DE L’ARSENIC
Le succès obtenu par les natifs de l’Inde, dans Pemploi de l’arsenic, conduisit d’abord, je crois, les praticiens européens à l’essayer contre la fièvre, et aussi dans les maladies de la peau. On trouva que les heureux effets de ce remède ne se bornaient pas à ces maladies. Son application judicieuse a eu non-seulement du succès dans l’épilepsie et plusieurs espèces de convulsions, mais il a été employé avantageusement dans le traitement des altérations structurales.
Gomme tout autre remède, l’arsenic a ses avantages et ses inconvénients. Si l’on s’informe auprès des mineurs exposés aux fumées de ce. métal, on apprendra que la fièvre, le tremblement, le spasme, la paralysie et l’ulcère, composent presque toute la somme de leurs souffrances. Dans le Journal médical et chirurgical d’Edimbourg, il y a un rapport de cinq cas d’empoisonnement par l’arsenic. Parmi les symptômes que rapporte le narrateur, M. Marshall, sont le vomissement, la douleur, la chaleur de l’estomac, la soif, les crampes de l’abdomen et du jarret, les évacuations, les maux de tête, la faiblesse de la vue, l’impossibilité de supporter la lumière, les palpitations, les frissons, les chaleurs et l’épilepsie; lesquels symptômes, provenant d’autres causes, ont été traités par moi avec succès au moyen de l’arsenic. Le premier cas d’épilepsie où j’employai ce remède fut guéri par lui. La maladie était amenée sur-tout par l’ivrognerie, et l’accès revenait à une heure particulière toutes les deux nuits. Maintenant il est digne de remarque^ qu’après une tentative de suicide par l’arsenic, détaillée par le D.r Pioget, l’épilepsie périodique était du nombre des effets produits. Le sujet, fille de dix-neuf ans, avait aussi des frissons et des chaleurs que l’on peut appeler, si l’on veut, fièvre intermittente, ou de tout autre nom qu’il plaira; car ce n’est pas ma coutume de quereller sur les noms!
Gomme remède pour les maladies cutanées, j’ai toute raison de vanter l’arsenic, même quand il y a altération de structure. Je détaillerai quelques cas où il eut un très grand effet. Les sujets étaient des soldats cipayes qui avaient souffert dans la guerre de Rangoun, par l’effet du climat, d’une nourriture malsaine, ou de la disette et des privations ordinaires aux gens de guerre. Ces malades me furent confiés pendant une quinzaine seulement, et le traitement se rapporte à cette période. Tous, qu’on s’en souvienne, avaient eu la fièvre.
1. er Cas. — Jean Khan avait des pustules aux jambes et aux bras, ressemblant à une ladrerie partielle. Son nez était énormément grossi , et tout son extérieur dégoûtant; il mangeait et dormait mal; sa langue était sale et chargée. Après l’effet d’un vomitif, la liqueur arsénicale fut administrée par six gouttes, trois fois le jour. A la fin de la quinzaine, le changement de son extérieur était merveilleux : le nez était devenu presque de sa grandeur naturelle, et la maladie de la peau avait diminué graduellement. Alors il dormit, mangea bien, et s’avoua très content de l’amélioration qu’il avait éprouvée par le remède.
2. e Cas. — Daud Khan, cipaye aussi, avait des douleurs dans les os et les jointures, des taches blanches sur toute la peau, et un ulcère douloureux au scrotum, duquel sortait un champignon
gros comme une noix. Il se plaignait aussi d’une sensation brûlante au pied. Quand je le vis la première fois, il était si faible, qu’il ne pouvait pas se relever sans secours, et son maintien indiquait une extrême souffrance et faiblesse. Ayant détaché le champignon avec une paire de ciseaux, et appliqué la lentille caustique , l’arsenic fut donné comme dans le cas précédent. Au bout d’une semaine, la plaie était beaucoup mieux; le malade, depuis lors, se releva rapidement : il ne se plaignit plus des douleurs dans les os , et les éruptions à la peau disparurent graduellement. En même temps l’ulcère se ferma, et j’espérai qu’il serait bientôt en état de faire son devoir.
3.e Cas. Setarrum, autre cipaye, avait de larges ulcères à la jambe, scarriés, en mauvais état, et s’étendant de tous côtés. Il avait aussi des éruptions cutanées, comme le malade mentionné cidessus ; et son extérieur et sa force, quoique moins abattus, étaient assez misérables. L’acide nitrique pur fut appliqué sur toute la surface de l’ulcère, puis un cataplasme. L’arsenic fut donné comme aux autres. A la séparation de l’escarre, la jambe fut soutenue par le bandage de Baynton. Les ulcères se fermèrent graduellement, les éruptions disparurent, et le malade recouvra santé et force.
A.e Cas. — Subriah, cipaye, avait eu la jambe amputée trois fois : la dernière au milieu de la
cuisse; mais l’os avait été laissé avec un peu de peau, seulement pour le couvrir. Le moignon, quand je le vis, était dans un état ulcéreux, et la sonde, passée à travers un des ulcères, démontra ([ue l’os était carié, et à nu, aussi avant qu’elle put atteindre. La santé du malade était en même temps fort altérée : pas une fonction n’avait lieu régulièrement. On proposa d’amputer à la hanche, ne croyant pas qu’aucun autre traitement pût réussir. Cependant le malade ne voulait pas se soumettre à cette décision. On essaya de l’arsenic, et, contre toute attente, les ulcères furent, au bout de quinze jours, presque guéris . Le malade alors mangea et dormit bien, et parut, en comparaison de ce qu’il était auparavant, fort et bien portant.
5.e Cas. — Yencatasawmy, cipaye, avait une dartre sur toute la peau, et un mauvais ulcère sur le sternum, dont l’os était parfaitement carié; la sonde pouvait y passer à la profondeur de trois pouces dans la direction du médiastinum. Le malade était faible et irritable, et ne pouvait ni manger ni dormir; son pouls était accéléré et bas, et sa mine bien misérable. On eut recours à l’arsenic, comme pour les autres : son usage fit disparaître la dartre, l’ulcère commença à se rapproprier; la sonde, entre mes mains, n’entrait plus que d’un pouce, et la santé du malade s’améliora rapidement.
Ces malades m’avaient été confiés parle D.rGibb,
de la corporation médicale de Madras, tandis qu’il avait lui-même un congé de convalescence; et le traitement fut ensuite cité par lui à l’école de mé-
decine de cette résidence.
Je dirai maintenant quel était le principe de l’efficacité de l’arsenic dans le traitement de ces diverses altérations structurales. Î1 agissait simplement par son pouvoir d’arrêter la fièvre rémittente , sous une forme chronique, dont souffraient tous ces pauvres cipayes. Les changements de structure n’étaient que de simples traits ou développements du dérangement général.
J’ai donc établi, incontestablement établi, même par les preuves empruntées aux hommes de l’école, que la crainte ou toute autre passion, la quinine * ou tout autre remède chrono-thermal, ont l’un et l’autre guéri une quantité de maladies, que non -seulement les auteurs du système nosoloari-
J cj
([ue regardent comme des affections séparées et distinctes, mais auxquelles les médecins attribuent ordinairement une différence de cause et de nature; quelques-unes, selon leurs vues, étant des maladies de débilité, d’autres nerveuses, d’autres inflammatoires. Unissant donc ceci avec le fait que les sujets de tous ces maux, en apparence différents, ont des intermittences et des récrudescences, et ont tous un nombre plus ou moins grand de symptômes ou apparences de symptômes constituant le type particulier du désordre,
lequel est connu vulgairement sous le nom de fièvre, pour laquelle le peuple sait qu’il n’y a rien de tel que la quinine ou la peur; à quelle autre conclusion peut arriver une personne sans préjugés, si ce n’est que toutes les maladies sont des variations d’un seul type, et que, abstractivement parlant * il n’y a qu'une maladie.
Si donc ceci est vrai, et la vérité peut être attestée dans tous les hôpitaux de l’Europe , ne suis-je pas autorisé à croire que les notions (car je ne les appellerai pas principes) qui ont jusqu’ici guidé ou plutôt égaré les médecins dans leur traitement de la maladie, ne sont qu’un roman des facultés ; que leurs opinions sur les causes de la maladie sont pour la plupart aussi erronées que leur manière de guérir est fautive, et que leur nomenclature et leurs récits ne sont en général qu’un insignifiant jargon !
Je terminerai par un court sommaire des doctrines qui m’ont occupé dans ce livre. Leur importance pour le genre humain, si elle est vraie, ne peut pas être un moment mise en doute; si on prouve qu’elle est fausse, je serai le premier à reconnaître mon erreur. Mais, comme je le disais dans mon exorde, je n’en appellerai qu’aux résultats, qu’à la nature.
J’ai cependant prouvé, du moins je l’espère , à la satisfaction du plus grand nombre :
i.° Que les phénomènes d’une Santé parfaite
consistent dans une série régulière de mouvements et d’accidents alternes embrassant chacun une spéciale portion de temps ;
2. ° Que la Maladie, dans toutes ses modifications, est d’abord une simple exagération ou diminution de la somme des mêmes mouvements et accidents , et que comme elle est universellement alternative avec un état comparatif de santé , à la rigueur, elle se résout en Fièvre, rémittente ou intermittente , chronique ou aiguë; toute espèce de désorganisation structurale, depuis la carie des dents jusqu’à la consomption pulmonaire, et cette décomposition de la rotule appelée familièrement tumeur blanche n’étant que des développements du cours de la maladie : consomption des dents, consomption du poumon, consomption du genou;
3. ° Que la tendance à la désorganisation, appelée vulgairement aigue ou inflammatoire , ne diffère de la maladie chronique ou scrofuleuse que dans le degré d’activité et de température : la première étant plus remarquablement caractérisée par l’excès de l’une et de l’autre, offre par conséquent un progrès plus rapide à la décomposition ou à la guérison ; tandis que la seconde arrive à ses termes respectifs par des alternations de la même action et de la même température plus douces, et par conséquent plus lentes et moins marquées. En quoi diffère la consomption d’une dent de la consomption des poumons , sinon dans la *
différence du tissu affecté et le degré du danger pour la vie, ressortant de la nature de leurs fonctions respectives ?
La maladie ainsi simplifiée, sera amenée à un principe de traitement également simple. Partageant la nature de la fièvre dans toutes ses modifications, elle sera mieux traitée par un médicament d’accord avec le principe propre au traitement de cette maladie. Quand la doctrine de la concoction des humeurs tenait son dangereux sceptre sur l’aspect du malade , on regardait comme la plus grande erreur médicale de réprimer l’accès , puisqu’on supposait que chaque accès était un effort amical de la nature, pour expulser du corps une humeur peccante ou morbide. Comme l’erreur populaire de notre temps est si générale sur la goutte j on le croyait un essai salutaire de la constitution. Une fièvre au printemps, était réputée bonne pour un roi! Que les monarques aient été par hasard ses victimes à cette saison , cela ne fait rien à la révolution qui s’est opérée depuis dans l’opinion médicale. Jusqu’à l’époque de Boerhaave, un médecin affirmait que s’il pouvait produire la fièvre aussi facilement qu’il la guérissait , il serait content de son habileté ! La conséquence de cette opinion était que le praticien s’efforcait d’augmenter la chaleur du corps pendant l’accès. Mais l’effrayante mortalité de '''cette pratique n’avait d’autre effet sur la masse des
médecins, que de leur faire redoubler leurs ellorts pour découvrir les moyens d’augmenter cette chaleur, afin qu’il pussent ainsi aider au progrès caché que la matière morbide était censée subir! 11 y a cent ans encore, le malade fiévreux était enveloppé de couvertures, sa chambre était chauffée par de grands feux, et la porte, la fenêtre, les rideaux fermés avec l’attention la plus scrupuleuse. Le petit nombre qui échappait à cette terrible ordonnance, était disait-on guéri, et ces guérisons, comme ignés fatui, ne servaient qu’à tromper le praticien et à l’aveugler sur la terrible mortalité qui suivait sa méthode.
Ainsi le traitement de ce qu’on a appelé syphilis dans des temps plus rapprochés, se trouvait infiniment plus dangereux pour la vie que la maladie elle-même. Mais loin d’ouvrir les yeux des gens, les anciens de la profession quand ils virent d’abord la valeur de la quinine, s’opposèrent à son emploi avec une violence et une virulence qui n’a été depuis égalée que par leur résistance aux diverses inondations du vaccin. Propager en médecine une mesure subversive et utile, demande un courage moral et une persévérance qui ne sont le partage que du petit nombre. L’homme qui veut obtenir une célébrité facile , n’a qu’à avancer quelque mode de traitement inerte ou mystique, et son succès est certain. Il faut qu’il se garde de se présenter devant le public avec un remède stig-
matisé du mot poison. Le charlatan se vante-t-il constamment de la sûreté de son remède! Qu'on voie avec quelle pertinence il compare sa médecine végétale avec les mots de poison minéral , ce dernier mot est pour lui une épouvantable chose, comme si le règne végétal n’était que bienfaisant et le règne végétal que malfaisant ; et le plus merveilleux de cette chose, c’est qu’elle répond admirablement même à ceux qu’on appelle le public bien élevé; si ceux-là sont réellement bien élevés qui avaleraient de l’opium et de la ciguë en toute quantité, par ce qu’ils sont des végétaux, et qui ne paraissent pas se douter que le sel est un minéral, que le charbon est aussi un minéral , que le fer et la chaux sont des minéraux, et que toutes ces substances minérales entrent activement en plus ou moins grande quantité dans l’économie de leur propre corps! Pour en finir, toute substance végétale est le produit de la terre : et s’il y a de la vérité dans l’Ecriture , s’il y a un fait dans les livres sacrés qui mérite plus qu’un autre l’attention du médecin, c’est celui du 38. me chapitre du livre l’Ecelésiaste que : — - « le Seigneur a créé des remèdes sur la terre, et que celui qui est sage ne les rejettera pas! » Un homme peut-il être chrétien, si après cela il s’emporte contre les remèdes minéraux ?
La Médecine , comme elle est pratiquée à présent , n’est guère plus qu’une copie de la naviga-
tion des anciens, se conduisant moins par l’observation des étoiles fixes , que par toute petite éminence ou toute localité apparente. Le marin d’autrefois se glissait le long de la côte avec précaution, si ce n’est avec timidité; à présent avec le compas infaillible , le nautonnier lance sa barque hardiment sur l’Océan sans bornes. Méprisant les erreurs qui avaient d’abord guidé sa voile, il achève aujourd’hui son voyage au port éloigné, en autant de jours qu’il y mettait de semaines ou de mois.
En gardant les principes ici donnés, le médecin peut de même, à peu d’exceptions près, se dispenser entièrement des jalons anatomiques de son art. S’il n’est pas ébloui de la nouveauté de la lumière que j’ai tâché de répandre sur les ténèbres qui ont jusqu’ici couvert le champ de la médecine; prenant l’unité et la totalité du compas pour sa règle et son compas ; le cerveau et les nerfs pour l’Océan et les mers sur lesquels il doit agir; la température et l’intermittence pour sa marée et sa saison ; la constitution et l’habitude pour le guide qui doit parfois changer son bord ; il pourra alors atteindre rapidement le but que, au milieu des entraves de la nomenclature ou de l’attention commune à de simples localités, il n’aurait atteint imparfaitement que par de longs essais , douloureux et réitérés; il pourra ainsi obvier à des difficultés qu’il croyait d’abord insurmontables Qu’il ne se demande pas si cette méthode servira mieux
ses intérêts. Gomme la médecine est pour le public, et non pas le public pour la médecine, il peut compter avec certitude que, malgré l’encombrement actuel de la profession , les médecins futurs s’adjoindront tôt ou tard à lui, et à la recherche du bien général.
C’était un des paris de l’excentrique Radcliffe, qu’il pouvait écrire toute la médecine pratique sur une feuille de papier : elle pourrait même être renfermée entière dans une demi-ligne : attention a la température ! On peut être sûr que ceci était le principal secret de Radcliffe ; car il fut un des premiers médecins qui introduisirent d’abord ce qui est appelé le système rafraîchissant dans la fièvre. Quand le duc de Beaufort fut malade de la petite-vérole, — « le docteur, ditPottis, fut appelé, et ii trouva les fenêtres si bien fermées par l’ordre de la vieille duchesse sa grand’mère, que pas un souffle d’air ne pouvait pénétrer dans la chambre, ce qui privait presque le duc de tout moyen de respirer. Les médecins avaient employé cette méthode dans les premiers jours, et Sa Grâce était résolue de la poursuivre, comme étant la meilleure dans cette occasion, ayant peur que son petit-fils ne prît autrement du froid, et que par-là il ne perdît une vie si précieuse pour elle et pour toute la nation ! Elle avait aussi pris la résolution d’assister elle-même le duc durant sa maladie, et elle fut dans la plus grande consterna-
tion, quand Radcliffe, à sa première visite, ordonna d’ouvrir les rideaux du lit, et de laisser pénétrer la lumière comme à l’ordinaire, dans sa chambre. — « Comment, dit la duchesse, voulez-vous tuer mon petit-fils? est-ce là la tendresse et l’affection que vous avez toujours montrées pour sa personne? Il est très certain que son grand’père et moi fûmes soignés d’une autre manière, et il ne sera pas autrement traité que nous, puisque nous en sommes revenus (échappés vraiment!) et que nous avons vécu jusqu’à un grand âge sans aucunes de ces dangereuses expériences. » — * Tout cela est possible, répondit le docteur, avec sa simplicité ordinaire, mais je dois être libre avec Votre rGâce, et vous dire qu’à moins que vous ne me donniez votre parole que vous allez retourner à l’instant à Chelsea et laisser le duc entièrement entre mes mains, je ne bougerai pas pour le guérir ; si vous faites cela , au lieu de me donner vos inutiles avis, je vous jure sur ma vie, qu’il ne lui arrivera aucun mal , mais qu’il pourra vous faire une visite dans un mois. » Quand à la fin, après beaucoup de difficultés, cette grande dame fut persuadée de céder au docteur et de rejeter les instances du duc et de ses nobles parents , elle eut la satisfaction de voir dans le temps limité, son petit-fils parfaitement rétabli , et sa foi fut telle ensuite dans l’habileté du docteur, que bien qu’elle eût 85 ans, elle déclara
qu’elle croyait qu’elle ne mourrait jamais tant qu’il vivrait, puisqu’il aurait le pouvoir d’allonger ses jours par ses immanquables remèdes.
Eh bien, le traitement judicieux de toutes les maladies consiste dans l’attsntion à la température, et rien de plus. Quelle est la bonne méthode dans la fièvre? d’appliquer le chaud, ou d’administrer un cordial pendant le froid, ; dans la chaleur , réduire la somme de la température par une infusion froide et un air frais ; ou pour la même raison , donner selon les circonstances , un vomitif, un purgatif, ou tous les deux. Avec la quinine, l’arsenic, l’opium, etc., la période d’intermittence ou température moyenne, peut être prolongée d’une manière indéfinie. Ainsi la santé peut être établie dans toutes les maladies, soit que, par quelque développement local particulier, la maladie puisse être appelée manie, épilepsie, croupe, cynancie, goutte ou grippe! Au commencement de la maladie, arrêter la fièvre, est le plus souvent suffisant pour la guérison de toute espèce de développement local. Excepté dans quelques rares circonstances, ce n’est que si le mal a été long et habituel, que le médecin sera obligé d’appeler à son aide les diverses mesures locales qui se rapportent au degré plus ou moins grand de la température des parties particulières.
J’espère avoir prouvé maintenant ce qu’Hippocrate disait il y a trois siècles , c’est-à-dire que
— « le type de toutes les maladies est un et identique. » Combien cette doctrine est différente de ce qu’on enseigne encore dans les écoles! A cet égard, les médecins ressemblent aux poètes dont Johnson dit : — « Les premiers, quels qu’ils soient, doivent prendre leurs sentiments et leurs descriptions immédiatement du savoir ; leurs descriptions sont vérifiées par tous les yeux, et leurs sentiments reconnus par tous les cœurs. Ceux que leur réputation a invités aux mêmes études, copient en partie leurs maîtres et en partie la nature , jusqu’à ce que les livres d’un siècle gagnent assez d’ autorité pour tenir, vis-à-vis d’un autre, la place de la nature; et Limitation,, déviant toujours un peu, devient enfin capricieuse et casuelle. » C’est ainsi que les descriptions de la maladie , dans notre système nosologique , sont devenues un simple tissu de divisions contre nature, pour ne pas dire une véritable contradiction, si les mots qui les composent, dans plusieurs exemples, ont seulement le moindre sens. Que dirons-nous donc du raisonnement fondé sur des faits qui ne sont pas des faits , sur de simples assertions qui n’ont pas de fondement dans la nature?
Les écoles d’Égypte et d’Arabie, les hommes éminents de la Grèce et de Rome, les plus grands maîtres anatomiques et les philosophes du moyenâge, ne connaissaient pas la circulation du sang. On peut voir combien leurs théories étaient étran-
ges, leurs hypothèses imaginaires, par leur mode de nommer certains vaisseaux du sang, artères ou vaisseaux iYair; les tubes que l’on n’a qu’à blesser, pour les voir répandre la vie courant en jets, furent considérés pendant des siècles comme ne devant contenir que de l’air et non du sang! Quelles innombrables erreurs ont dû entrer dans un raisonnement établi sur de telles bases ! Pourtant ce ne fut qu’au XVII. e siècle que l’illustre Harvey démontra la vraie nature des artères, et la manière dont le sang circule à travers le corps !
Plus on explique le but d’une science , et plus on facilite le moyen de l’atteindre , plus cette science approche de la perfection. Le vrai philosophe a toujours cherché à trouver des rapports et des ressemblances dans la nature , simplifiant ainsi ce qui paraît étonnant. Les écoles, au contraire, ont aussi invariablement taché de tirer des distinctions bien filées , afin de mieux embrouiller et de rendre plus difficile l’accès des choses les plus simples. Toute exposition de l’unité de principe, qui forme une science particulière , est sûre de rencontrer la censure des écoles et des collèges, et leurs disciples ne voudront jamais pardonner de rendre aisé ce qu’eux-mèmes, après des années de travail , ont déclaré incompréhensible. Tant il est vrai que — « au moral comme au physique, les gens vous tiennent forcément et obstinément par la main, se serrant contre vous et vous sui-
vant pas à pas pendant que vous les menez dans l’obscurité; mais si vous les conduisez tout à coup en plein jour, ils tressaillent et vous laissent. » ( W. Savage Lanclor. )
Avant de conclure, je ferai justement une remarque au sujet des doses de tous les médicaments. On apercevra, comme on doit l’avoir déjà fait à présent, l’impossibilité absolue de prévoir, dans beaucoup de cas, et sur-tout dans une maladie chronique, l’agent particulier qui servira à obtenir l’amélioration ou la guérison, et comme dans presque tous les cas où un agent n’agit pas favorablement, il fait le contraire, on sentira la nécessité de commencer le traitement avec les plus petites doses des plus puissants remèdes , afin de frayer un chemin avant de hasarder les doses prescrites par les écoles . Qu’on ne m’accuse pas toutefois de vouloir soutenir , même pour un moment , le non-sens des homœopathes. La 12. me partie d’un grain de calomel, par exemple, est un remède propre à un nouveau-né ; mais une telle dose n’a pas plus de rapport à la millionnième ou décilionnième partie d’un grain de calomel, que n’a la 12.rae partie d’une bouteille de vin, un verre, à une goutte de vin. L’un a le pouvoir d’agir sur tout le corps, l’autre est absolument inappréciable au-delà du goût qu’il peut imprimer sur la langue, le seul organe qu’il ait le pouvoir d’affecter un instant. Il faut avoir pitié
des homœopathes , fuir les pathologistes et les saigneurs, et suivre seulement ce meilleur guide du médecin : la nature ! non dans le sens borné de notre économie mortelle ; mais dans tout le gouvernement de ses ouvrages. Un grand principe les unit ensemble : Dieu, dans son unité, les pénètre tous!