CHAPITRE VII
Des Mélanges de Philosophie et de Liuéra^r$ de 'M. de F^oltaire.
JLI AiTS la nouvel!» collection complète que M. de Voltaire nous a donnée de ses OEuvres il y a ' quatre ans , en attendant une nouvelle collectioi^ encore plus complète , on trouve quatorze volu^ mes de ce qu'il appelle Mélanges de Littérature , de Philosophie , etc. Les littérales éclairés ^ qui ont parcouru ces volumes , n y reconnois* ^eut presqueamre chose qu€ les écartsdWe imA«^
»46 JLES ERnEPR»
giiiailoa toujours sans règle , sans dëeence\ et Uès-souvent sans honnêteté ; ils n'y trouvent qu'une rapsodie ennuieuse , où il répète , redit, xabâche ce qu'il a répété , redit , rabâché dans mille endroits de ses autres ouvrages ; voilà ce qui fait la matière de ses quatorze volumes de Mélanges : aussi , si l'on en retranchoit tout ce qui est quinze et vingt fois dit , redit et répété , tout ces volumes seroient bientôt réduits à un très-petit nombre. Mais l'auteur a eu ses raisons pour les multiplier , ccmime il en a toujours pour annoncer des éditions complètes , qui , de.quatie en quatre ans , se trouvent toujours incomplètes. Pour justifier l'idée que nous donnons de cette partie des Œuvres de Voltaire , nous allons pré^ «enter une liste de ces principales pièces , sur lesquelles nous ne dirions que le mot qui est néij^essaire pour les caractériser.
ARTICLE PREMIER
Mélanges de Romans , ou Contes Philoso^ phiques*
Les principaux de ces romans ou contes pbi^ losopliiques , sont ; L'Ingénu, Candide^ Ama-bed, V Homme aux quarante écus, la Priticesse de Bahjlone , le Blanc et le Noir, Micromégas^ les F'oyages de Scarmentado , la f^ision de Ba-^ bouc, Zadig, etc.
DrE VOLTAIREV iif
L^fftgénue&t une histoire Iroquoîse^ quisemr ble n'être faite que pour tourner en dérision les sacrements , les^ cérémonies et les lois de l'Eglise ' catholique : les deux tiers de ce beau roman ne roulent que sur cela ; le reste est, un amas de traits fort indécents , tirés des chroniques scan^ daleuses , et qui ont été imaginés par des hora-* mes jaloux et méchants , pour amuser le public aux dépens des personnages souvent le^ plu* respectables. Voltaire les trouvant de son goût > . a cini qu'ils seroient bien dans ses Mélanges , et qu'ils amuseroient encore ceux qui ne respectent pas plus la décence que lui.
Cet Iroquois marque aussi beaucoup de mépris , ou du moins 'très-peu d'estime pouT les* pièces de Corneille. Depuis cent quarante ans y ee créateur du Théâtre François réunit les suf-; frages de la nation ; on l'appelle le grand Corneille ; et riroquois de Voltaire n'en parle qu'avec dédain. Ou la nation a été bien aveugle dé pi'odiguer avec tant d'effusion ses éloges pour un auteur qui seroit d'un mérite aussi mince ; ou cet Iroquois est bien sot de faire tant d'efforts pour rabaisser en toute occasion un poète pour* lequel une nation aussi éclairée que la nation, françoise , a toujours montré l'estime la plus ex-», traordinaire . Il ne faut pas demander à M*;, de Voltaire, ce qu'il pense de ces jugements iroquois. Les Lettres d'Amabed sont une espèce de ro-^ man , où la religion est encore plus indigne-
2iS LES ERREURS
mtnl déchirée et plus cruellement outragée qu« dans t Ingénu. On commence par y dire , sur l'authenticité et sur la diymité des Livres saints^ toutes ces pauvretés méprisables que les libertine peuvent bien répéter dians leur débauche , mais qui ne seroient pas capables de séduire le plu» ignorant de tous les hommes , pour peu qu'il eût de bon sens. Amabed pense et écrit tout comme Fauteur du Dictionnaire philosophique portatif, et comme le prétendu milord Bolingbrocke ; il représente , comme eux, les prétses indiens comme les hommes les plus vertueux et les plus respectables , et les prêtres chrétien^ comme des monstres de cruauté , d'injustice et d'imj^udicité. U faut que ces prêtres chrétiens soient bien redoutables aux philosophes , puisque Yoltaii^c et les Yoltairiens en disent tant de mal* Mais il est vrai aussi y que ces dédamatic^us philosophiques valent les plus beaux éloges.
Amabed passe ensuite à l'histoire et à la doc trine de Jésus*Christ , sur lesquelles il fait les gloses les plus impies. Il se transporte à Rome > et son séjour dans cette capitale lui &it dire , sur la cour romaine et sur les papes ^ tout ce que les satiriques les plus impudents ont jamais imaginé de plus calomnieux , de plus noir et de plus infernal.
Le Blanc et le Noir. C'est un roman qu'on peut mettre à côté des contes des Fées ; il n'y a pas plus de conduite ni de vraisemblance >
" , DE VaLTAIKB. ^4^
tout ce qui en fait la différence , c'est la hardiesse avec laquelle M. de Voltaire raille de quelques-uns de nos dogmes. On y remarque en eflet , que ce n'est qu'une dérision de ce que nous apprennent les livres saints sur le dogme des Anges gardiens , et sur les tentations qu'on éprouve souvent de la part des puissances infernales. On peut juger par ce roman , si Toltaire redoute beaucoup les unes, et s'il respecte beau * coup les autres.
Si l'on ne jugeoît du roman donné par Voltaire , sous le nom de Candide , que par la manière dont les aventures y §ont amenées et racontées, on se contenteroit de le regarder comme un ramas d'idées absurdes, extravagantes^ sans liaison, sans vraisemblance, sans fugement; et Ton pourroit croire que Voltaire étoit apparemment dans les accès d'une fièvre chaude , lorsqu'il le composoit. Mais , en l'examinant plus attentivement , on s'aperçoit bientôt que l'auteur brûloit d'un feu encore bien plus redoutable en l'écrivant. On comprend aisément, que toutes les fureurs de l'impudicité couroient alors dans ses veines , et que toutes Tes horreurç, de l'enfer remplissoient sa noire imagination.
En effet, cet horrible roman de Candide n'est qu une suite de tableaux révoltants , où l'on volt représenté tout ce que la débauche à de plus indécent et de plus brutal : oh y peint,.
l3o LES ERKEURS
avec une împucleace qui fait rougli', les action» les plus déshonuétes ; on y fait paroîtxe des acteurs de tous les états, et«sur~tout beaucoup de prêtres , contre lesquels on ne cesse de se déchaîner, parce que c'est pajnni eux que se ttouvent les plus vigoureux défenseiu's de la religioi^ et des mœurs. On diroit que Fauteur se baigne dans la joie , en présentant toutes ces horreurs. Il a donné à ce roman le titre de Candide , ou de TOptimisme ; comme s'il vou-* loit persuader au monde , qu'il n'y a rien de mieux et rien de plus digne de l'homme , que de s'abandonner aux. passions les plus désha-« norantes , et aux plus infâmes voluptés.
Un homme, ayant parcouru le roman de Candide, s'écina, avec im transport d'indignation : Diogène , vous fûtes autrefois sumonïmé le Cynique, parce que vous égaliez l'impudence des cliiens ; cédez , cédez votre titre à l'auteur de ce roman.
LesJ^ojages de Scarmentado^ Toutes le sail-^ ïies d'un voyageur satirique et méchan.t , qui ne court le monde que pour eu dire du mal »
et tout le mal que lui fournissent son imaginar tlon et sa malignité : voilà cp qu'on trouve dans les voyages de Scannentado. Qu'on en juge par ce premier trait :
Le voyageur écrit , qu'étant arrivé à Rome encore tout jeune, un, Monsignor le voubitprenr ^'c pour en faire l'objet de ses amours; qu'en-
DE VOLTAIRE. aSl
aftiite il plut à une dame , qui étoit courtisée par deux jésuites , PoîgnaVdîni et Aconîti , c'est-àdire, l'un rhomme du poignard , et Fautre l'homme du poison; cpi'il fut assez heureux pour éviter les coups de ces deux honnêtes hommes, et pour obtenir les faveurs de la dame. Il débite des horreurs , à peu près égales , sur toutes les nations de l'Europe, et principale-'^ ment sur les nations catholiques.
Voilà le philosophe, le sage, le vertueux Voltaire ! Il vous proteste sans cesse , qu'il n'écrit que pour inspirer la vertu et les bonnes mœurs !
La P^isîon de Bahouc est une satire sur la ville de Paris ; c'est un ramas de lieux très-com- muns : tout ce que les auteurs satiriques et 'comiques en ont dit, y est assez joliment répété. U y a long-temps qu'on a remarqué que Voltaire n'avoit pas le don de l'invention ; on lui a dit à lui-même , que son imagination étoit plus propre à peindre quà créer. Mais il profite habilement et tacitement des inventions ^. des pensées et des réflexions des autres.
La Princesse de Babylone est un ix^man d'une * nouvelle espèce. Les principaux personnages ' qu'on y trouve , sont : un oiseau parleur , qui a vécu vingt-sept mille années , et dont le père avoit vécu mille siècles ; des licornes , qui font cent lieues par jour dans leurs courses, et qui , dans les combats , enfilent doiue hommes d'iuù
2k52 LES ERREURS
seul coup de corne ; un berger qui , d'un coujv d'estramaçon 9 enlève la tête d'un lion, en arrache ensuite les dents , y met en place quarante diamants d'une beauté et d'une grosseiir extraordinaire, et fait porter cette tête, par le bec de son petit oiseau , à la princesse de Babylone,
Si Ton ne reconnott pas le poëte et le j^ilosopbe Voltaire à ces folies , à àes absurdités aussi platement imaginées , on le reconnott aisément et sûrement aux magnifiques éloges qu'il fait de son roman , des princes qui tolèrent toutes les religions , et qui mettent la politique philosophique au-dessus de la religion ; on le reconnoit aisément aux horreurs dont il charge très -libéralement l'inquisition espagnole ^ en copiant le roman de l'inquisition de Gk>a; on le reconnoit enfin à la complaisance qu'il mon- ' tre à dire du mal de sa nation.
Le JPot'PourrL Cette brochure répond parfaitement bien à son titre; elle sert à grossir le nombre des volumes de Yoltaii'e : ncms n avons pas autre chose à en dire.
Zadig est une copie des contes arabes, tirés âjes Nighiaristan. Ces contes sont très-ingénieux , et ils amusent beaucoup pai;la singtdarlté des choses qui y sont présentées; toutk . fond s'en trouve dans la bibliothèque orientale d'Herbelot » ; ils ont été aussi écrits en Anglois*
* Phil. de riii»t. p. ai.
1>E VOLTAIRE. à53
Yoltaire est venu en troisième lieu pour les faire valoir; mais il n'a eu garde de dire qu'il n'étoil que copiste!
. V Homme aux quarante écus. Yoltaire y propose un projet de réforme de Tétat , et ce projet ne consiste guère que dans la répétition de ce quia été dit cent fois , dans les brochures que ce siècle philosophique , où l'on raisonne tant , . et où r on montre souvent si peu de raison , multiplie tous les jours sur le gouvernement, les finances et l'administration.
Le premier objet qu'il traite, c'est la population. Il remonte d'abord au principe physique de la population même, et il copie assez fidèlement la Vénus physique de M. de Maupertuis , mais il ne le cite pas. Il examine ensuite tout ce qui appartient à cette matière comme l'anatpmiste le mieux instruit , ou comme l'accoucheuse la plus experte ; et il dit avec toute la légèreté et les grâces dant on est encore capable à son âge , ce que la pudeur et la décence faisoient auparavant renfermer dans des livres d'études nécessaires , et ne permçttoient pas de représenter dans des brochures d'amusement.
Mais une jeunesse curieuse et déréglée en saura bon gré à Voltaire ; ne faut-il pas que les jeunes' gens sachent de tQut?
Gomme on embrasse beaucoup de matières dans ce pro}et, il n'est pas surprenant qu'on tombe dans quelques défautsde calcul et de rai-
254 i-ES erueurs
stmnement. L'auteur nous saura peut-être bon gvé , qu en lui pai^donnant, oti en prévienne It s lecteuj's. Ainsi Horace vouloit-il qu'on pardonnât à Homère, Voici quelques-unes de ces mé- •pvises :
Première méprise. Pour prouver quW homme peut vivre avec quarante écus de rente^. t)n cite Texémple du soldat , qui vit avec quatre sous par jour , c'est-à-dire, avec soixantc-quat(»>ze livres par année. Une telle assertion est une grosse méprise ; premièrement , parce que le soldat, indépendamment de ses quatre soùs, est habillé , logé , chauffé , etc./ ce qui fait plus de la moitié de son entretien ; secondement » parce que , malgré ces secours , les soldats n#pourroîent pas vivre , si les uns ne gagnoient pas encore quelque argent en travaillant de quelques métiers , et les autres en faisant le service pour ceux qui travaillent. Ainsi Texemple donné ne prouve ntJlement l'assertion. Il y a auprès de Genève un homme qui a , dit-on , au Hioias quatre fois quarante écus de rentes par jour , lequel jureroit bien si on le réduisoit à quarante écus de rentes par année , et qui jurejtoit bien plus fort encore, si on lui disoit que les quatre sous du soldat peuvent lui suffire. Ah ! comment il répondroit à l'homme aux quarante écus !
Seconde méprise. Il y a une centaine d'années que le sage calculateur, M. le maréchal de
Vaubao, portoit à la somme d'environ deux milliards le produit de tx)utes les terres de France. Dans ce temps-là le marc d'argent n'étoit, pour la valeur numéraire , qu'environ la moitié de ce qu'il est aujourd'hui. Si le calculateur Voltaire, en adoptant le calcul dé M. de Vauban y. eût aussi bien raisonné que ce grand homme , il eût mis le produit du sol de France , en ce temps-ci , le double de ce qu'y mettoit r il y a cent ans , le maréchal , et alors l'homme aux. quarante écus eût été l'homme aux quatre-vingt» écus. On ne met ici le compte du produit de», tcfî'res, que relativement à l'augmentation delà valeur numéraire du marc d'argent. Par Fè- ](amen que nous faisons , il paroit que ^e ma*^ réchaL de Yauban étoit un bon calcidateur ,:
l'homme aux quarante écus est un pauvre rsiisonueur.
Troisième méprise». On dit à l'homme aux quarante écus, qu'en France il y a quatre-vingtdix mille personnes dan» les couvents, soit d'hommes , soit de filles, et qu'ils jouissent de cinquante millions de rentes , ce qui fait cinq c;ent cinquante livres de rentes par tête.
Il n'est rien de plus facils que de montrer à Fhomme aux quarante écus, ou bien à celui qui le fait parler , qu'ils ne savent ce qu'il» disent ;. car dans la moitié des couvents qui sont en France, on ne jouit pas de cent ciiiquante livres d^ relûtes par tête , les un» ayant été ruinés par
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les billets , les autres ne sabsistant que par des aum&nes , ou par de très-minces salaires , ou pour leurtiayail , ou pour des services rendus ; cela pourroit faire tout au plus six millions. Il y a un quart des couvents où Ton n'a guère que cent écus de rente par tête y et cela ponrroii faire encore six millions. Qu!on suppose encore huit à dix millions pour le reste des couvents , pamri lesquels seront comprises les riches abbayes , où les religieux n'ont que le tiei-s des re* venus, les deux tiers étant pour MM. les abbés commendataires, on n aura que la somme d'une vingtaine de millions de rente ; mais il y a encore bien loin de-là à la somme de cinquante million^ que le bon bomme, mais pauvre calculateur, l'homme des quarante écus, donne pour les revenus et rentes des couvents. Qu'on juge par-là de l'habileté et de l'intelligence de celui qui lui prête ces beaux raisonnements !
Quatrième méprise. Voici un écart des plus-" singuliers , et qui caractérise le mieux nos philosophes* Ces Messieurs ne prennent jamais le ton plus sententieux , que lorsque ce qu'ils prétendent nous dire est plus risible et plus ridicule. Dans leurs plus graves sentences , on n'aperçoit bien souvent que des puérilités ou des absurdités ; en voici un bel exemple :
ce Nous sommes tous lesscddats de l'Etat, dit » le réformateur philosophe ; nous sommes tous » à la solde de la société ; nous devenons des
DE YOLTAIRB. - 257
» déserteurs quand nous la quittons ; que dis- V ie? les moines sont des parricides, qui étoufr- » fent une postérité toute entière ; quatre-vingt- » dix mille cloîtrés, qui nasillent du latin , » pourroient donner à l'Etat chacun deux su- » jets ; cela fait cent soixante mille hommes n qu'ils font périr dans leur germe ; au bout » de cent ans, la perte est immense ; cela est a démontré^ »
Grand Dieu ! quelle multitude épouvantable de parricides et de déserteurs nous dénonce ici l'enthousiaste Voltaire ! D'abord il se dénonce lui-même pour le premier des parricides , puisqu'il y a plus de soixante ans qu'il ùà% périr des hommes dans leur germe : nous ne prétendons pas c^pendantlaccttser dVvoir été trop chaste.
En suivant sa pensée , nous devons regarder comme des parricides , presque tous les philosophes , qui , ayant le mariage en horreur , e); s'accomnioâant mieux d'une volupté libertine , étouffent une postérité toute entière; nous devons regarder comme des parricides , tous les garçons et les filles qui passent leur vie sans établissements , quoiqu'ils soient à la solde de la société ; tous les pères qui refusent de marier leurs .enfants , qui sont les saints de tEtat; enfin, nous devons mettre au rang des parricides, les princes«et les rois qui interdisent le mariage à leurs soldats , et qui , par des raisons d'état
et de politique , ne le permettent point a tant
de personnes de leur famille et de leur sang.
A juger des choses par cette observation , on trouveroit peut-être en France plus de quatre ' ou cinq millions de parricides et de déserteurs» Voilà une matière bien plus intéressante et bien plus digne des projets de réforme de l'entbousiaste Voltaire , que (quarante mille reli-^ ^ieux et autant de religieuses , qui ont plus dé respect pour les oracles de JésUs-Christ que pour les remontrances d^ quelques philosophes;' mais il est vrai qu'on ne doit pas faire plus de cas de leurs raisonnements que de leur religion.
L'instituteur de l'homme aux quarante écus trouve cette matière si importante , qu'il croit devoir y revenir une seconde fois. « On pour- M roit , dit-il , diminuer le nombre desr reK-^ 7> giéux et des religieuses , eu fixant le nombre 3» des novices; la patrie aurolt plus d'hommes^ » utiles, et moins de malheureux ; c'est le sen^ » timent de tous les magistrats; c'e^ le vœu* )» unanime jdu public, depuis que les esprits^ » sont éclairés. Il faut pour faire fleurir un » royaume , le moins de prêtres possible , et le^ » plus d'artisans possible. »
Mais si l'homme aux quarante écus avoit unpeu de bon sens , il répondroit bien vîte à son instituteur , qu'il ne voit là qu'un petit verbiage de grands mots , et pas l'ombre de raison ; qu'il y a iuconteslablement plus de religieuses que
DÎ2 VOLTAIKB. 25^
de religieux , et que la plupart des pères de famille trouvent que les couvents de religieuses ne sont pas en trop grand nombre , parce qu'on n'est Jms assez riche pour marier toutes les filles^ et qu'il est tifop difficile de les garder.
U répondroit que parmi les magistrats, il peut bien y en avoir sur le nombre , quelquesuns qui pensent à la Voltaire , et qu'ils n'en sont pas plus respectables et plus estimables pour cela ; que ce vœu unanime du public qu'oni annonce , est bien plus dans la tète de certains philosophes que dans celle du public éclairé j et il concluroit que toutes ces réflexions philo^ sophiques prouvent bien que celui qui les pro-* pose ne s'entend pas plus en choses de politi-*i que , qu'en choses de ehmtiani^me et dfe religion. Ce n'est là qu'un échantilloii des méprises qui fourmillent dans ce roman philosophique.
H faut remarquer, que l'homme aux quarante écus est un pauvre paysan , qui ne sait faire autre chose qpfi des paniers d'osier ; et ce paysan devient tout-à-coup , et Ton ne sait comment ,' capable de parler de tout : il raisonne sur lés finances , sur l'histoire , sur les systèmes, sur les lois , sur la critique , sur la cour de Rome., sur la tolérance j II est vraji quil raisonne toujours eu faiseur de paniers !
ARTICLE IL
JUélanges de Philosophie, de Morale et de PoUtique.
Qu'on ne s'attende pas de trouver ici les ^principes d'une philosophie lumineuse , d'une morale pure> d'une politique fondée sur la jus-* tice et sur la sagesse; tout y est digne de Fauteur des romans philosophiques dont nous venons de parler.
Ce qui concerne la philosophie so^ réduit le le plus souvent à rapporter beaucoup d'inutilités métaphysiques , à témoigner un souverain mépris pour les philosophes de sa nation , à ii^ Mnuer que la vraie philosophie ne se trouve qpkie chez les Anglois.
Sa morale ne consiste juresque que dans les sermon» qu'il fait en faveur de la tolérance ;«t si quelquefois il dit quelques rsïXA» pour certaines vertus morales, il donne ensuite des volumes entiers pour peindre le vice avec tous •es attraits.
Enfin , quand il veut parler politique y il ne fait que ramasser dans quelques brochures sur le c<»nmerce et l'administration, différente» idées qu'il cpud ensemble; et il fait aux princes et aux ministres les plus fortes exhortations pour les eng^ager à dépouiller l'Eglise de touie
Ï>E VOLTAIRlïk nfîf
« M puissance et de tous ses biens. Voilà ce que renferme cette seconde partie de Mélanges. Disons un mot des principales pièces de cette col-^ lection. ^
Le Philosophe îgFtorant. Cette pièce est d'une centaine de pages ; elle ne pouvoit pas porter un titre plus convenable; car, après Tavoir toute lue , on s'aperçoit qu'on n'y a rien absolument appris. Il y est dit dans un endroit : » Àristote commence par dire que l'incrédun lité est la source de la sagesse. Descartes a » délayé cette pensée ; et tous deux m'ont ap- » pris à ne rien croire de ce qu'ils me disent. »
Chi n'hésitera pas à rendre au philosophe ignorant le même témoignage qu'il rend à Descaites et à Aristote. Mais il faut remarquer, qu'à prendre ce mot àUncrédulité dans un certain sais, c'est faire voir qu'on n'entend pas Aristote , et c'est calomnier Descartes.
La voix du Sage et du Peuple. Ce n'est presque qu'une répétition de ce qui est dit dans les Pensées sur t administration puhUque. Voltaire se copie lui-même ; il multiplie ses voltunes , et il rit , en s'enrîchissant aux dépens des beaux esprits qui les achètent et qui les admirent. Nous avons déjà parlé de ces pensées sur l'administration publique; nous ne voulons pas nous copier nous-mêmes.
Discours ai/uv Welches. C'est un discours %rès-mdObionnéte , dans, lequel le discoureur dit
^6± ( LES ËitREtrns à sa nation toutes les sottises les plus grossière** Il prétend prouver que les François ont été jusqu a ce siècle la nation la plus gothique , la plus binite , la plus ignorante; quelle n a jamais rien su découvrir par elle-même; qu'elle doit tout aux autres nations. Les François ne doivent-ils pas redoubler d'estime, de considération et de reconnoissance pour celui qui leur rend un témoignage si honorable?
Entretiens , etc. Dans les Entretiens entre Lucrèce et Possidonius , Voltaire entreprend de prouver la nécessité d'admettre un premier Etre. D falloit laisser ce soin à Clarke et à Fénélon, qui démontrent très-clairement , et avec beaucoup de grâces , ce que le nouveau professeur métaphysicien entreprend de nous dire après eux, avec un verbiage très-déplaisant.
Les Entretiens sur les futurs contingents ,^ sont plus dignes d'un écrivain bouffon que d'un philosophe. Les Entretiens Chinois^ qu'on retrouve tout entiers dans le Dictionnaire philosophique portatif, ne sont que des éloges du déisme , et un ramas d'absurdités sur la nature de l'ame* On y a suffisamment répondu dans le Dictionnaire philosophique de la religion.
Défense de mon Oncle. Cette pièce est une défense de la philosophie de l'histoire; et la philosophie de l'histoire est un ramas de fables^ d'absurdités et de mensonges employés pour outraiger la religion et poui* décréditer te livre*
T>E VOLTAIRE. l6j
qui contiennent la révélation. H n'est pas fort honorable de se servir de pareilles armes. Mai« les philosophes d'aujourd'hui n'y regardent pas de si près , quand il s'agit de combattre contre le christianisme. On a démontré par plusieurs excellents ouvrages, combien les attaques de Voltaire sont foibles et insufilsantes. La défense de mon Oncle prouve que cet écrivain ne veut entendi'e; à aucune réconciliation, ni avec la vérité ni avec la religion.
La partie des Mélanges , où M. de Voltaire fait le politique , est de la même force et du même ton que celle où il fait le philosophe.
Son Entretien d'un philosophe ui^ec un con-* troleur général y ses articles sur Jean Laws, sur MM. Melon et Datot, quantité de fragments de lettres , où il répète mot pour mot ce qu'il a déjà dit ailleurs ; tout cela est de la même force que ce quo débitent les pix)fonds politiques des cafés et des promenades de Paris ; on ne doit pas tirer vanité à être l'écho de semblables discoureurs*
Mais de toutes les vues politiques de Voltaire celle qu'il présente comme la plus grande et la plus intéressante , c'est de terrasser la puissance «cclésiastîque, et d'exter^iiner toutes les sociétés religieuses. Il ne se pique pas de penser comme le sage et judicieux écrivain M. le président Hénault , ni comme l'auteur de l'excel^ lent ouvrage qui a pour titre ÏApiidesUommesi
%ti LES ERREURS
et qu(^iqa'on lui ait miOe fois déinoiitré la faiiul^ seté, le louche^ Tabsurdité de ses raisonne* Bieiits , il n'en est pas moins ardent à suivre sa pointe ; il ne lâche point prise ; il sait que bien des gens se tournent du c6té de celui qui crie ici le plus fort*
Le président Hénault regarde comme reflet d'une providence admirable, que le pape ne soit assujéti à aucun prince , qu'il possède des états , qu'il soit parfaitement indépendant , parce que cela lui paroît absolument nécessaire au gouvernement de la religion. M. de Voltaire crie à pleine tète , que c'est une chose mons^ trueuse qu'un pape possède des souverainetés. M. Hénault raisonne , et Voltaire déclame.
M. le marquis de Mirabeau a démontré que les sociétés religieuses étoient très-utiles à l'état; on n'a jamais rien opposé de juste à ses calculs et à ses preuves ; et l'ardent déclamateur Voltaire soutient qu'elles sont très-préjudiciables à 1 état: aussi est-il inépuisable, intarissable , infatigable dansr ses déclamations sur eet objet.
ZjCs droits des Hommes* Le discoureur sur les droits des hommes, déraisonne encore plus fortement dans cette brochure , qu'il n'a fait daus ses autres écrits ; et il ajoute au déraisonnement, des assertions contredites par les plus évidentes vérités.
D dit que l'Evangile n'a pas^ donné aux papes
BB VOLTAIRE. 2tS
l'exarchat deRayeniiQ, nî TOmbrie , ni le Ducké d'Urbin , ni la Pentapole , etc. Peut-on faire des propositions qui montrent aussi peu de jug^ement?. Ne peut-il pas y avoir pour les papes d'autres titres pour posséder légitime^ ment ces provinces ? On sait bien qu'il n'est point parlé de tous ces pays-là dans TEvangile; et les papes n'ont jamais cité l'Evangile comme le titre de leurs possessions ; mais ils peuvent toujours citer les donations de Pépin, de Cbaiv lemagae , de Charles-le-Chauve ^ de la princesse Mathilde , et d'autres titres authentiques, contre lesquels on ne peut pas raisonnablement réclamer ; ils pourroient citer Voltaire lui-même , qui dit que le temps a donné au saint Siège , sur ses états , des titres aussi réels que les autres souverains de l'Europe en ont «ur les leurs '.
n dit que les papes n'ont jamais pu donner les royaumes de Naples et de Sicile aux pèlerins Normands. Mais M. Hume , dans son histoire d'Angleterre, fait voir que les gentilshommes Normands se conduisirent avec beaucoup de politique et de sagesse; qu'ils s'appuyèrent de la protection et du crédit des papes , ^ont ils connoissolent l'influence , pour favoriser et assurer leurs conquêtes , et qu'ils s'engagèrent, par des conventions très -libres et
' Essai sar THist. g^ii« tome II. p. lo.
!kùS LBS ERREURS
très-prudentes , à des hommages qui leur garantîssoient la possession des ptus belles parues de ritalie. Plusieurs de leurs successeurs se trouvèrent très-bien de cette garantie et de cet appui ; eriei3 princes des maisons de Hongrie, d'Anjou, d'Arragon, d'Autriche et de Bout- J:>on , n'ont pas fait difficulté de le reconnoitre* ^H fait ensuite une grande énumération des usurpations des papes sur plusieurs seigneurs et princes dltalie. Mais un criticpie éclaire, et bien versé dans la connoissance des monuments historiques , démontreroit aisément que ces prétendues usurpations n'étoient que des re^ couvrements légitimes de ce qui avoit été en-*levé au saint Siège pendant les temps de troubles, et parla protection de quelques empereurs; il prouveroit aisément que, vu les donaïtions authentiques dont nous avons parlé, il s'en faut de beaucoup que les papes soient aujourd'hui en possession de tout ce qui leur avoit été léigitimement acquis.
Si un prince, qui auroit sur pied cent mille hommes , et outre cela une bonne artillerie et de bons généraux , avoit des droits aussi clairs que les papes en ont sur plusieurs contrées dl-r talie , il ne manqueroit pas de faire valoir efficacement tous ces droits ; et Voltaire se garderoit bien de sonner le tocsin contre ce prince, pomme il le fait contre les papes.
{1. ajoute , quV/ rapports les faits dqns Uj^ yen
rite la plus exacte. Mais ces trois volumes de ses Erreurs , sans parler des autres remontrances qu'il a essuyées^ de la part de tant de bons écrivains , prouvent et démontrent qu oui perdroit bien son temps de s'adresser à lui pour, être instruit de la vérité.
ARTICLE IIL
Mélanges de Philosophie et de Littérature.
Cette troisième partie des Mélanges est en six volumes. Après l'avoir parcourue , on est £lclié d'avoir si mal employé son temps ; et M. de Voltaire pense sur cela tout comme nous ;, car voici la déclaration qu'il nous en laisse luîméme, signée de sa main '.
« Ayant été obligé de relire le fatras ci-des- » sus, pour diriger les Editeurs, je déclare » avoir trouvé tout cela fort inutile. Que de » choses pii écrit, qu'on voudroit bien ensuite n n'avoir pas écrites ! »
Voltaire.
Comme il n'y a rien de neuf ni de bien în* téressant dans cette partie , nous nous contenterons de faire quelques observations sur la nouvelle orthographe de M, de Voltaire , et
« Mélanger.
56S tES ERREURS
sur les principes par lesquels il prétend Tau* toriser.
Daus la moitié du volume du douzième et la moitié du quatorzième , il n'est traité que de la langue française , et il en est traité d'unç manière véritablement digne de Voltaire. D'àbord il ne désigne sa nation que par le nom barbare et grossier de Welches ; et sa langue maternelle, qqe par le nom de langue des Wel-^ ches. Cela n'est pas assurément fort honnête , et il l'est d'autant moins , qu'il n y a pas la moindre raison jqui puisse fonder cette malhonnêteté.
« Tout ce qu'on sait, dit-il, est que les >ï peuples que les Romains appeloîent Galli , >> dont nous avons pris le nom de Gaulois , » s'appeloient Welches; et ils substituoient M toujours un G au W , qui est barbare. De » Welches , ils firent Galli, Gallia. »
Tout ce quçn sait^ dites- vous, M. de Voltaire,. .... mais d'où le sait-pn ? Comment prou-« veriez-vous que ce mot ridicule de Welches existoit il y a deux mille ans ? Car il y a ce nombre d'années que les Romains donnoient le nom de Galli aux peuples des pays que nous habitons. Comment pro^veriez-vous que les .
Romains substituoient toujours un G à l'Wou V consonne, puisque Jules-César, Tite-Live, Tacite , en nommant quantité de nations des Gaules et de la Gerinanie , dont le^ noins con^^
men^oieàt par ua V consonae , n'y ajoutent jamais le G dont vous parlez? Comment prouveriez-vous que toute cette partie de l'Italie , qu'on appeloit la Gaule cisalpine , et dont les habitants portoient le nom de GalU, étoit habitée par des Welchés ? Que vos recherches sont justes, bien raisonnées et bien fournies de preuves! Vous voulez faire rire, M. de Voltaire ; on rit en effet, mais de qui rit-on? Vous voulez répandre du ridicule sur votre nation et sur votre langue ; mais ne demandez pas sur qui ce ridicule tombe.
Après avoir fait ces heureuses observations sur les origines barbares de notre nation et de notre langue, M. de Voltaire prétend qu il y a ejicore des restes de cette barbarie dans notre orthographe , et il entreprend aussi de la réformer. Ô ne veut plus que ces mots , Anglois^ François i étoient , croyaient, etc^ s'écrivent comme on l'a fait jusqu'à présent; il veut qu'où, écrive Anglais , Français, croyaient, étaient ^ etc. , ce parce que , dit-il , il ne faut pas que » dans la manière d'écrire les yeux trompent » les oreilles ; parce que les étrangers à qui » nous enseignons notre langue , sont surpris » et embarrassés lorsque nous orthographions » d'une façon , et que nous prononçons d'une n autre ; parce que la meilleure méthode est » d'écrire par a , ce qui se prononce par a. >i
Voilà les oracles et les décisions , voilà les
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principesdu réformateur de notre ortliograpliey et qui a voulu encore les soutenir de son exemple. Mais il ne paroit pas , ni que soi| exemple ait été fort puissant , ni que ses raisons aient été fort convaincantes. Pour l'exemple , il n*a >été suivi que par les auteurs des placards qui annoncent les pièces qu'on doit donner à la comédie , et par quelques rimaiUeurs qui valent bien autant que ces auteurs de placards* Pour les raisons , elles ne seront pas goûtées par un liomme judicieux , niais elles amuseroient sûrement beaucoup un censeur caustique.
En effet , que veut dire Voltaire par ces pa^ Toles : // ne faut pas que les yeux tinnipent les oreilles ? Veut-il que tous les sons semblables soient peints de la même manière ? Si cela est, il faut donc réformer tous nos pluriels ; car ces mots , Ufaisoit , il allait, il se promenait ; . et ceux-ci , ils faisaient , ils allaient, Uf se pra^ menaient , rendent les mêmes sons ; il faudroit donc les écrire de la même manière. H en sera « de même de ces mots , père et pères ; le dan^ ^ ger, les dangers; la mer , les mers : il ne faudroit donc mettre aucune diffé^^ence dans^ la manière de les écrire , parce qu'i/ ne faut pas que les yeux trompent les oreilles.
Ensuite combien de mots sont écrits d'une manière différente, sans qu'il y ait de différence dans le son et dans la prononciation ! Les as et les eaux ^ œil et orgueil, flamme elamejfai^
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mai et aimé, nWt point de différence dans les sons , quoiqu'ils en aient beaucoup dans la manière de les écrire. En poésie , ces mots riment, quoiqu'ils soient différemment écrits, parce que les sons en sont les mêmes. Ceux-ci , au contraii-e , tantôt et sot , enfer et étouffer , Jupiter et exciter /n'ont aucune différence dans l'écriture poui* les terminaisons , et il^en ont WûMf remarquable pour les sons^
Enfin , les diphtongues n'ont que des prononciations d'institution et d'usage, et souvent ' une même dipbtongue a des sons différents : la diphtongue ai en est un exemple. On écrit de la même manière les mots, j'amai, essaie porte' faix ; et le premier se prononce en é fermé ^ comme ainié; le second enéjouvertet long, comme accès; et le troisième en è ouvert, comme effet. Lé premier principe du réformateur de notre orthographe porte donc sur \m»
raison fausse.
Le second principe de sa réforme est celui-ci ; «c Les étrangers à qui nous enseignons notre ». langue , sont surpris et embarrassés , lorsque » nous orthographions d'une façon, et que noma » prononçons d'une autre. »
Mais ce principe n'est pas plus recevable qu^ l'autre. Les étrangers n'ont pas attendu la réforme voltairienne pour apprendre la langue françoise ; ils Tapprenoient parfaitement, et il» l'apprenoient comme l'apprennent les enfant»
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' parmi nous; ils Tapprenoient avec le secourir des maîtres, et par Tusage. Les étrangers ne •ont pas plus surpris de ces difierences de prononciation dans notre langue , qu'ils le sont de ^UesquUls connoissent dans leurs langues maternelles. Or , les langues allemande et angloise «n ont pour le moins autant que la nôtre.
D'ailleurs , dans quel embarras le réformateur ne met-il pas ces étrangers , lorsqu'il écrit, i7^ étaient? Car comment distîngueront-ils si ce mot étaient vient du verbe égayer, ou s'il vient du verbe être? On demandera encore au poëte Voltaire , si ce mot étaient fait une rime mas* culîne ou une rime féminine : s'il vient d'éto^er, la rime est féminine ; et s'il vient ô^etre^ elle est masculine ; et cependant c'est la même manière d'écrire; ensuite, puisque la diphtongue aise prononce tantôt en é fermé, tantôt en é ouvert, tantôt longue , tantôt brève : comment les étrangers , en lisant Anglais^ Français , distingueront-ils' s'il faut prononcer Angles , Frangés y OU Angles , Francès ?
Enfin , dans la conversation on prononce ordinairement les mots croyons , croie d'une manière assez douce, comme si la première syllabe étoît un è ouvert. Au lieu d'écrire croyons , croie y ilfaudroit, selon les nouveaux principes, écrire, crayons^ craie; alors, comment les étrangers pourroient-ils distinguer ces mots, de oeux de crayons à dessiner, et de craie à mar«-
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quer? Mais en voilà assez pour faire Juger des beaux principes du réformateur. Il a voulu donner dans la singularité , et il est resté avec la singularité. Il n'a pas la satisfaction d^avoir fait aucun imitateur parmi les écrivains de ré* putation.
Laissons donc la réforme de Tortliograplie voltairienne aux auteurs des placards de la comédie , et aux autres écrivains de la même con^ sidération *.