande vénération ; et qu'ils ont arrêté un modèle uniforme d'instruction pastorale , pour oter aux esprits remuants toute occasion de dispute : et le pape leur en marqua son contentement. Où est donc cette duplicité que leur prête ici Voltaire? Ci'oira-t-on sur sa parole , que tant de prélats respectables aient été capables de celte bassesse et de cette lacbeté?

Le roi, dit-il encore, accabla les deuxpai'tis du poids de son autorité suprême. Mais un ministre ' protestant nous assure que les évêques furent aussi libres à Paris en 17141 qu'ils ayoient été libres autrefois à Nicée sous Constantin. C-ùt écrivain ne parle que comme le pi'ocèsverbal de cette fameuse assemblée. ^ ol taire a puisé apparemment dans d'autres sources.

Ou peut remarcjuer en généi'al dans tout ce cbapitre du jansénisme , que Voltaire a plutôt pris le style satirique, pour divertir son lecteur, que celui de la vérité ]>our instruire; qu'il parle bardiment des systèmes tliéologiques , sans en donner une idée vraie; qu'il ti'aite quelquefois avec indécence les personnes les |;lus •respectables : qu'il paroît avoir puisé plutôt dans les gazettes amusantes , pour composer ce cbapitre , que dans les pièces autbentiques. 11 a cru apparemment cette manière ])lus propre à divertir le pidalic , et il s'y est tenu.

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