‹ Erreurs dévoilées des physiciens modernes dans l'explication des phénomènesChapitre 17 sur 37 · I 74 ERREURS DÉVOILÉES · texte numérisé non relu

I 74 ERREURS DÉVOILÉES

de la flamme qui, comme nous l'avons déjà vu , se colore suivant le nombre des lumineuses qui viennent se joindre à celle qui doit former le noyau. Ainsi cette dernière molécule paraîtra d'un blanc éclatant quand les lumineuses qui s'y joindront, l'environnant de tous côtés, n'en formeront qu'un seul globule. Mais comme ce globule peut être plus ou moins régulier, il s'ensuit que l'éclat qu'il répandra sera plus ou moins parfait. Aussi la flamme d'une substance qui brûle dans le gaz oxigène, est elle bien plus blanche et plus vive que la flamme ordinaire; parce que, dans le premier cas, l'ignigène afflue vers les lumineuses en plus grande quantité que dans le second.

Quant aux diverses teintes dont la flamme se colore très-souvent , elles dépendent de ce que l'agrégation des lumineuses y est moins exacte que dans le blanc ordinaire , et elle l'est encore beaucoup moins dans la couleur violette que dans la rouge, et ainsi des autres teintes, à proportion qu'elles s'éloignent de cette dernière couleur.

Considérations sur Vhjpothèse de Newton relative aux corps colorés.

Comment est-ce que Newton a expliqué le phénomène des corps colorés? D'une manière encore plus fausse que tous les autres phénomènes de la lumière. Ce savant considère les surfaces des corps comme formées d'une infinité de petites lames très-minces et transparentes ; ce qui le conduit à conclure que la couleur des corps naturels dépend de l'épaisseur et de la densité des lames qui les composent, (i)

L'illustre Berthollet a attaqué par plusieurs expériences la généralité de cette conclusion ;

(i) Voyot Libes, Traité élém. de phys. torn. 3. p. i38.

DES PHYSICIENS MODEH?iF.S. J 7D

mais il aurait pu certainement s'élever contre tout le système que le savant anglais a émis sur la lumière. Voici une des expériences du chimiste français. Il étendit une dissolution dindigo dans une grande quantité d'eau, et il jugea que si les couleurs des corps dépendaient toujours de l'épaisseur et de la de/isité des lames dont ils seraient formés, cette dissolution devrait prendre successivement beaucoup de nuances différentes , et cependant elle conserve sa couleur bleue.

Que répondent les partisans du savant anglais, pour concilier la loi de Newton avec cette expérience et d autres analogues? Que ces lames, telles que Newton les conçoit, sont composées de filets très-déliés, parallèles les uns aux autres, et dont chacun peut se diviser dans le sens de sa longueur en un grand nombre de parties , sans qu'il arrive la moindre altération dans leur densité et leur épaisseur i i). Fort bien 1 Mais ne peut-on pas leur faire cette question ? Ces filets que vous avez ainsi accolés, comment pourront -ils se séparer dans le besoin, s'ils sont joints ensemble comme vous lentendez ? Aucun dissolvant , le feu même ne pourrait les séparer; parce qu il n'y aurait dans eux aucun vide où pût se loger la lumineuse avec son atmosphère , cause réelle de la dissolution des corps. D'ailleurs d'après l'opinion de Muschenbroeck et de Newton lui-même , les espèces ne seraient-elles pas confondues et ne changeraient-elles pas de nature , si les parties constituantes des corps pouvaient souffrir la moindre division ? Donc afin que rien ne se dénaturât et qiie tout se conservât , il faudrait que ces filets fussent inséparables par tous nos moyens.

Mais des corps formés de ces lames ima^inai-

(i) Voyez Libes-, tom, 3. p. 140.

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res pourraient-ils être transparens ? Non : puisque , comme je l'ai dit, la transparence exige aussi des pores où les lumineuses soient disposées en droite ligne , pour transmettre sans déviation la clarté communiquée. On n'aurait donc que des corps opaques qui réfléchiraient tous les rayons , ou plutôt toute la clarté reçue et qui paraîtraient toujours blancs.

Une fausse analogie a trompé Newton, comme elle égare tous les jours un grand nombre de physiciens. Newton ayant pris deux objectifs de télescope, l'un plan et l'autre un peu convexe, et les ayant posés l'un sur l'autre, obtint différens anneaiix colorés qu'il attribua à la réflexion de l'air situé entre les deux verres , et qu'il croyait composé de lames plus ou moins épaisses. De là il conclut, par analogie, que les surfaces des corps devaient être également formées d'une infinités de petites lames, plus ou moins minces, auxquelles il fallait appliquer tout ce qu'il avait cru déduire de ses observations de ces anneaux colorés.

Newton concluait à faux ; car dans l'air il n'y a point de lames, mais des molécules arrondies, environnées d'un atmosphère étendue, lesquelles laissent , dans leur réimion , des vides qu'occupent les molécules de lumière avec leur atmosphère de même très-étendue, si l'on compare ces atmosphères avec celles des bases des corps solides et liquides. Si l'air était un agrégé de ces prétendues lames, il en résulterait bientôt un tout solide insécable et imperméable à tout rayon de lumière, dans le cas où celui-ci pourrait s'élancer des astres, comme le prétend Newton. Donc nulle substance ne pourrait être diaphane.

D'ailleurs ce n'est point précisément à la réflexion de l'air que sont dus les anneaux colorés

WES PHYSICIENS MODERNES. l 'y-y

qu'obtenait Newton avec ses deux objectifs. Ce sont ces verres eux-mêmes qui les produisent, en composant par leurs formes dissemblables une espèce de prisme.

Pluche avait-il donc tort de dire dans son Histoire du ciel, qu'il fallait refuser à Newton le nom de physicien , puisque le savant anglais a ignoré complètement d'où proviennent et la fluidité, et la densité , et la transparence, et l'opacité , ainsi qu'une foule d'autres phénomènes physiques.

Que n'aurais-je pas encore à dire sur le sujet qui nous occupe en ce moment, si je ne craignais d'être trop diffus?

IÇota. Le célèbre Herschel a fait dans ces derniers temps en Angleterre une expérience qui lui fait regarder, avec raison, l'explication de Newton , comme insuffisante pour rendre raison des anneaux colorés (i). Mazéas en avait fait auparavant plusieurs autres dont les résultats ne s'accordent pas davantage avec cette explication , comme on peut le voir dans les Mémoires de l'académie de Berlin de l'an lySa (2). Mais l'expérience de Herschel frappe mieux au but et n'est pas susceptible d'interprétation équivoque. Ainsi ron voit que Newton ne passe plus pour infaillible, même dans sa patrie ; et que des esprits du premier ordre ne le regardent plus comme une divinité dont il fout encenser toutes les opinions, sous peine d'être mis au rang des idiots et des profanes.

(1) Voy. Libes, tom. 3. pag. 142.

{%) Voy. Hatiy, tom. a. N" 994 de la a» édit.

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