‹ Erreurs de VoltaireChapitre 18 sur 28 · HONNÊTETÉS LITTÉRAIRES · texte numérisé non relu

HONNÊTETÉS LITTÉRAIRES

I^'est prîncîpaleinent à Fauteur du livre des Erreurs de Voltaire, qu'en veut laûteur des Honnêtetés ' . "Voici comme il parle : « Tu as » tort quand tu critiques , tu as plus tort en- » core quand tu dis des injures dignes de ton » éducation , et tort encore peut-eti*e , quand » tu espères qu'on ne te piinîra pas. » Et vou», M. de Voltaire , lui réplique , en riant , le censeur , voudriez-vous qu'on jugeât de votre édu* cation par le style des honnêtetés ?

Vous dites d\m ton fier et menaçant : tu as tort , tu as tort. Mais pour vous \ Monsieur »

• Honnêtetés; p. 96. édition de 1767.

BB voltairk; taf

TOUS ne pouvez jamais avoir tort. Ainsi vous n'avez point tort, quand vous espérez qu'on ne vous punira pas , malgré les lois renouvelées depuis peu contre les auteurs des libelles. On ne requerra point cependaî;it contre vous. Lavertu pardonne les injures , et la sagesse les méprise.

w Vois-tu, j'aime les rois % je les respecte, et 9> les parlements pensent comme moi. iSn- » tends-tu? »

Et quels rois aimez-vous et respecte2-vous , demand^*a tout le public? Est-ce Gbarlemagne, que vous traitez de brigand , de conquérant barbare, depèrc incestueux? Est-ce saint Louisv que vous représentez comme un prince qui ne connoissoit ni la justice, ni la raison? Est-ce Louis XI, dont vous faites le pliis cruel de tous les tyrans? Est-ce Louis XIII, dont vous faites un assassin dès les premières années de son règne ? Est-ce Louis XIV , dont vous faites un .maître absolu et despotique ?

Heureusement votre censeur a déjà assez bien, relevé vos propos séditieux et insultants pour les rois , dans sa réponse à vos éclaircissC'ments *. Il a démontré assez bien, que les maximes que vous débitez ne sont proprés qu^à

■ Honnêtetés p. 83. — « Voyexlei Errettriytom. %»

irriter et à soulever les peuples contre le« uo^ narçhies et contre les monarques. On ne rap^ porte pas ce que vous avez dit des Constantin, des Théodose, des Otbon. On n ajoute pas ce.

que vous avez dit et écrit contre des prince^ actuellement régnants , auxquels vous deviez être attaché par la reconnoissance ^ ou par les liens les plus sacrés. On est seulement surpris que vous osiez dire : vois-tu , f aime les rois et je les respecte,

Prétendezrvous exciter les parlements contre votre censeur, en disant : « les parlements pen- >i sent comme moi? >? On vous répondra qu^en disant que les parlements pensent comme vous^ . vous les outragez , et que s'ils pardoiment , et n'est que par compassion pour un vieillard défcrépit , proscrit et exilé.

«c As-tu gagné les mille écus que tu voulois

» escamoter à M. de Voltaire , par ton libraire

» Pez * ? Car Nonnotte se mit en tête , il y a

» quatre ans, de gagner quelque argent en ven-

» dantà un libraire d'Avignon , une critique

» des Œuvres de Voltaire. Mais aimant encore

» mieux l'argent que la vérité, ilfit proposer à

» M. de Voltaire, delui vendre pour mille écus

» son édition. »

? Hpnnétei^s, p. 76.

08 VOLTAlRir: Slff

Ifbïisieur Fàutevir des Honnêtetés, personiiii li'tgnore que le désintéressement fut touJQur» la yertu favorite de M. de Voltaire*

Le libraire Jorre est prêt de l'attester par serment , et de lui en délivrer un certificat des plus authentiques *. Mille personnes pourront lui donner encore des attestations dé la même force et de là même valeur.

Mais comment ne vous apercevez * vous pa»

des bévues que vos reproches renferment ?

Yous dites que M. l'abbé Nonnotte aimant mieux l'argent que la vérité, fit proposer A M. de Voltaire, de lui vendre la critique qui avoit été fette- de ses Œuvres. Vous avoues donc , que cette critique fait coniioitre la vé-* rite?

Vous ajoutez que M. Nonnotte a vendu son manuscrit à Fez , et qu'il a voulu vendre l'édition à M. de Vohaire. Mats si le manuscrit* a été vendu à Fez , il étoit à lui , et M* Non-

* Le sieur Jorre jimpriaieur et libraire à Rouen, acheta chèrement un manuscrit de Voltaire , et le paya sur-lèchamp. Celui-ci alla aussitôt trouyer un autre libraire, et lui Tendit un manuscrit semUable*. Jorre / informât, dn tour que lui joue Voltaire , le fait assigner. Le procé^, s'instruit. Voltaire sent le danger qu'il court. 11 s'adressa à des gens dé crédit etd'autoritë, pour forcer Jorre *à ùnTaccommodementi qui eut lieu en effet ^ et qui déroba Volnire à un arrétflétrîssant, sans sauver nonhomicnr.

lit XES ERREURS

motte nWoit plus rien à y prétendre. Comment «eroit sifflé à l'audience , Vayocat qui raisonneroit pour sa partie, comme vous raisonnez pour lavôtre?

« Petit. TTonnotte V, rab&clieras-tu toujours » tes contes de la légion Thébaine^ et du petit » Romanus, dont on ne peut arrêter le caquet, » dès qu'on lui eut^^oupé la langue ? Faut-il X» t apprendre qu'il n j a jamais eu de légion 9^ Thâ>aine ; que nous avons les noms de tou-« 3» tes les légions dans la notice de l'empire ^ 9 et qu'il n'j est nullement question des Thé*^ » bains ? »

Mais , ou vous connoissex la «lotice de r.em-«

Îire , ou vous ne la connois&es pas. Si voi^ ne I connoissez pas , pcmrquei en parlez-vous ?

Si vous la connoissez , pourquoi la trqnquez-^ vous ?

Vous prétendez en imposer par ce tonbardi que vous prenez. Mais cpie résulte- t-il de cett^ hardiesse? L'humiliation pour vous, et une conviction, ou d'ignorance ou de mauvaise foi. Lisez cette notice à la page 63 : vous verrex qu'il y a eu deux légions Thébaines ; que ces deux légions furent créées par les empereurs Dioclétien et Maximlen , qu'elles eurent leuu

" Honnêteté*; pa^e $i.

«panier dans la ThraCe , quelles étoleai ftouft le commandement d^un maître de la milice , pour me servir des expressions romaines^ Voici le texte de Pancirose , sous le titre :

(éeffones adâiiœh Ses^ero Augusto usque ai Constantmum. '*

!IIIn Dioeletiaoa Thcbeoram Xm, comitatensibus sub Magistro militam per Thracias.

Maximiana Thaebeorum XXI, comi^ tatensibus sub Magistro milituia per Thracias.

« Après cela , que vous avez bonne grâce de traiter M. l'abbé Nonnotte de rabâcheur , de faiseur de contes , et de lui dire avec votre ton suffisant et dédaigneux : faut -il t'ap* prendre ?

U n'est pas nécessaire de revenir sur le maiv - tyre de saint Romain. La vérité des actes de ce martyre , et la fausseté des fables que M. de Voltaire a bâties , sont également démontrées au chapitre troisième du premier tome des Er-» reurs*

«t Tu fais le savant, Nonnotte ; tu dis., i a> propos de théologie , que l'amiral Drack a ^ découvert la terre d'Yesso. Apprends que

It4 C<S9 SRRBUlift

» Dnck n'alla jamais aa Japon , eneore moins . » à la terre d'Yesso ; apprends qu'il mourut M en 1596 ) en allant à Porto-Bello. n

. Hé ! que fait ici votre théologie? A quel propos parlez-vous de théologie? Yoûsêtes tombé dans une erreur grossière , en parlant de la distance du Japon en Amérique. Tous supposez que cette distance est de douze cents lieues. On vous a démontré votre erreur ; on vous a prouvé que cette distance étoit de huit cents lieues au plus ; on vous a fait voir que cet intervalle n'étoit pas tout de mers , comme vous \ffirmez; mais qu'il étoit rempli par beaucoup d'îles et de terres , entr'autres par la terre d'Yesso; et c'est sur cette dernière circonstance, que vous dites fièrement à votre censeur : ap^ prends, apprends» Ne seroit-il pas en droit de vous dire à vous-même , mais d'un ton bien plus assuré : f^oltaire , appt'ends , {tpj^rends*

Mais ce sera avec un ton plus honnête qu'il vous dira : apprenez, M. de Voltaire, apprenez de l'historien de lareine Elizabeth' , queDraçk ^rtitd' Angleterre en 1 5 7 7 ; qu'il passa le détroit de Magellan , remonta dans la mer du sud, découvrit en passant la terre d'Yesso , continua sa route du côté'du Japon, acheva de faire le tour du inonde, et demeura troisans dans ce voyage.

OE TOLTAIRB. Èii

Apprenes de Georges Homius, Idccueil qai fut fait à cet amiral à sa descente sur ces côtes en 1579; le nom de nouvelle Albion, que Drack donna à cette contrée; le rapport qu'il en fit à la reine Elizabeth , et les raisons qui empêchèrent les Anglois de profiter de cette découverte. Gonsulte;E le grand atlas de Blaeu,les histoires des voyages, les plus savants géo-' graphes, et défendez vos erreurs anciennes et nouvelles; prouvez, contre tous ces auteurs « que ce sont des HoUandois qui ont donné là nom de nouvelle Angleterre à la terre d'Yèsso !

M. de Voltaire ! qu'on a bonne grâce de dire À autrui : apprends y apprends y quand on est soi-même si fort daas le cas d'être remontxél

« Voyons si tu entends mieux la théologie j^ que la marine. L'auteur de l'Histoire génét » raie a dit que, selon saint Thomas, il est » permis aux sééuliéirs de confesser dans les » cas urgents; que ce n'est pas tout-à--fait mt 3» sacrement, mais que c'est comme un sacre- » ment. Le jésuite Tolet a dit dans son livi« 7i d^instruction sacerdotale, liy, 1, ch. 16, que )9 ni femme ni laïque ne peuvent absoudre sans » privilège. Necjomina^ nec laicus possunt » àbsohere sine pri%dlegio>,ïje pape peut doiiG > pennettre aiu fiU^s dç confesser « »

OkI pour le coup, M. de Voltaire, cen est trop. Votre personnage n'est plus soutenable ^ en ne sait plus comment vous définir. Vous avouez, vous niez, vous rétractez, vous tour^* nez et vous retournez comme la girouette , etc. . i Dans votre histoire générale , vous affirmez çn termes exprès que les femmtes avoient le pouvoir de confesser. Il étoit permis, dites^ TOUS dans le chapitre onzième, de se confesser ^ un laïque, et même à une femme, et cette permission dura long-temps. Ici vous sentez votre iaute , sans pouvoir ni Favouer , ni la soutenir. Vous vous réduisez à des cas urgents , k des confessions , qui ne sont pas tout^à-fait lacrem^iàt) mais comme sacrement. Vous traduisez le texte de saint Thomas, comme uH homme qui ne Tentend ni ne le comprend; vous ajoutez encore à ce que porte ce texte ; en- * aoite vous co9cluez : donc te pape peut permettre aux filles de confesser m

O vanité, vanité I Que jtu fais dire de sottises à des homi|ies même dans qui on ne peut pas s'empêcher de reconnoitre beaucoup d*es* prit !

Ce n'esC pas tout : Vous falsifiez un texte du rcardinal Tolet., ou plutôt vous fabriquez. un Jtcftte, que vous attribuez ensuite à c^ cardinal qui fut si chéri ,et si estimé d'Henri IV ; et en voulant calonmier ce grand homme, vous monurez la plus parfaite ignorance sur des ch^

B-B VOLTAIR*. '2tf

flestjue VOUS ne devez pas savoir, mais Àor les^ quelles vous devriez avoir au moins la prudence de vous taire.

Vous citez hardiment le chapitre seizième de rinstruction sacerdotale de Tolet ; et dans ce chapitre on ne trouve pas un mot de ee que vous dites ou de ce que "vous faites dire à ce cardinal. U falloit au moins citer le chapitre dix. Mais qu'y auriez-vous gagné? Dans ce chà-* pitre, il est parlé de la levée des censures. Il y est bien dit qu un laïque peut être délégué par le pape, pour lever Texcommunlcation , et absoudre de Texcommiuilcation ; mais, i.*^il n'y est point parlé de confession ni d'absolution des péchés, a.** Il n'y est point parlé de femmes ni de filles. Il y a donc ici une double erreur : la première est de prendrie la levée des censureS;, pour l'absolution des péchés; la seconde est d'aJRrmer qu'il y est fait mention des femiiies, lorsqu'il n'en est nullement parlé. Le texte du cardinal ne porte que ces paroles : non potest laïcùs absoh^ere nid ex pwilegto. Le public malin, qui ne, ménage personne, se contentera-t-il de traiter cela d'erreur?

Enfin , pour vous Instruire sur ce que vous ignorez, on vous dira que la censure est vote peine qui suppose le crime , et qui est infligée pour le crime, par le juge ecclésiastique. I^e juge peut la lever , ou par lui-même , ou par un délégué à qui on donne la commission. -L« 3. 10

aiS XES ERREURS '

caractère et la puissance sacerdotale ne sont point nécessaires pour cela. Mais quand il sVgît du crime qui rend Famé coupable aux yeux de Dieu , il n'y a que le prêtre qui puisse en absoudre , parce qu'il n'y a que lui qui en ait le pouvoir. Ce pouvoir, on ne le reçoit et on ne peut le recevoir que dans l'ordination.

Dites maintenant» tant qu'il vous plaira, M. de Voltaire , que les femmes et les filles ont eu le pouvoir de confesser; que Tolet l'enseigne dans son livre de l'Instruction sacerdotale ; que le pape peut le leur donner i ce q^e l'on conclura de toutes vos belles affirmations , c'est que vous êtes un homme aussi judicieux , aussi instruit, aussi vrai que vous êtes honnête, poli et modér^.

m U me prend envie de t^instruire sur This- ^ tpire de la Pucelle d'Orléans ; j'aime cette » Pucelle, et bien d'autres l'aiment aussi... Je ^> tirerai le$ fai^ des auteurs contemporains, >t d,es actes du procès de Jeanne d'Arc , etc. »

Vqtrè envie est assez plaisante , M. de Volfaire. Vous voulez instruire sur l'histoire de cette Pucelle que vous aipiez, un homme qui vous a déjà donné d'assez bonnes leçoQ^ sur ce point d'hisu>ire. An lieu d'entreprendre d'insl^ire les autres, n'auriez-vous pas du corn- H^ei^çer par vou^ iastmire you^méme ?

Tous osez citer , dans votre fatras de dissertations, M. Vîllaret j etdevriez-vous seulement nommer cet écrivain qui détruit si bien tout ce que vous avancez? Vous traitez cette fille extraordinaire d'idiote hardie * , d'héroïne de village. Mais voye;E la manière dont la traite Vil» laret.

« On ne peut pas , dit-il , sans se rendre çou* » pable d'injustice et d'ingratitude, lui contes- 1» ter un des premiers rangs parmi les béros dé » notre nation. Les François doivent éternelle* » ment chérir et respecter sa mémoire. L'obs^ » curité de son origine donne un nouveau /y lustre à la noblesse, à la dignité de son cou- » rage. Son zèle pour le rétablissement du sou- » verain légitime, son amour pour sa patriç A enflammèrent son imagination : elle se crut » réellement inspirée : les effets seuls distinn guent le fanatisme , de l'enthousiasme ver- » tueux. Jeanne d'Arc, née françoise, fut le » premier mobile du salut de la France. Elle » mourut à l'âge dé dix- neuf ans. »

Lisez les quarante pages où M. Villaret traite de la mort de la Pucelle. Lisez dans le tome XIV ce qu'il dit de son arrivée auprès du roi , et de ses entrevues avec ce prince , et vous y trouverez la réfutation de toutes les fables que vous osez débiter.

• PkU.del'hist. tome XV, page 76.

>I20 LKS ERUEURS

Lisez le sage et judicieux historien , M. le président Hénault, qui ne se met guère en peine de la fausse délicatesse de noire siècle , ni de la présomption philosophique ; et appreïiez de lui à toucher les morceaux historiques Wec sagacité , noblesse et vérité. Voici comment il s'exprime :

« Jeanne d'Arc, native de Domremy, pro- » che Vaucoûleurs , vient trouver le roi à Chi- » non , et lui dit qu'elle est envoyée de Dieu , » pour faire lever le siège d'Orléans, et en- » suite le faire sacrer à Rheims. C'étoient là les » deux points de sa mission. Du Bellay-Lan- » gey fut le premier qui s'avisa de jeter des » doutes sur le merveilleux de l'histoire de la » Puceîle. >j

Notez que du Bellay-Langey vivoit plus dé cent ans api'ès la Pucelle d'Orléans.

Vous dites que vous tirerez les faits des auteurs contemporains : et vous n'en citez pas un seul ; vous n'auriez Tnême garde de les citer , puisqu'ils ccFudaran eut tout le travestissement que vous faites de cette fameuse héroïne. Un mot de Monstrelct , et les beaux raisonnements de M. Rapin de Thoyras, dans son histoire d'AngleteiTe, voilà ce qui fait tout le fondement de votre brillante dissertation. Mais vous deviez ofcserver que Monstrelet, qui ne dit cependant qu'un mot contre la vérité de l'histoire de la Pucelle, étoit, comme lei!j5mat^e Bayle^un

paxaîsau outré des Bourguignons et des Angloîs, . et qpie M. Rapin de Thoyras étant un réfuté ,, il avoitintérêt à ne pas trop faire valoir le mer« veilleux de la Pueelle* Yoilà d'aboïd comment vous tirez les faits des auteurs contempéraîns*

Yous voulez ensuite vous autoriser des actes du procès de Jeanne à\m , et vous ne parlez que d'après le même Rapin de Thoyras, lequel, i^'avoit £(0us les jeux que des actes informes , cpii portent avec eux les preuves de falsi^ca* tion. Si vous vouliez: parler d'actes, il falloit demander la communication des actes authentiques qui sont dans. la. bibliothèque du roi. Peut-être voiis Tauroit-on accordée ; vous auriez été en état de juger • vous auriez peut-êtrç moins erré.

Vous voulez faire Thomime ^udit ; vous enfilez lin grand nombre de noms d'auteurs que vous citez comme vos garants , et vous donnez par-là la preuve la plu3 évidente que vous ne les ave;ç pas lus. Car plusieurs de ceux que voi^s citez» comme Paul Joye, Qaguin, etc., vous cpndaignent hauf^ement.

Enfin, vous ramassez mille pauvres raisons , tirées la plupart du plaidoyer de Rapin contre la Pucelle, et vou» insultez., pa^ ce moy«i, le clergé et la nation. Cela peut bien satisfaire ces petits esprits qui s'évaporent en paroles, et qui. ci'oient valoir beaucoup /parce que, selon le ton qne vous avez mis à 1^ mode, ils.içiSultçni

5t2lt LES ERREURS

hardiment les siècles passés. Mais , pour toute réponse, je tous renvoie à Fauteur des annales de Flandres , qui écrivoit peu de temps après le règne de Charles VBL Cet historien ' n'étoit ni Anglois , ni François ; il ne doit être suspect & aucun des deux partis. Yoici son texte :

« Le trente mai fut hrulée à Rouen , dans V la place du yieill marché , Jeanne la Pucelle. *» n n^y eut point d'autre cause de sa mort que « la haine des Anglois. Pierre Cochon , anglois » d'origine et évêque de Beauyais , la fit livrer » à la mort, par complaisance pour le duc de » Betford , régent du royaume. On ne voulut » lui donner ni avocat , ni conseil. Simple et n sans lettres , l'évéque et ses collègues lui ten- » dirent toute sorte de pièges , par des inter- »i rogations captieuses sur la foi catholique ; » mais ce fût en vain : la pureté de la foi , et » la sagesse caractérisèrent toujours toutes ses » réponses. Quoiqu'on eut fait courir le bruit » qu'elle étoit sorcière et magicienne , on ne » put Cependant en donner aucune preuve^ m L'évéque avoit pour assesseur^ , Gilles , abbé » de Fécamp ; Nicolas , abbé de Jumiéges ; » Pierre , prieur de Longueville. L'inquisiteur- » de la foi en France, Jean le Maître, ne vou- » lut pas se trouver à la procédure ; il ^it que )> sa conscience s'y opposoit. Nicolas RoUin, et

' Meyeri. tan. t. pa(^ 16.

0B VOLTAIHE. 2i3

» Timivenlté de Paris ne montrèrent pas la » même probité. Le duc de Betfort écrivit au » duc de Boui^ogne, une lettre qui n^étoit rem- M plie (Tue de mensonges , après la mort de la » PuceDe. U lui dit qu'elle nVyoit jamais voulu » reconnoitre aucune autorité sur la terre que ï> celle de Dieu ; qu'elle avoit avoué , avant sa D mort, qu'elle avoit été trompée par les'es- » prits qui lui av<Hent apparu , et qui lui % avoient promis de la délivrer.

» Ainsi périt la libératrice de la France* » Porsenna en usa d'une manière bien plus no-* » ble et bien plus généreuse envers délie. Lea » cendres de la Pucelle furent jetées dans la » Seine , et depuis cette borrible exécution ,. » les Angloisne remportèrent plus aucune vie-* 9> toire sui^ les Erançois» »

Je ferai encore une petite remarque de peu.

de conséquence. La Pucelle^ dites-vous^ n'étoitv qu'une idiote bardie , une béroïne de village* Mais n'est-il pas étonnant qu'un bomme qui sait sa langue, ne fîisse pas attention que ces dbux termes , idiote et bardie , ne sont pas faits pour être mis ensemble , et qu'ils présentent des idaeà ansri opposées que le jour et la nuit?

ce Tu continues à canoniser Faction du cen- » turion Marcel, qui jeta son ceinturon ^ son

^> épée, sa baguette à la tète de sa troupe , et y» dit qu'il ne falloit. pas: servir son empereur. M Mon ami , prends garde , le ministi^e de la » guerre veut que le service se fasse. TonMar- » cel eiitde mauvais exemple. »

Votre censeur reiûarque d'abord, qu'il n'est écrit nulle part que saint Marcel ait jeté à la tête de ses soldats , sa baguette , son ceinturon et son épép. Jl trouve ensuite que vous faîtes des menaces risibles , que vous défigurez les faits , et que vous ne pouvez pas réussir à avoir de votre côté la moindre apparence de raison* K'auriez-vous donc pas mieux fait de vous taire ?

Saint Marcel , officier duns les troupes romaines , déclare à son général qu'il aime mieux renoncer au seirvice et à la vie m«ne y que de renoncer à Jésus#Clirist ; et pour cela vous le traitez de séditieux , vous dites que c'est un b«mme de mauvais exemple. Vou&n'auriez donc pas donné vous-même un exemple tei que celui-là. .'

Vous ajoutez que Maxcel déclara qu'il B«;.faut pas servir son empere^r, et cet offieier ne dit pas un mot de cela. Il déclare seuliennsnt qUe si le service de Dieu ne peut pas s'accorder avec celui de l'empereur, il irenonçera plutôt à celui de l'empereur qu'à celui de Dieu. Croyez-voua

' Heaaiâtot^fl , pago 80.

que Marcel auroit mieux fait, s'il eûî sacrifié aux idoles? Cette obéissance auroit-elle été plus <U^e de vos louanges ?

M. de Voltaire, pourquoi en voulez-vous tant à ce géaéreux martyr ? Pourquoi en voulez-vous tant à ceux qui regardent Dieu comme le premier de tous les maîtres , et le maître des empereurs mêmes et des rbiff? Monsieur, si vous ne voulez pas qu'on regarde avec horreur les maximes que vous débitez , soyez plus circonspect!

«, Hé bien! parleras- ta encore des bigames » et des trigames de k première race? Lis ton » Daniel, quoiqu'il soit bien sec: lis la page » 1 20 du plumier volume , lis, li^, et tu trou- » veras que le grand Théodebert époiua la » belle Deutérie' , quoique la heUe Deutérie eût V tm mari et que Théodebert eut une femme , >• et que cette femme s'apgelôit Visîgarde. Tu tt ve«!as que Théodebert imitoit en cette bigan mevie ou bigamie, sotikonoU Clot^i ré. »

Hé bien I par];â%z««VOtis encore des bigamtes et des trigamee de la pismâère race ? Lisez , M. de Voltaire , lisez l'artioU' I£ de la réponse à vos SdaircisaisEDCDtd , vous y tyouveoea hs leçons }e6 i^na suces, et les xéiitM les mieux démèa^ tirées.

V<ins ^yîez. accu^ 4a cvivw dç biçaniiie les

926 LSS ERRETTnS

vois Gontram ^ Ghérebert , Sigebert , OhilpérTc.» etc. Votre censeur vous a donné les preuves du contraire , et il Ta fait avec toute l'évidence et la politesse qu'on peut désirerdeThomme bonnéte et de Thomme instruit. On vous répondra encore sui' le même ton , pour les rois Théodebert et Clotaire.

Apprenez d'abord de votre exact et judicieux censeur , qu'on n'est pas bigame pom* avoir .plusieurs femmes en même temps , et que cela dépend du titre sous lequel ces fenmies seroient avec un homme , c'est-à-dire , d'épouses ou de maltresses. Sans cela il faudroit donner le nom de bigames à tous ceux qui manquent à la foi conjugale , et à bien des hommes mêmes qui ne seroient pas mariés. Mais ce seroit alors abuser des termes , et un homme qui sait sa langue éviteroit cet abus.

Apprenez qu'aucune loi civile ou ecclésiastique , ni chez les chrétiens ni chez les Romains^ n'a jamais autorisé la bigamie, et qu'aucun exemple ne Ta jamais fait regarder comme tolérée. Ce qui a été contre la loi , a toujours été réputé désordre, dérèglement; et la bigamie a toujours été regardée comme infamie. Ne de-»

yiez-vous pas faire attention à ce fiuneux rescrit de Diodétien? « C'est une chose connue de tout » le monde , que personne de ceux qui vivent » sous les lois semaines , pe peut avoir deux

t>B VOLTAIRB. IStJ

sà romani norrUnis , butas uxores hahere passe *vulgd paîet.

Apprenez enfin que les exemples cpie vous citez encore de Théodebert et de Glotaîre ne peuvent rien pour yotre lubrique sentiment.

Ces princes furent des adultères, et non pas des bigames. On vous défie de prouver qu'il y ait eu aucune cérémonie civile ou ecclésiastique de mariages. Us n'étoient donc pas mariés ; ils n'étoient donc pas bigames*

Vous renvoyez votre censeur i Daniel ; hé bien! il vous renverra vous-même à cet historien. Daniel vous dira que Théodebert alla assiéger un château où s'étoit renfermée Deutérie, qu'elle en sortit, alla au-devant de cq prince , se rendit aussitôt la maltresse de son vainqueur; que le bouillant Théodebert i^'imita pas la continence du sage Scipion , et qu'il passa quelques années avec cette Deutérie; et c'est-là ce que vous donnez pour exemple de bigamie. O! M. de Voltaire, on ne peut pas mieux raisonner , on ne peut pas mieux choisir les exemples , ni prouver d'une manière plus invincible ce qu'on a avancé !

L^exemple de Clotaire est aussi heureux que celui de votre grand Théodebert. On sait que Clotaire fut un des plus méchants princes qui aient jamais régné. Mauvais fils , père cruel et inhumain , onde perfide et barbare , il ne connut ni lois , ni devoirs ; il n'y eut ri«a de sacré

2%9 ISS ERREURS •

pour luif il abusa de son autorité ; il employa toute sorte de moyens pour satisfaire son ambition , et assouvir ses passions* On ne doit pas être surpris qu'il ait été ouvertement adultère et incestueux. M. de Voltaire , choisissez mieux une autre fois les exemples que vous voudrez citer ; ou, pour ^ mieux dire, reconnoissez vo& erreurs , respectez la vérité ; ou au moins , pour' votre honneur , sachez vous taire !

» Ne t*enfonce plus dans la discussion dé la » donation de Pépin '.Doute, mon ami, dou- » te; et jusqu'à ce qu'on t'ait montré l'original » de la donation de Ravenrié, doute, dis-«-je» >j Sais-tu bien que Ravenne , en ce teinps-^là , » étoit une place plus considérable que Rome? »

Oh ! Monsieur , que vous auriez eu de sujet»

de douter , si vous aviez attendu qu'on vous montrât les titres originaux de tout ce que Vous débitez dans vos histoires î I^ins le cas dont il s'agit ici , ni vous , ni votre censeur , vous ne pouvez douter. Il ne peut pas douter de la fameuse donation de Pépin , puisqu'il la trouve dans tous les historiens contemporains; et tous, vous ne pouvez pas douter de vos erréto-s sur ce point , puisqu'elles vous ont été si clairement démontrées.

« HonnêteU««]page 8s«

DE VOI^TAIAE* ^29

Sais-tu bien , ajoutez-vous y car je ne veux pas vous dire grossièrement ajoutes-tu, sais-tu bien que B avenue étoit une place plus considérable que Rome ? Je n'aurois pas cru qu'on pût dire : Rome est une place ^considérable, Paris est une place considérable , Londres est une place considérable» Je croyois que le mot de placQ, pour signifier une ville, ne s'employoit €fae rektivement aux fortifications et aux opérations militaii'es. Mais vous avear été reçu à TAcadémie françoise ; vous devez en savoir plus que les autres. Revenons à votre objection.

Yous êtes le premier , Monsieur , qui ayez osé faire ce parallèle de Rome avec Ravenne , et , ce qui esUencore plus hardi , donner la préférence à Râvenne sur- Rome. Il faudra donc croire sur votre autorité , que cette ville de Ravenne, qui fut la résidence de quelques rois ostrogotks, Femportoit sur Rome, qui fut la i*é* ^ndeace des maitres du monde , qui conservoit encore alors presque toute cette magnificence dont cinquante empereurs 1 avoient enrichie y et dont aucune ville de Tumvei's n'a jamais approchée M* de Voltaire ! votre autorité court ici un grand risque.

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