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DU MERCURE

La fréquence avec laquelle le mercure et sa préparation, le calomel , entre dans les ordonnances des médecins, et son influence bonne ou mauvaise dans la pratique de l’art, fait, de la connaissance de l’action véritable de ce métal, et de la manière convenable de l’administrer, un sujet d’une importance peu commune.

Quels sont les signes des maladies où le mercure est supposé le plus utile? Les traités de l’art répondent : la Fièvre , l’Iritis , l’Erysipèle , la Dyssenterie, le Rhumatisme, et les maladies cutanées , osseuses et glandulaires. J’en appelle à ces mêmes traités pour témoigner de la vérité de mon assertion, que le calomel a trop souvent produit ces mêmes maladies dans toutes leurs formes et leurs variations. Son influence s’étend sur-tout sur les systèmes glandulaires et assimilatifs; il a donc un grand effet sur les sécrétions. J’ai vu le mercure, en petites doses, guérir cent fois ce qu’on appelle les glandes scrofuleuses ; cependant , selon sir Charles Bell, et je puis le dépasser en attesta- • tions de faits , le mercure mal appliqué a causé une diathèse scrofuleuse dans les meilleures constitutions. — « J’ai vu une personne, dit le D.r Graves, souffrant de l’irritation mercurielle, saisie d’une fièvre commune qui se tourna ensuite en typhus et devint fatale en cinq jours. Cependant vous entendrez dire que si vous mettez un malade de la fièvre au mercure, vous le guérirez, et que l’irritation mercurielle préserve de la fièvre. J’ai vu la jaunisse se déclarant pendant le traitement par le mercure. » La jaunisse, pour laquelle on prétend qu’il est un spécifique ! Quand on entend des gens parler de spécifique , on peut bien leur rire au nez.

La valeur de tous remèdes a plus ou moins de

rapport avec la quantité prescrite. A ce sujet, je pense qu’il est essentiel de parler du mercure, car c’est dans les énormes doses qui ont été ordonnées par certains pseudo-médecins, certains écrivains sur la maladie tropicale et infantile , que cette substance , au lieu d’être un bienfait pour l’humanité, est devenue, dernièrement, un des principaux agents de la destruction de l’homme!

On voit journellement des gens, qui ne réfléchissent jamais sur l’effet d’aucune médecine, ordonnant quatre, cinq, et six grains de calomel à des enfants, des enfants au maillot! Peut-on s’étonner du nombre effrayant de morts qui ont lieu avant l’âge de sept ans? Qu’on regarde les registres de la mortalité enfantine, et si l’on considère la quantité de calomel que les enfants prennent, on sera forcé de déclarer, non que la médecine a fait peu pour la prolongation de la vie, mais qu’elle a fait beaucoup pour l’abréger ! Oh ! l’on peut y compter, il y a beaucoup de mal de fait par la faculté, et c’est pour cela que le monde va aux charlatans et aux homœopathes. Ceux-ci, néanmoins, sont les moins dangereux ; car, s’ils donnent à présent ces remèdes dans les doses absurdes qu’ils prétendent être bonnes, ils ne font guère autre chose que de tromper leurs malades par des mots , tandis que les charlatans et les médecins les tuent en gros , par la médecine mal appliquée.

Plusieurs années se sont écoulées depuis

qu’Abernethy préconisa l’emploi du mercure en petites doses. Des auteurs plus récents ont démontré l’efficacité du calomel en doses aussi minimes que la douzième ou même la seizième partie d’un grain. Depuis long-temps j’ai l’habitude de l’ordonner dans les mêmes doses, mais mêlé avec des parties de quinine, également minimes, pour toutes les maladies d’enfants, dans la plupart desquelles j’ai prouvé son inestimable utilité.

Si, alors, par le moyen de doses si petites de mercure, le praticien peut obtenir des résultats les plus satifaisants, que dira-t-on de l’emploi des doses de quatre ou cinq grains de calomel pour les enfants ? Quelle force de langage suffira pour condamner une habitude également téméraire, celle d’ordonner des doses de plusieurs scrupules, de ce puissant remède, aux adultes. Dire que des individus se remettent quelquefois après une maladie dangereuse et l’emploi excessif de ces doses de calomel, n’est pas plus une autorité en faveur d’un pareil traitement , que d’affirmer que plus d’un homme a été jeté par terre d’un coup, sans qu’il soit arrivé autre chose que de se divertir, malheur auquel d’autres ont succombé. Raisonner ainsi serait vouloir démontrer que les coups ne sont pas de mauvaises choses.

Il ne faut pas, cependant, déduire de ce que je viens d’observer, que je voudrais repousser le c a lomel comme purgatif. Dans ce cas , une dose

plus grande est nécessaire. Mais combien de fois n’a-t-on pas vu ce mercure donné en doses énormes et successives, afin de corriger des sécrétions morbides que la moindre recherche aurait dû montrer comme le résultat d’une longue et mauvaise administration du calomel même? Le calomel, comme tout autre moyen curatif, est un poison ou un remède selon la quantité donnée, et la sympathie ou l’antipathie de cet agent avec la constitution du malade, ce qui, comme je l’ai déjà fait remarquer, dépend beaucoup de l’état électrique du corps, et ne peut être établi que par des essais. On ne peut pas dire qu’un certain morceau d’acier est magnétique ou non , sans l’avoir essayé. Par la même raison on ignore l’état électrique du corps vivant, et ce n’est que par l’expérience qu’on peut le savoir. Le calomel alors n’a aucune relation exclusive à la nomenclature. Cependant, on entend les praticiens dire : — « Il n’est pas convenable pour cette maladie, mais convenable pour l’autre; il est bon pour la jaunisse, mais mauvais pour la consomption. » Tout ceci n’est qu’une absurdité des écoles, et n’a pour hase que le faible appui d’une théorie. Il n’y a pas de maladie, quel que soit son nom, dans laquelle l’administration du mercure préparé d’une manière ou d’une autre, ne puisse être employée avec avantage, ou le contraire, selon les différentes doses et constitutions.

Comment se fait-il que l’oxymuriate de mercure, autrefois tant vanté par les médecins, est maintenant si rarement ordonné? On trouvera avec peine dans la matière médicale un remède plus efficace pour de nombreuses maladies. C’est plus spécialement dans le traitement de l’hydropisie, de la dyspepsie, de la paralysie et des éruptions, que j’ai éprouvé la valeur de son aide.

de l’iodine.

Ce remède a beaucoup d’analogie avec le mercure clans son mode d’action. Son influence sur les parties glanduleuses, et conséquemment sur les sécrétions, est très remarquable. Mais, comme tous autres moyens curatifs, il agit de deux manières : attirant , par les atomes, ou diminuant le volume et la sécrétion dans un cas ; et dans l’autre, repoussant et augmentant tous les deux, selon l’état électrique du corps pour lequel on l’a ordonné. Or, le fait que l’iodine peut guérir ou causer des maladies glanduleuses, n’est pas connu de la faculté, ou du moins, dans tout ce que j’ai lu, je n’en ai vu aucune mention. C’est alors un devoir pour moi de déclarer que, souvent, j’ai été obligé d’en contremander l’usage dans le traitement de la Bronchocèle et autres glandes gonflées, convaincu que j’étais que ces tumeurs s’élargissaient sous l’influence de ce traitement. Dans ce cas les malades m’ont dit qu’ils se trou-

vaient mal à leur aise, et qu’ils souffraient de frissons et de fièvre interne; ear, comme le mercure, l’iodine produit sur tout le système un effet fébrile, bienfaisant en un cas, dangereux dans un autre. Quant à ma propre expérience, j’ai trouvé la quinine plus souvent efficace dans le traitement des maladies glandulaires que l’iodine. Dans un cas de goitre, qui avait résisté à tous les deux, une grande diminution de l’enüure fut produite par un bref essai de l’arsenic. Mais ici je dois faire observer qu’un remède qui a été généralement trouvé convenable dans le traitement d’un type particulier de maladie dans une localité, peut être généralement nuisible , étant appliqué au même type dans une autre. Jusqu’à un certain point, ceci explique les éloges que les remèdes individuels reçoivent de la profession un jour, et le mépris avec lequel ils sont reçus le lendemain. Avec l’iodine j’ai guéri les maladies osseuses et cutanées, et je l’ai trou vée aussi très utile dans le traitement de la Phthysie et de l’Hydropisie.

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