XII
« n n'y a point de couvent en France où le»
9 religieux aient deux cent mille livres de rente : » il est vrai que les pauvres moines n'ont rien ; » mais les abbés réguliers ou irréguliers d^ » Giteaux et de Clairvaux les ont , ces deux » cent mille livres. L'abbé de Giteaux a com^ » mencé un bâtiment dont l'architecte m'a monp tré le devis ; il monte à dix-sept cent mille » livres !»
M. de Voltaire, vous vous donnez la liberté de tout dire , et vous mettez vos censeon dans la nécessité de tout reprendre. Où avez-vouj$ donc appris que les abbayes de Giteaux et de Clairvaux avoient ces deux cent mille livres dé rente; que c'étoient des abbés réguliers ou ir- 3réguliers , comme vous le dites ingénieusement, qui possèdent ces revenus immenses; que le devis du bâtiment de Giteaux montée dix-sept cent mille livres? Où avts-votis puisé tontes ces anecdotes?
a53 LES ERREURS
Hé bien ! quoique k ycrité soit la cbose du monde à laquelle vous vous intéressez le moins, on est cepen liant bien aivse de vous la présenter; TOUS en ferez ensuite Tusagc qu'il vous plaira.
Apprenez donc que Tabbaye de Cîteaux, non-sftîulement ne [)05sède pas les deux cent mille livres de rente que vous dites , mais qu elle n'en a tout au plus que la moitié ; c'est ce qui est démontré par la taxe des décimes , qui n'est portée qu'à onze ou douze mille livres pour cette maison. On sait- que par les règlements faits yiljSL une douzaine d'années , par le clergé de France, la taxe de» abbayes est quelquefois du cinquième ou du sixième des revenus ; rarement cette taxe descendra-t-elle au huitième , et les abbayes réguliers ne sont pas les plus ménagées.
Apprenez que M, de Giteaux ue yauxt de rien en particulier; que tout le revenu e»t en oomtinun ; qii'il €8* administré par des oSiciers qui lui en rendent compte, en présence des pkis graves pei*sonnages de l'abbaye.
Appi'enez quje , sur environ cent mille livres de rente dont Jouit cette célèbre «t immiense abbuye, il faut founj^ir au paiement des d^çiniies^-à l'entretien des fermes, de la communauté, de M. l'abbé, et à plusiseurs dépense^ relatives au gouvernement général de l'Oi^dr^ deCitei^us.
Apprenez que votre arcbi tecte qui voua a mon-
tré le devî», lequel monte à dix-sepl cent millelivres, n'est qu'un aventurier , puisqu'il prétend savoir ce qu'on ignore à Cîteaux même,
H est vrai que M. l-abbé , dans la nécessité de relever plusieurs bâtiments , a fait dresser un plan général qui comprend toute l'abbaye ; cela montre de la sagesse dans ses vues.
Il en a déjà fait exécuter une partie , qui a coûté deux cent soixante mille livres; cela fait voir son activité et son attention poui' le^bien commun.
Il a tiré cette somme de la vente d'un quart de réserve , accordé par le conseil à l'abbaye , pour relever les bàtin^nts : voilà quelles (Mit été ses ressoui'ces.
Il a ensuite discontiaiilé de. bâtir; c'est qu'à présent les ressources sont épuisées pour con-^ tinuer ; il faudra attendre que les petits filets d'.afrbres que la terre commence à nourrir, soient changés en arbres yigpuxeux, et donnent une nouvelle forêt. .
Ainsi , Monsieui', n'espérez pas de voir achever ces bâtiments , à moins que votre générosité et votre respect pour MM. de Cîteaux ne VQus portent à Içur faire présent de quatre à cinq cent mille livres. Avec cette sonmie , qui n'est pas cependant celle de votre calcul , ou du calcul de votre architecte , car c'est ici la même chose, MM. de Cîteaux seroient bieit sûrs de mettre la dernière main à l'exécutipu
a34 tES £RKEVRS
de leur plan général , et ils sVngageroIent bien , par reoonnoissance , à dire pour vous quelques messes de requiem^
En attendant , ne dites plus , pour votre honneur, que vous avez vu; ne calculez plus, n*af^ .firmez plus; car tout cela est travail , propos et temps perdus*
xn.
ic Confesse ta fille , dites-vous à votre cen-^ » seur ; confesse cette vieille fille imbécile qu« p tu gouvernes despotiquement; confesse-toi >} à elle , etc. »
A cette occasion de confession, je vous ferai part de ce qui arriva dans une compagnie où J0 me trouvai. On y parla beaucoup dp vous ; et dans la suite de la conversation, on vint aussi à parler de cette hardiesse libertine qui parott dans tous vos écrits, et de la frayeur sur l'avenir, qui vous saisit, dit-on, dès que VOU9 vous sentez un peu incommodé. Yoltaire craint le diable, dit quelqu'un de la compagnie ; dès qu'il est malade , il n'y a jamais assez de confesseurs pour le rassurer et le consoler. Uu «ïclésiastique qui se trouvoit là , se mit à rire de tou6 ces propos , qui lui paroissoient peu rai* sonnés. Hé bien ! lui dit quelqu'un , si Voltaire étoit malade, que vous fussiez siir les lieux ^ et qu'on vînt vous prier de l'aller confesser, le refuseriez-vous? « Non, certainement, ré-
t>B TOLTAIRE. iSS
» pondH Fecclésiastique; je m'y txansporleroû » aussitôt ; je connois et je sens trop bien à » quoi le zèle m'obligeroit alors. Mais la pre-» » miëre chose que j'exigerois de ce vieux pé- » cheur , ce seroit la réparation des scandales » qu'il a donnés; ce seroit une amende hono* » rable à la religion , qu'il outrage depuis plus » de soixante ans; à l'Eglise chrétienne, à la* » quelle il a youé la haine la plus implacable ; » à toute la société ciyile, dont il est, par ses » écrits, le plus dangereux séducteiir. J'exî- » gerois que cette amende honorable se fit en » présence d'une compagnie nombreuse, de » personnes publiques, de gens de considéra- » tion , qui fussent priées et engagées de Fat^ »> tester, et d'en donner la connoissance à tout» V l'Europe» »
On fut. surpris de ce ton de vigueur; on voyoit l'embarras où ce trouverolt le pauvre malheureux de faire une pareille démarche ; on blàmoit cet excès de sévérité. « Mais, ajouta a» cet ecclésiastique éclairé : ou Voltaire sent » tout le mal qu'il a fait , ou il ne le sent pas. p S'il le sent , il en sera effrayé , et comprendra » la nécessité de la démarche. S'il ne le sent » pas, et qu'il refuse de se soumettre, il n'est » pas dans la disposition requise pour être ré«- » concilié avec Dieu. Ici , chacun a son devoir^ p le confesseur et le pécheur. »
M. de Voltaire , vous êtes le doyen des phi-
losophes , c'est-à-dire , de ces beaux esprits à cpii la religion pèse extrêmement. Hàtez-vous de faire l'amende honorable j vous êtes plus qu'octogénaire , le temps presse*.
XlVa
. <f D'où vient que tant de petits auteurs atta- » quent les premiers honmxes de la..littératiu'e. ». avec une fureur si folle ' ? Ce n'est. pas cer- ». tainement pour rendre service à la religion , ». qu'ils crient partout que les premiers pbilo- » sophes du siècle , les plus gi^ands poètes et » . oi*ateurs,, les plus exacts historiens ne; croient. » . pas à la religion, catholique , apostolique et » . roumaine , contre, laquelle les portes de J'eu- » fer ne prévaudront jamais. On sent bien que » ks portg&de Penler prévacudroienii, s'il ôtoit » vrai que tout ce qu'il y a de plus écl^ir-é dans » FEurope, déteste en secret ceitte religion. » Avec cet entortillement affecté de prc^s, dent tout le tnonde ne pénètre pas d'abord le se^setUbut, vous voulez, M. doV.oWre, vous
* L'avis était boi> , il étoit pressant , TlioiTuae n'eu a pas' profité ; et la main de Dieu semble l'avoir conduit dans la Capitale , pour dotiùer, par tout ce qui a aceoqoipagn^ et sni^ samort; W spoétacû le plus in&truetif et le plus effrayant.
>Hon^étetié9| p. i3i.
I)E VOLTAIRE. ' iSj
donner le plaisir de dire ce que vous avez dans l'ame; maïs vous ne voulez pas cependant vous trop expliquer. Vous vous montrez , vous vous cachez , vous vous découvrez , vous vous déguisez ; vous voulez vous foire «ntendre à une certaine espèce de lecteurs; vous voulez pouvoir vous défendre devant d autres , et par-là vous faîtes au mieux votre véritable personnage , et vous peignez au mieux l'orgueil qui caractérise les philosophes de nos jours. Mais entrons daris l'examen de ce que vous dites , ou de ce que vous avez voulu dire ; allons à découvert. Qu'eur tendez-yOusT par ces petits auteui's , que vous traitez, à la page suivante, de petits-collets sans bénéfices , de précepteurs chassés , d'argumentants en théologie, etc.?
Quoi! parce qu'un écrivain seroit sans bénéfices , seroit-ce une preuve qu'il n'est qu'un petit auteur ? Seroit-il par-là même incapable de bien écrire , de bien raisonner , de bien servir la religion? Hé î voyez les ouvrages qui ont pour tiCres : les Erreurs de F^altaire, le Dic^ lionnaire Philosophique de la religion. Ua.\xtenv est un petit-collet sans bénéfices j il n'a pas seulement une obole de revenu de bien d'Eglise^ et cependant , quel empressement n'a-t-on pap eu en France pour ses ouvrages! Quel empressement les nations étrangères n'ont-elles pars montré à les avoir dans leur la agne naturelle f Ils sont traduits en Italien, en Allemand^ en
l38 ^ES ERREURS
Polonois; et combien les éditions françaises nWt-elles pas été multipliées!
Vous mettez «ncore parmi ces petits auteurs i qui vous ea voulez , des précepteurs chassés. Mais on connoit un très-fameux écrivain qui a été chassé des cours de Bruxelles, de Prusse , Jie Lorraine , de France et de plusieurs atitres lieux; le relégueriez-vous pour cela au rang des petits auteurs? Croiriez-vous que le reproche fondé ou mal fondé d^avoir été chassé , fût suffisant pour mettre cet homiiie au rang des petits auteurs?
Encore une fois , qu*entendez*vons par ces petits auteurs que vous affectez de mépriser si fort? Mais on le voit sans que vous le disiez. Ce sont les défenseurs de la foi et des mœurs. jGependant , ce ton si fier et si dédaigneux , estil ici bien à propos? Et que font la plupart de ^eux qui composent votre troupe philosophique , en comparaison des hommes qu'on compte parmi les défenseurs de la religion ? On trouve parmi ceux-ci , des princes , des cardinaux , des nrchevêques , des évéques , des hommes auxquels y pour le rang et la naissance 9 nul de ces philosophes n'oseroit se comparer, et que très* peu égaleroient pour les talents. Ce ton d'orgueil, si familier aux gens de la troupe dont vous êtes le chef, est dope aussi déplacé qu'il est indécent. .
Qu'entendez-vôus ensuite par ces premiers
0B TOLTAIRE» jjg
hommes de la Littérature O Vous j mettez sans doute en premier lieu cet homme qvHune ^vingtaine de sciences partagmit , malgré ses infirmités. Vous le ferez suivre par tous ces icriyaiùs hardis qui se donnent entr'eux le nom de philosophes, quevous louez , afin qu'ils vous louent t et qui vous louent, afin que vous le» louiez : car c'est-la le pacte philosophique ; et nous avons tous les jours de nouy^es preuves, que ce pacte risible s'observe parmi vous aveo Ja plus exacte fidélité.»
Venons enfin à-cette proposition singulière qui termine votre texte, et qui est la plus singulière qui ait jamais été faite ; c'est que ce seroit bientôt fait du christianisme , s'il étbit vrai que les philosophes fussent les .ennemis secrets de cette religicm. « Les portes de l'en- » fer prévaudroient , dites-vous , s'il étpit vrai » que tout ce qu'il y a de plus éclairé en £un rope , déteste en secret cette religion. »
Permettez qu'on vous le dise, M. êe Vol taire, qu'il n'y eut jamais de proposition plus dépourvue de jugement , que celle qui vous est li /échappée. Quoi ! vous prétendez que si vos philosophes se liguoicnt contre le christianisme , ils viendroient à bout de le détruire î Efé ! ignorez-vous donc qu'à la naissance de cette religion , tous les philosophes , tous les beaux es-
* Aysat-propos de la Uenriad*.
prîts, toutes les puissances de la terre s*élevé^ rent contr'elle : que par la vertu d'en-haut , ta philosophie fut confondue , les puissances de la terre l'enversées , le paganisme vaincu, le libertinage an'êté , ou obligé de se cacher ?
Jgnorez-vous donc ce que dit le grand Apô- *tre des nations , à l'honneur des beaux esprits et des philosophes du paganisme , auxquels les nôtres ne ressemblent que trop ? « QUe vous ont » appris t ces sages , ces savants , ces fd(iseurs » de recherches? Diei*'n'a-t-il pas bien fait » voir que toute leur sagesse n'étoit qu'une va- "» nité insensée? Mes discours parmi vous ajoute » cet homme divin , ne se sont jamais senti de » l'artifice de la sagesse humaine. C'est la puis- » sauce de Dieu et la grâce de l'Esprit saint', » qui en ont fait toute la force , parce que c'eSt » cette puissance divine , et non la sagesse hu»ï> maine qui doit servir de fondement à notre » foi. »
Ignoreriez-vous av€c quelle effusion de cœur le divin fondateur de la religion s'écrie : « Je y> vous rends grâce , 6 mon Père • ! de ce que » vous avez caché vos sublimes vérités aux sa- » geset à ceux qui se fient en leurs pi-opres lu- » mières , et de ce que vous les avez manifes- » tées aux petits et aux humbles. »
Hé! connoissez donc enfin ;, Monsieur, i;^
• i. Cor. 2, — ' Mrttti. u.
X>B YOLTAIRB. 24*
combien Tesprit philosophique est opposé à Tesprit du christianisme; i." combien la philosophie à la mode est peu proppe à rendre service à la religion ; 3.*" combien est ridicule et insensé, Torgu^il qu'annonce votre proposi^ tiôn.
De touj^ les écrivains qui ont remarqué ou fait remarquer *vos erreurs, il n'en est point à qui vou^s ayez fait autant d'honneur qu'à M.
l'abbé Nonnotte. Vous faites mention de lui dans presque toutes vos brochures satiriques et vindicatives. Vous lui donnez un des principaux personnages dans vos Honnêtetés Idtté-^ raires. On sait que vous ne passez pas un jour sans faire comnoitre à toute votre maison g combien vous êtes affecté des belles remontrances qu'il vous a adressées.
^ Mais on remarque aussi , que dans les difTérends qu'il y a entré lui et vous , et que dans les défenses ou attaques réciproques, vous ne vous servez pas l'xin et l'autre des mêmeà armes. M. Tabbé Nonnotte vous présente de Bonnes raisons , et vous , vous lui répondez par les injures les mieux choisies. Il parle de vous comme d'un homme qui a beaucoup d'esprit et beaucoup de talents,* et vous Is traitez à' hébété, de lourd éciwain , de prédicateur de village. Il vous fait ses remontrances d'un «'îir 3. Il
t^ir LES ERREURS'
aisé et tranquille, parce qu'il est toujours^assuré de ce qu'il vous dit, et vous ripostez toujours en homme piqué et démonté. Vous lui jetez de la boue au visage; il s'essuie, et il fait ensuite comme les autres , il rit de tout votre courroux; il est sur que vos armes et celles de votre censeur ne sont pas de la même trempe.
Enfin vous rapportez une lettre concernant la famille et la personne de M* l'abbé Nonnotte , par laquelle vous prétendez écraser ce censeur à qui vous ne pouvez pas pardonner la hardiesse, et encore moins les succès de la critique qu'il a faite de vos Œuvres. Mais vous n'avez pas trop bien réussi dans vos vues. Ni toutes vos réponses, ni la lettre, soit qu'elle soit de vous , ou de quelqu'un qui pense comme vous , n'ont point empêché que le livre des Erreurs n'ait été conliu de tout le monde , et qu'il n'ait été lu et relu avec la plus grande avidité. Vous avez imaginé qu'il falloit représenter votre censeur comme un homme de rien. Hé, Monsieur î que Jean-Marie Arouet , dit par ^agramme*, Voltère, ou Voltaire, soit gentil-
* LePoëte Arouet, comme Tappelle toujours madame Des Noyers, fut repris plusieurs fois, ëtaut encore jeune , pour avoir fait des vers licentieux. Il dit, à cette occasion, qti'ii avoit toujours été malheureux avec cç nom d' Arouet, qu*il vouloit le changer, et que c'étoit ce rouet ^oiietç]^uiluipQrtoit malheur. Il en fit donc l'anagramme^
ÔE VÔLTAtHÉ» i4S
homme, comme 11 voudroil le faire croire , et que Nonnotte soit un homme de rien , comrfie vous le dites , qu'est-ce que cela fait au public ? U voit deux hommes qui joutent l'un contre lautrè ; il juge des coups que l'un porte ; il entend les cris de celui à qui les coups sont por-» tés ; il s*ainuse , il se divertit , et il se met peu en peine de ce que sont Nonnotte et Ai'ouet ; il juge les combattants.
Vous annoncez que cette lettre, où M. l'abbé' Nonnotte est si joliment traite , vous vient de Besançon , et d'un homme en place» Hé ! qu'elle vsolèéclose de votre cerveau, ou qu'elle vienne d'un homme en place, ou bien d'un hommd déplacé , peu Importe. Ce qui est certain , c'est qu'elle est l>ien faite pour avoir |^Iace dans \bu Honnêtetés JUttéraires; il n'y a pas plus dc vérité que d'honnêteté.
Votre secrétaire , ou correspondant , voui dit que Jacques Nonnotte est âgé de cinquantequatre ans ; mais il faut qu'il n'ait pas bieû com^ puisé les registres , car il se trompe et pour l'âge , et pour le nom.
Il dit que M. Nonnotte composa les Erreurs
ea changeant une lettre et en en ajotitant^ne autre. Il trouva (rabord Voltére, ensuite Voltaire et en enchériSrsant toujours, M. de Voltaire. Telle fut la niélamoi^ phoBe du nom d^Arouct.
iii LES ERREURS
de F'ohaire à Avignon, en mil sept cent cinquante-neuf. Cette année là M. Nonnotte étoit à cent cinquante lieues d' Avignon. Il préchoit le carême à Amiens; il prêcha ensuite une octave à Versailles, et passa le reste de Tannée a Paris. Voilà un autre mécompte.
On relègue M. Nonnotte à Besançon , i un troisième étage. Il auroit pu répondre que Tair y est plus pur qu'au premier; mais qu'il nV pas joui de cet avantage, ayant toujours logé dans une belle et ancienne maison, qui n'est bâtie qu'à un étage.
On passe sur beaucoup d'autres impertinences que votre secrétaire a mises dans sa lettre , concernant la persotine de ce censeur qui vous a démonté. On sait qu'il est d'une des plus anciennes familles de Besançon , comme il parott par les registres publics , «t par les tombes de faftiille qui sont en plusieurs églises; et l'on juge par-là , que cette lettre ne peut venir que d'un homme qui est connu daus toute l'Europe par ses erreurs, et que Ton peut nommer l'homme de toutes les erreurs : nous n'allons pas plus loin.
On sait que M. de Voltaire ne prend jamais nii ton plus fier que lorsqu'il est le plus dans son tort. C'est ainsi que dans son épttre le Russe à Paris ^ A parlant de M. l'abbé Nonnotte, il se vante qu'il « a fait connoitre ce censeur tén méraire par les i|;nor^ces dont il l'a con-
ȣ VOLTAIRB. ^iS
^ vaincu , et par le ridictile dont il Fa accablé » avec justes raisons. » Un jour on rapporloit ces paroles, et quelques autres encore, dans une conversation devant cet abbé, D répondit en riant : Manet altd mente repostum ; je n'au* rois pas cru que Voltaire fût encore plus vindicatif que Tacariàtre Junon. Je lui ai fait quelques remontrances très-justes, et avec toute rhonnét^é possible, dans mon AVre des Erreurs; et si ces remontrances ont été accompagnées de quelques légères piqûres, je n'aurois jamajl» eru> qu'elles dussent lui faire toujours pousser des cris et des rugissements aussi affreux.