‹ Erreurs dévoilées des physiciens modernes dans l'explication des phénomènesChapitre 18 sur 37 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

DE l' ÉLECTRICITÉ.

JL/A seconde variété de la lumière est le fluide électrique, qui n'est pas renfermé comme la première dans les pores des corps, mais qui est disséminé sur leurs surfaces; et qui, dans certaines circonstances, flue et s'écoule à peu près comme un vrai liquide.

Les physiciens n'avaient qu'à ouvrir les yeux pour reconnaître que les molécules propres du fluide électrique devaient être de la même espèce que celles de la lumière proprement dite ; car les unes et les autres s'illuminent en se réunissant en globules ; mais ils ont eu tort de confondre ces lumineuses avec les particules du feu. Les espèces et les fonctions en sont bien différentes. Mais comment les électriques et les lumineuses ordinaires, quoique semblables, produisent-elles des effets si opposés? C'est ce que nos physiciens n ont point expliqué ni même entrevu. Et l'auraient-ds pu faire, eux qui n'ont jamais su comprendre que les molécules propres des corps étaient entourées d'une petite atmosphère plus ou moins étendue , et dont la variété était la cause seconde de tous les phénomènes qu'elles nous présentent; la cause première résidant uniquement dans la toute-puissance et la volonté de Dieu notre créateur.

Dans leur état le plus naturel, c'est-à-dire le plus universel, les molécules de la lumière ont une atmosphère toute composée d'ignigène; matière qui en s'échappant des corps produit la chaleur. C'est dans cet état que ces lumineuses demeurent invisibles dans les pores de toutes les substances, ou qu'elles brillent dans la flamme et dans les corps incandescens. Mais pour en faire un fluide électrique, Dieu a ôté à ces lumineuses leur atmosphère ignigénée, et leur en a donné une mélangée d'ignigène et d'oxigène. Ce mélange a comme changé leur nature. Dans leur premier étal , elles se repoussent mutuellement jusqu'à un certain point, parce qu'elles tendent à conserver, dans presque toute leur expansibilité, leur enveloppe atmosphériqi:e : elles sont aussi repoussées par les molécules des corps ou par les opaques . mais dans le fluide électrique, elles s'attirent les unes les autres , et sont attirées par ces mêmes opaques, à l'exception de celles de l'air; tandis qu'elles éprouvent une véritable répulsion de la part des autres lumineuses , en même temps qu'elles les repoussent elles-mêmes. ; i)

Il est singulier que les physiciens aient pris encore ici le change, et qu'au lieu d apercevoir que les molécules électriques exerçaient entre elles une vraie attraction, ils aient cru, tous, qu'elles se repoussaient mutuellement. Cependant il leur serait bien difficile de citer un seul fait naturel à l'appui de leur opinion ; car partout on voit que les molécules de la même espèce s'unissent ensemble , lorsque rien ne met obstacle à leur rapprochement.

(i) Nota. C'est cette mutuelle répulsion qui est cause que le vin, l'eau, et les autres liquides, imprégnés de fluide électrique, et qu'on \ide par le moyen dun siphon, coulent avec plus de vitesse qtie les mêmes fluides non élecirisés.

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De plus il n'y a pas deux fluides électriques , comme l'a cru Symmer. Il n'y en a qu'un seul , ainsi que l'a enseigné Francklin ; et l'on peut accumuler ce fluide sur la surface des corps, ou en dépouiller ceux-ci soit totalement, soit partiellement , et c'est alors qu'ils sont éleclrisés en plus ou en moins. Enfin les corps qui sont dans l'un ou l'autre de ces deux étais sont entourés d'une atmosphère aérienne assez considérable , et qui , se conservant expansible , les met dans le cas de se repousser mutuellement quand ils possèdent la même électricité, et de se réunir quand elle est d'une espèce différente, parce que le corps électrisé en moins reprend le fluide électrique qu'il avait perdu; ce qui le remet dans son état naturel , et cela donne la clef de quelques expériences qu'on n'a pas su comment expliquer par un seul fluide.

Quelques physiciens modernes ne pouvant se familiariser avec l'électricité positive et négative, parce qu'ils n'en pouvaient comprendre le mécanisme, quoique bien simple, ont tâché de faire prévaloir l'hypothèse de Symmer, en prétendant qu'elle était comme la clef de la véritable théorie : mais tout en se déclarant pour cette hypothèse , ils nous ont appris le cas que nous en devions faire; puisqu'ils sont forcés d'avouer, les uns, que « les connaissances leur manquent sur la nature » de ces deux fluides dont l'existence même n'est » pas , disent-ils , démontrée (i) ; les autres , que , « à l'exception du fluide lumineux , tous les fluides, » C tels que le fluide électrique, le calorique, et » le fluide magnétique ) n'ont dans l'esp^rit du )) physicien qu'un existence hypothétique , et » conséquemment qu'il ne les place dans la théorie

(i) Voyez Haiiy, article Électricité.

DES PHYSICIENS BIODERNES. l8f

» que comme une cause peut-être imaginaire (i). » Or , d'après ces aveux formels qui semblent démontrer que nos savans marchent au hasard dans le sentier des sciences , on doit conclure que tous les calculs, dont on a voulu étayer l'hypothèse de Symmer , ne sauraient porter qu'à faux , puisqu'on l'a fondée sur une pure supposition.

Nota, J'avais résolu de ne dire que ce peu de mots sur l'électricité , mais de nouvelles réflexions m'ont fait changer de sentiment. Je vais donc reprendre ce sujet, et l'abréger néanmoins le plus qu'il me sera possible. Je suppose que le lecteur sait déjà ce que c'est qu'une machine électrique.

De la Bouteille de Lejde.

Cette bouteille porte le nom de Leyde , parce que ce fut dans cette ville que s'en fit par hasard la première expérience. Dans l'origine on se servait d'un vase de verre ou de porcelaine , en partie plein d'eau , qu'on tenait dans une main , pendant qu'on électrisait un fil de métal qui y était plongé. Quand on touchait ensuite de l'autre main le fil métallique, on éprouvait dans le corps une commotion d'autant plus violente que le vase était plus grand. Maintenant on se sert d'une bouteille de verre mince dont la surface extérieure est couverte jusqu'à une certaine hauteur d'une feuille d'étain battu. On la remplit de menu plomb ou plutôt de feuilles minces de cuivre jusqu'à la même hauteur. Celte bouteille a un bouchon de liège traversé par un gros fil d'archal dont une extrémité plonge dans les corps que contient la bouteille, et dont l'autre, s'élevant au-dessus du bouchon, est recourbé en se terminant ordinairement par une boule de métal. Quand on veut

(i) Voyez Libes, tom III, p. 21 3.

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charger cette bouteille , on la suspend au conducteur d'une machine électrique par cette partie recourbée.

J'ai déjà dit que les lumineuses électriques ou à atmosphère mélangée d'oxigène et d'ignigène , repoussaient les lumineuses ordinaires répandues dans les pores de tous les corps , et qu'elles en étaient repoussées ; parce qu'elles nont pas la même enveloppe atmosphérique. Or , ces dernières forment des files droites dans les substances diaphanes, ou des files presque droites dans plusieurs autres corps , et surtout dans ceux qui sont à demi transparens. Mais nous avons vu que, pour conserver leur atmosphère dans presque toute son amplitude, ces lumineuses s'éloignaient les unes des autres , et n'adhéraient entre elles que par l'extrémité de cette même atmosphère. Donc ces molécules forment ainsi des files élastiques qui doivent céder à toute pression exercée contre elles. De cette manière les lumineuses qui se trouvent à l'une des extrémités des files , ne peuvent être repoussées par les électriques voisines accumulées sur une surface , qu'elles ne réagissent contre leurs semblables qui les précèdent, et ainsi de suite jusqu'à la dernière lumineuse de ces files; à moins qu'un obstacle ne s'oppose à leur déplacement, ou que ces files ne soient très-étendues à cause de la grande épaisseur de la lame de verre; parce que la force de pression s'alfaiblissant peu à peu dans une suite de corps élastiques , elle devient enfin nulle à une certaine distance. Mais cet affaiblissement est d'autant moins sensible que les files sont plus courtes; et telles sont celles qui se trouvent entre les deux surfaces d'une bouteille de médecine , par exemple. Voilà pourquoi une bouteille mince se charge mieux qu'une plus épaisse.

On doit concevoir maintenant que le fluide électrique qui a passé dans la bouteille par le moyen du fil d'arclial qui la suspend an conducteur électrisé , se joignant au fluide naturel répandu sur la surface intérieure , doit faire effort contre les files des lumineuses postées dans les pores du verre ; et par conséquent ces files , s'avançant un peu vers la surface extérieure , tendront à repousser le fluide naturel qui y est aussi répandu , et qui s'échappera si quelque issue lui en facilite les moyens. Or, pour que cela ait lieu, il faut établir une communication entre cette surface extérieure et le sol qu'on appelle le réservoir commun ; soit en tenant d'une main la bouteille, soit en l'entourant d'une chaîne de métal qui pendra jusqu'au plancher. Cette surface sera alors dépouillée plus ou moins de son électricité naturelle, et par-là elle deviendra capable de donner la commotion ; au lieu que la surface intérieure ne sera électrisée que comme le conducteur , si cette communication n'existe pas ; parce que l'air extérieur , repoussant les électriques , les tient fixes contre la surface où elles sont placées.

Lorsque, après avoir charge la bouteille, on veut la décharger , la surface extérieure reçoit de l'intérieure par le moyen de la communication établie, le fluide électrique qu'elle avait perdu. Ce fluide qui se trouve alors sur les deux surfaces est donc de la même espèce. Quoique cela soit évident , on en sera encore mieux convaincu par l'expérience , appelée la charge par cascade , et par d'autres phénomènes dont je parlerai ci- après.

JSota. La bouteille peut même se charger quoique isolée ou sans communication avec le sol , comme quelques physiciens l'ont remarqué ; mais alors les vapeurs , répandues dans l'atmosphère

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terrestre , enlèvent à la surface extérieure qu'on veut électriser négativement, les électriques qui y tiennent déjà peu, à cause de la répulsion exercée, comme je l'ai dit, par celles de la surface intérieure. Dans ce cas il est nécessaire que l'état de l'atmosphère soit favorable, tel que serait un air chaud ou chargé de vapeurs : mais faut-il toujours que la surface qu'on veut éleclriser négativement, perde de son fluide électrique naturel; sans quoi cette bouteille ne pourra jamais se charger. Cependant il est bon d'observer que de cette manière elle sera faiblement électrisée , et que, pour se charger, elle exigera beaucoup de temps. Il faut raisonner de même à l'égard de la décharge de cette bouteille qu'on laissera isolée et qui conserve quelquefois son électricité plus de 36 heures. Car les vapeurs enlèvent peu à peu au fil d'archal son électricité acquise , et ce fil dcharge la surface intérieure avec laquelle il communique; tandis qu'en même temps la surface extérieure enlève aux vapeurs tout autant de fluide électrique.

De la Charge par cascade.

La charge par cascade consiste en plusieurs bouteilles suspendues l'une au-dessous de l'autre, et qu'on électrise toutes à la fois. Chacune de ces bouteilles a sa garniture extérieure et intérieure comme une bouteille de verre ordinaire , et le fil d'archal dont un des bouts s'élève au-dessus du bouchon se termine de même en crochet. Sous la bouteille est attaché un autre petit crochet qui sert à suspendre celle qu'on veut placer au-dessous. On établit enfin une communication entre le sol et ces bouteilles par une chaîne métallique, qui, tenant au petit crochet de la dernière bouteille, descend jusqu'à terre, tandis que la première

TES PHYSICIENS MODERNES. l85

est suspendue au conducteur. Lorsqu'on fait tourner le plateau de la machine électrique , toutes ces bouteilles se chargent également, de manière qu'on peut ensuite les décharger toutes à la fois ou bien chacune en particulier , comme si on les avait électrisées séparément.

Or que se passe-t-il dans cette charge par cascade ? La surface intérieure de la première bouteille reçoit, du conducteur, le fluide électrique qui s'ajoute à sa quantité naturelle, pendant que sa surface extérieure se dépouille de celui qu'elle possédait naturellement. Mais où se porte ce fluide dégagé ? Il se répand sur la surface intérieure de la seconde bouteille par l'intermédiaire des corps qu'elle contient. Par ce moyen la surface extérieure de cette deuxième bouteille se démet de même de son fluide naturel en faveur de la surface intérieure de la troisième ; et ce mécanisme continue jusqu'à celle qui, communiquant avec le sol par le moyen de la chaîne , laisse perdre dans le réservoir commun la niatière électrique de sa surface extérieure. Dans cette charge par cascade , on voit évidemment que la partie intérieure de chacune des bouteilles placées sous celle qui tient au conducteur , reçoit la matière électrique qu'abandonne la partie extérieure de la bouteille qui la précède. Or comme le fluide accumulé sur la surface intérieure de toutes ces bouteilles est de la même espèce , ainsi que le prouvent les expériences, surtout si on les faisait dans l'obscurité ; car alors on peut observer la marche du fluide électrique ; il s'ensuit que ce fluide est un être simple , et qu'il n'existe point deux fluides électriques, l'un vitré et l'autre résineux, comme l'ont cru Dufay et Symmer.

En effet si l'existence de ces deux fluides était certaine , il faudrait nécessairement que dans la

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charge par cascade , les bouteilles eussent alternativement leur surface intérieure chargée de fluide résineux , tandis que l'extérieure le serait de fluide vitré; mais en prenant chaque bouteille séparément, on se convainc facilement du contraire; puisque avec chaque bouteille de la charge par cascade , on exécute toutes les expériences qu'on peut faire avec celles qu'on charge à la manière ordinaire.

Une des surfaces de la bouteille de Lejde , lorsque celle-ci est seule , ne se charge pas aux dépens de l'autre surface. — Les Electriques ne se repoussent pas mutuellement. — Oil réside la force de la bouteille de Lejde. — Faux résultat de JSollet à ce sujet. — Pour faire triompher des systèmes follement imaginés on altère les textes. — Lettre de fFilliam Cobbet^ etc. etc. — Oit se trouve la vraie Eglise.

La manière dont s'exécute la charge par cascade a démontré qu'une des surfaces de chaque bouteille acquérait une surabondance de fluide électrique ; tandis que l'autre était tout autant privée de sa quantité naturelle ; c'est-à-dire, comme le pensait Francklin , qu'une des deux surfaces était électrisée positivement ou en plus , et l'autre négativement ou en moins. Cette vérité ne fut pas adoptée par tous les physiciens , parce que Francklin avait dans l'origine très mal expliqué la marche du fluide électrique qu'abandonnait la surface électrisée négativement.

En effet , ce physicien avait d'abord prétendu que la bouteile de Leyde ne se chargeait que parce que le fluide électrique d'une de ses surfaces venait s'accumuler sur l'autre ; mais dans ce cas pourquoi faut-il établir une communication entre le sol et la surface qu'on veut électriser négative-

ment ? N'est-ce pas ouvrir une voie au fluide de cette surface pour se perdre dans le réservoir commun , au lieu de s'aller rendre à celle qu'on électrise positivement ? Ne serait-il pas plus naturel d isoler la bouteille pour empêcher cet écoulement? D'ailleurs quel rôle jouerait le conducteur dans cette circonstance? Aucun; ce qui est contraire à l'expérience , puisqu'on tire de fortes étincelles du fil d'archal de la bouteille isolée ; quoiqu'elle ne puisse pas alors se charger : preuve certaine que le fluide électrique y a afflué.

Francklin se trompait encore en croyant que les molécules électriques n'étaient pas de la même espèce que celles de la lumière , et qu'elles se repoussaient mutuellement. Au reste , comme nous l'avons remarqué , cette dernière erreur est aussi celle de tous les physiciens qui ont traité de l'électricité , et qui ont pris le change en réfléchissant sur les attractions et les répulsions des corps électrisés.

Pour connaître où résidait la force de la bouteille de Leyde , Francklin ima^gina de faire les trois expériences suivantes :

i.° « 11 plaça sur un support de verre une bouteille qu'il venait de charger à la manière ordinaire , et qui était remplie d'eau jusqu'à un certain point ; et il en ôta le liège et le fil d'archal qu'il avait eu soin auparavant de ne pas trop enfoncer. Il prit ensuite la bouteille d'une main , et approchant un doigt de l'autre main, auprès de l'orifice , une forte étincelle s'élança de l'eau , et la commotion qu'il reçut , fut des plus complètes. 11 conclut de cette expérience, que la force électrique ne résidait ni dans le fil d'archal, ni dans le liège. »

2." oc Pour connaître si elle résidait dans l'eau contenue dans la bouteille , il l'électrisa de

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» nouveau ; il la plaça ensuite sur un support de «verre ; il en ôta le liège et le fil d'aichal ; il » versa toute l'eau dans une autre bouteille vide » non électrisée , quil avait aussi placée sur un » support de verre ; il prit dans une main cette )> seconde bouteille , et approchant un doigt de » l'autre main auprès de l'orifice, il n'excita aucune » étincelle, et il n'éprouva aucune commotion.

3.° » Pour se bien convaincre que la force élec- » trique ne résidait pas dans l'eau , Francklin » versa de l'eau fraîche non électrisée dans la » première bouteille qu'il avait chargée ; il la prit » dans une main , et approchant un doigt de l'au- ^) tre main auprès de l'orifice , il excita une étin- )i celle et il reçut la commotion (i). i^

Ces trois expériences démontraient que la force électrique résidait uniquement dans le verre , ou disons mieux dans les deux surfaces du verre , et de tout corps analogue; car une surface ne peut rien sans l'autre.

(c Ce qui confirma Francklin dans cette idée , » c'est qu'il s'aperçut qu'on chargeait aussi bien » la bouteille de Leyde par le côté que par le w crochet qui sortait du liège. Pour la charger » commodément par le côté, on la place sur un » support de verre. On établit une communication » du conducteur de la machine électrique au côté » de cette bouteille , et une autre du crochet au » réservoir commun par une chaîne de métal » qui pend jusqu'au plancher. Dès que la bou- » teille est électrisée , on ôte cette dernière com- » munication. On la prend d'une main par son » crochet , et l'on sent une violente commotion, » lorsqu'on approche un doigt de l'autre main du » côté qui a été chargé (2). »

(i) Voyez Pauliar. ; Dict. de physique, tom. V, p. 67 et 68. (2) lùid pag. 68.

DES PHYSICIENS 3rODER!yES. 1 89

Nollet , qui avait émis Thypothèse des deux courans électriques pour expliquer la commotion qu'on éprouve en déchargeant sans excitateur la bouteille de Leyde, se montra le plus grand adversaire de Tclectricité positive et négative ; et il crut en avoir triomphé à l'aide dune expérience qu'il imita de Francklin , mais qu'il n'avait pas assez réfléchie. Cette expérience est la seconde de celles dont je viens de faire mention.

Nollet prit donc une bouteille remplie d'eau à l'ordinaire. Après qu'elle fut chargée , il en transversa l'eau dans une bouteille non chargée , qui donna non-seulement des signes très-marqués de la vertu électrique , mais qui retint encore le pouvoir de procurer une véritable commotion, (i)

Nollet conclut de là que la cause de la commotion ne résidait pas uniquement dans les surfaces du verre; mais cette conclusion est fausse, et c'est ce que prouvent toutes les précautions que ce physicien exige pour que l'expérience réussisse. En effet , il avertit qu il faut nécessairement opérer avec une électricité assez forte , éviter les longueurs et tout ce qui peut ralentir ou éteindre la vertu que l'eau emporte avec elle, se servir , pour recevoir l'eau , d'un vase qui ne soit pas d'un verre fort épais; et surtout, (qu'on remarque bien la circonstance suivante qui est essentielle; et surtout , poser ce vase , non sur un corps électrique par lui-même; mais sur un corps électrique par communication, (a)

Le support sur lequel Nollet posait le vase qui devait recevoir l'eau électrisée n'étant pas de la même espèce que celui de Francklin , il s'ensuit que les résultats de leurs expériences devaient

(1) Voyez Paulian, tom. V, p. 76.

(2) Ibidem, p. 76 et 77.

IQO EBRETIÏIS DÉVOILÉES

différer nécessairement, quoique ces expériences fussent en apparence les mêmes. Effectivement , Francklin posait sur un support de verre, qui est lin corps non conducteur , la bouteille dans laquelle il transvasait l'eau ; et NoUet, sur un corps électrique par communication ou conducteur. Dans le premier cas , la bouteille était isolée , et l'on sait que cet isolément l'empêche de se charger, du moins aussi vite qu'il le fallait pour faire cette expérience. Dans le second cas , la bouteille communiquait avec le sol par le moyen du corps conducteur ; et alors l'eau électrisée qui avait retenu une partie de la matière électrique transmise , devait charger la bouteille à la manière ordinaire ; car cette eau faisait ici l'office du conducteur électrisé. 11 n'est donc pas étonnant qu'elle donnât à cette bouteille la propriété de procurer la commotion.

Que Feau d'une bouteille chargée soit imprégnée de fluide électrique, cela ne doit pas souffrir de difficulté; puisque celui-ci passe dans ce liquide avant de se fi^er sur la surface intérieure de ce corps vitreux. Quand ensuite on la transvase , cette eau , elle emporte avec elle l'électricité qu'elle possédait, et elle la partage avec la surface intérieure de la bouteille qui la reçoit. Voilà pourquoi il est nécessaire que cette électricité ne soit pas faible; car étant divisée, elle n'aurait pas assez d'énergie pour repousser les files des lumineuses qui sont dans les pores du verre, surtout si celui-ci était très -épais. J'en ai dit ci -devant la raison.

De tout ce qui précède on doit conclure que l'expérience de Nollet confirme la doctrine de l'électricité positive et négative , bien loin de la détruire.

DES PHYSICIENS MODERNES. igt

JSota. 11 semble que NoUet , ayant à cœur de défendre sa chère hypothèse des deux courans électriques, ait voulu faire prendre le change sur l'expérience de Francklin , en la répétant , non comme il convenait , mais suivant ses idées ; ce qui trompa plusieurs physiciens. Cette petite supercherie sur un objet de physique , peut nous donner une instruction de quelque utilité. Elle nous fait voir comment, dans tous les temps, se comportent ceux qui veulent faire triompher les systèmes dont ils se sont follement entêtés , et que leur raison individuelle s'opiniàtre à défendre par orgueil. ?»Ialheureusement , cela n'a pas lieu seulement dans les sciences , mais même en fait de morale et de religion. Alors on ne s'en tient pas au sens clair et précis d'un texte, reçu universellement, on l'altère, on l'interprète à sa fantaisie, on supprime ou l'on change les mots qui gênent ; et par ce moyen on corrompt ou l'on séduit. Plût à Dieu que ceci fût bien compris de nos frères dissidens ; qui devraient lire et bien lire Touvrage intitulé Histoire de la Réforme protestante en Angleterre et en Irlande , dans une série de lettres adressées au peuple Anglais par JJ'illiam Cobbet ^ auteur protestant à qui , ce semble , la divine providence a mis la plume à la main pour faire connaître les commencemens et les auteurs de la réforme , afin de dessiller les yeux aux anti-catholiques qui seront de bonne foi , et d'ôter tojit prétexte à ceux qui s'obstiueraient dans leur aveuglement : ce qui a rapport généralement à tous ceux qui depuis la naissance du christianisme se sont séparés de la pierre fondamentale sur laquelle Jésus -Christ a établi son église; Pierre qu'il a voulu désigner exT3ressément lui-même afin qu'on ne put pas se tromper en cherchant avec un cœur droit la véritable Eglise.

iga ERREURS DIÔVOILÉES

Conducteur d'une machine électrique qui cesse bientôt de donner des signes d'électricité.

Voici d'antres expériences qui prouveront déplus en plus qu'il n'existe qu'un seul fluide électrique.

Isolez et la machine électrique et la personne qui en fait tourner le plateau. Si vous tirez alors des étincelles du conducteur , vous aurez en peu de temps épuisé son électricité acquise ; parce que le plateau ne recevant plus rien de la personne isolée qui lui a cédé son fluide naturel , ne peut plus en fournir au conducteur. Cette personne est donc électrisée négativement, et si vous lui présentez le doigt ou qu'elle vienne à communiquer avec le pavé de la chambre, elle réparera ses perles et le conducteur continuera de donner des marques d'électricité.

Cette vérité physique est encore mieux démontrée par l'ingénieuse machine inventée à Londres par M. Nairne , et que plusieurs physiciens ont dédaignée ou ignorée à dessein. On peut en voir la description dans le supplément ou le 5°" tome du Dictionnaire de Physique de Paulian , p. io8 et 109, quoique ce savant n'en ait pas fait grand cas ; parce qu'il avait rejeté la doctrine de l'électricité positive et négative.

Différens aspects sous lesquels on aperçoit la lumière à l'extrémité d'un conducteur.

De quelque manière qu'on électrise une tige de métal dont la pointe doit être un peu arrondie, il se manifeste à son extrémité pointue une lumière visible dans l'obscurité ; mais qui ne paraît pas toujours la même : car si on place cette tige sur un conducteur électrise positivement , le fluide électrique s'échappera de cette tige en formant une belle aigrette de lumière qui fera entendre

un iéger bruissement ; mais on n'apercevra qu'un simple point lumineux, si le conducteur est électrisé négativement.

Si Ton présente la même pointe à quelque distance du conducteur électrisé aussi positivement, on ne verra plus une aigrette, mais un seul point lumineux. Si au contraire le conducteur est électrisé négativement, la pointe qu'on tournera vers lui ne fera plus apercevoir un point lumineux , mais une belle aigrette. Une bouteille de Leyde chargée à l'ordinaire, et qu'on suspend dans l'air par un cordon de soie, fait voir aussi dans l'obscurité la même variété d'aspects, lorsqu'on présente alternativement une pointe de métal vis-àvis de son crochet et de sa garniture extérieure. Car l'aigrette et le point lumineux se succèdent alors en s'affaiblissant peu à peu, et disparaissent enfin tout-à fait , quand la bouteille est revenue à son état naturel par des décharges successives et partielles.

Enfin qu'on isole une autre tige métallique terminée des deux côtés en une pointe aussi un peu arrondie, et qu'on la présente à un globe de soufre électrisé, l'on apercevra une belle aigrette à la pointe tournée vers ce globe , tandis que l'autre pointe , la plus éloignée , ne montrera qu'un point lumineux. Et pourquoi } Parce que le fluide électrique afflue vers cette dernière pointe, et s'écoule par la première, pour réparer la perte qu'a faite le globe de soufre de la matière électrique qu'on lui a enlevée en le frottant. Maintenant , qu'on approche la même tige d'un globe de verre électrisé ; la pointe qui donnait une aigrette ne fera apercevoir qu'un point lumineux ; et celle où l'on ne voyait qu'un point lumineux , fournira une brillante aigrette (jj. Et pourquoi

(a) Voy. LibeSjtom. Hr,p i87;etHauy, lNo'57', JpJa a'cdit. et 6go de la 3* 1 3

ig/j ERREURS DÉVOILÉES

encore ? C'est que la pointe la plus proche du globe de verre, reçoit de celuiti le fluide électrique qui s'y est accumulé par le frottement, et le laisse échapper par celle qui est la plus éloignée. Donc le globe de soufre est électrisé en moins ou négativement, et celui de verre en plus ou positivement, x-^insi on a dans cette double expérience, comme dans les précédentes, un moyen bien facile de connaître si un conducteur ou un globe électrisé possède l'électricité positive ou négative. 11 suffit de leur présenter, à une faible distance, une pointe de métal un peu arrondie.

Il faut que je combatte encore ici les raisonnemens peu justes des physiciens qui font tous leurs efforts pour soutenir la doctrine des deux courans électriques. Us disent que si l'on observe attentivement ces points lumineux à travers un verre qui grossit les objets , on verra que ces mêmes points sont en petit ce que l'aigrette est en grand , et que leurs rayons s'en vont en divergence ; donc , selon eux , le fluide électrique sort aussi bien de la pointe qui donne le point lumineux, que de celle qui fait paraître une aigrette ; et la seule différence qui existe alors , provient de la résistance qu'éprouve de la part de l'air le fluide qui se montre en aigrette. Mais qui ne voit le faux de ce raisonnement? Car, premièrement, si vers la pointe il y avait réellement deux courans opposés de matière électrique, l'une effluente , l'autre afflueiite , comme on le dit , il devrait toujours paraître une aigrette lumineuse au bout de cette pointe dirigée vers un conducteur électrisé de quelque manière que ce soit ; parce qu'il y aurait toujours une matière effluente qui , frappant l'air à sa sortie, éprouverait une résistance réelle.

Secondement. Pourquoi cette aiguille tournée

DES PHYSICIENS MODERNES. igj

vers lin globe de soufre clectrisé donne une aigrette, et seulement un point lumineux si ce globe est de verre? La pointe de cette aiguille est bien dans la même position , cependant les effets qu'elle produit , dans ces deux cas, sont dissemblables. Est-ce que l'air n'opposerait plus de résistance dans le dernier cas, ou bien ce globe de verre fournirait-il moins de fluide électrique que celui de soufre ? C'est ce qu'on n'oserait avancer , et néanmoins il était indispensable de s'expliquer là-dessus. Il est donc évident qu'il n'y a qu'une matière effluente quand on voit l'aigrette. Mais pourquoi cette matière effluente ne donne-t-elle qu'un point lumineux si l'aiguille est très-aiguë ? C'-est qu'alors la figure de cette pointe n'est pas la même. Lorsqu'elle est arrondie, le fluide qui en sort, s'écoulant par une surface plus large et courbe en même temps, en prend la forme et devient plus ostensible, au lieu que par la pointe son jet est plus délié et moins sensible. Mais toujours est-il certain que celte pointe un peu arrondie et tournée vers un globe de soufre ou vers un globe de verre électrisés , devrait donner une aigrette visible à la simple vue si cette aigrette n'était due qu'à la résistance de l'air.

Voici une autre objection aussi vaine que la première contre la théorie de l'électricité positive et négative.

Si la pointe dont nous parlons est creuse et remplie d'eau ou de quelque liqueur , et qu'à son extrémité il y ait un très-petit trou , de manière que le liquide par son poids n'en puisse sortir que goutte à goutte ; il arrivera que lorsque cette pointe sera au bout d'un conducteur électrisé négativement, ou dirigée vers un conducteur électrisé positivement , la liqueur ou l'eau qui ne

t^G ERREURS DÉVOILÉES

sortait que goutte à goutte, s'écoulera aussitôt avec une accélération très-sensible, i i)

Or , disent nos physiciens , une matière qui fait ainsi accélérer un liquide , doit-elle être regardée comme entrant dans cette pointe? Ne doit-elle pas désigner au contraire une matière qui en sort ?

Je suis de plus en plus étonné des faux argumens et des faux aperçus des physiciens d'un siècle qui se glorifie d'être grandpenseur et profond observateur ; car auraient-ils parlé ainsi s'ils eussent réfléchi sur la nature et la marche du fluide électrique ? En effet , ce dernier fluide en se portant sur la tige qui ne devrait donner qu'un point lumineux , la parcourt tout entière et se communique à l'eau du réservoir auquel elle est unie. Cette eau , en s'écoulant, entraîne donc avec elle une partie de la matière électrique ; et comme il y a une véritable répulsion entre les électriques et les lumineuses ordinaires de la surface des corps ; cette répulsion doit nécessairement diminuer l'adhérence qui existe entre les aqueuses et les opaques de ces corps , et par conséquent permettre au fluide aqueux de s'écouler avec plus de vitesse , comme si la matière électrique qu'elle entraîne provenait en droite ligne d'un conducteur électrisé positivement.

Cette répulsion des lumineuses ordinaires à l'égard des électriques est encore cause qu'une eau électrisée s'évapore plus vite qu'une eau qui ne le serait pas.

Ceux qui combattent l'hypothèse de Francklin, mais qui sont de bonne foi , ou qui y voient un peu plus clair que les autres , avouent que cette « hypothèse est simple et facile à saisir , et qu'on

(i) Voyez Brisson , Dict. de pJiys., tome V. p a»'-

» ne peut lui disputer le mérite de la fécondité : «mais, disent-ils, il est fâcheux que quelques » phénomènes lui résistent depuis l'époque de » son origine , et toujours avec la même opiniâ- » treté. Telle est la répulsion mutuelle de deux » corps légers doués de l'électricité négative : tel » est le mouvement d'une aiguille , dont les extré- » mités sont pointues et courbées en sens opposés ; » laquelle tourne dans le même sens, soit lors- » que le pivot qui la soutient est placé sur un » conducteur positif , soit qu'il repose sur un » conducteur négatif (i). »

Je parlerai dans peu du premier phénomène , mais je crois que c'est ici le lieu de faire mentioo du second , et de montrer que l'aiguille en question doit tourner dans le même sens, de quelque électricité que soit doué le conducteur sur lequel est posé le pivot qui la siipporte. D'abord , lorsque cette aiguille sera sur un conducteur électrisé positivement ou en plus , le fluide électrique qu'elle reçoit de ce conducteur , sortira par ses pointes, et éprouvant une résistance de la part de l'air, devra la f^iire mouvoir en arrière comme un canon qu'on tire , ou comme une pièce d'artifice qui tourne du côté opposé à celui qui fuse. Mais quand ce même pivot reposera sur un conducteur électrisé négativement ou en moins , les pointes de cette aiguille soutireront le fluide électrique des corps environnans pour réparer les perles de ce conducteur. Or , ce fluide qui s'élance sur ces pointes peut-il laisser l'aiguille immobile? Non certainement , il doit au contraire la faire mouvoir, puisque ces pointes éprouvent un choc. Or, ce choc venant du même côté que la résistance éprouvée par le fluide électrique dans le ■ <■

(i) Voyez Libes, tom. III, p. 187 et 219.

premier cas , cette aiguille doit tourner dans le même sens; comme le canon reculerait également, si, au lieu de tirer, il recevait la décharge d'une autre pièce. On voit dune que le mouvement de cette aiguille posée sur un conducteur électrisé négativement est un mouvement naturel et le seul mécanique ; et je m'étonne que les physiciens n'aient pas entrevu cette vérité , et qu'ils aient cru au contraire qu'un corps qui reçoit la percussion dune matière affluente devrait se porter au-devant de cette matière.

Ce qui est dit de cette aiguille à deux pointes peut avoir lieu également pour une autre qui n'aurait qu'une seule pointe, mais le mouvement serait moins rapide.

Décharge spontanée de la Bouteille de Lejde dans le vide.

Les expériences électriques que j'ai citées prouvent évidemment qu'il n'existe qu'un seul fluide électrique. Ce que je vais dire mettra encore cette vérité dans un plus grand jour.

Chargez fortement une bouteille de Leyde par son crochet que vous enlèverez ensuite avec un bâton de cire d'Espagne , afin de ne lui faire rien perdre de son électricité. Placez cette bouteille, ainsi chargée , sous le récipient de la machine pneumatique , et faites le vide. Vous verrez alors , dans l'obscurité le fluide électrique sortir en abondance du cou de la bouteille , se diviser en plusieurs jets qui se courbent pour se rendre à la panse de cette bouteille. Si l'on charge ensuite celle-ci par la panse, et qu'on la soumette encore à la mcme épreuve, on aperçoit le fluide électrique s'élancer de sa panse par jets qui vont, en se courbant, entrer dans le cou de la bouteille { 1).

(1) 'N'oy. LibeSjtom. III, p 197J et Lrissun,tom. III,p yi.

DES PHYSICIENS MODEIÇVES. 1 Qf)

Or, qui ne voit que dans celte double expérience la surface qui avait reçu une surabondance de fluide électrique , le restitue à celle qui en avait été dépouillée. Quand on n'aurait pas d'autres preuves, cette expérience seule devrait démontrer d'une manière incontestable qu'il n'existe qu'un seul fluide électrique , et que la bouteille de Leyde ne se charge qu'en perdant vers une surface autant de fluide électrique que l'autre en acquiert. Francklin n'a point connu cette expérience qui est décisive et qui, selon M. Brisson , indiquée d'abord par M. de Parcieux , a été depuis répétée plusieurs fois , et toujours avec un égal succès.

De la commotion électrique.

On a dû se convaincre que la décharge de la bouteille de Leyde consiste , comme le pensait Francklin, en un rétablissement d'équilibre, c'està-dire que celle de ses deux surfaces qui a été électrisée positivement, cède son fluide électrique surabondant à celle qui l'a été négativement.

Il est presque inutile de dire qu'on ne sent aucune commotion, quand on se sert de l'excitateur pour faire cette décharge , parce que le fluide électrique, en suivant de préférence le métal qui est un meilleur conducteur que les membres du corps humain, ne pénètre point dans ceux-ci. Mais lorsque cette décharge se fait sans l'intervention de l'excitateur, on éprouve dans les bras et dans la poitrine une commotion si violente qu'elle donnerait la mort à un homme, si la bouteille était très-grande, et qu'elle fût surtout remplie d'eau bouillante ; parce que dans ce dernier cas l'accumulation du fluide électrique sur la surface électrisée positivement serait beaucoup plus considérable.

Nollet et plusieurs autres physiciens faisaient

consister la cause de la commotion dans le choc de deux courans de matière électrique dont l'un sortait , selon eux, avec impétuosité de l'extrémité supérieure du fil d'archal , et entrait dans le corps par la main qui tirait Tétincelle , et l'autre s'écoulait avec presque autant de force par l'extrémité inférieure du même fil, traversait le verre, et entrait aussi dans le corps par la main qui tenait la bouteille.

Ces deux courans ne sont qu'imaginaires, puisque le verre est imperméable au fluide électrique , comme je le démontrerai bientôt. Mais voici des expériences connues qui prouvent évidemment la fausseté de cette hypothèse.

Si l'on pose sur un plat de métal la bouteille de Leyde chargée à l'ordinaire , et qu'après avoir formé une chahie de plusieurs personnes , celle qui est à l'une des extrémités communique avec la garniture extérieure de la bouteille en tenant la main étendue sur le plat ; toutes éprouveront la commotion dans un instant inappréciable, lorsque la personne qui occupe l'autre extrémité de la chaîne tirera l'étincelle de la tige métallique.

Si la commotion était due au choc de deux courans, il ne pourrait y avoir qu'une seule personne qui éprouverait cette commotion ; et ce serait celle dans laquelle ces deux courans se rencontreraient et se clioqueraient. Au reste on peut varier cette expérience de plusieurs manières, et l'on obtiendra toujours le même résultat; mais voici une autre expérience qui est encore plus décisive.

Disposez autour d'une chambre obscure une corde mouillée , tendue horizontalement et dont un des bouts ait une communication avec la garniture extérieure d'une bouteille de Leyde électrisée aussi positivement ou par sa tige de métal.

Au moment où la personne qui tiendra l'autre bout de la corde touchera cette tige , on verra une étincelle brillante partir de ce dernier point pour se rendre à la surface électrisée négativement , en parcourant toute la corde avec une vitesse inconcevable. Or , on ne voit ici qu'un seul courant qui se manifeste sous la forme d'un brillant globule.

Ce que je viens de dire contre l'hypothèse des deux courans électriques s'applique également à celle des deux fluides , l'un vitré , l'autre résineux , qui , en se réunissant pour se neutraliser, causeraient la décharge de la bouteille de Leyde et la forte commotion qu'elle fait éprouver. Je reviendrai bientôt sur celte dernière hypothèse.

Mais quelle sera donc la véritable cause de la commotion ? La secousse éprouvée par les nerfs et les muscles lors du passage de l'étincelle électrique sur leur surface.

L'on doit se rappeler que j'ai dit que la matière électrique , en affluant sur la surface du verre ^ repousse en dedans les lumineuses qui y sont placées. Or ce même effet a lieu également, mais d'une manière infiniment rapide , à l'égard de celles des nerfs et des muscles , lors du passage du fluide électrique. Ces lumineuses en rentrant en dedans de ces parties irritables , quand ce fluide glisse dessus , les gonflent et les ébranlent à la fois si violemment , qu'il s'ensuit cette commotion terrible qui se communique même aux parties les plus voisines. Mais si le passage de ce fluide s'exécutait lentement, on ne sentirait qu'une sensation qui ne serait que désagréable , et qui ferait seulement l'effet d'un agacement. C'est ce qui arrive effectivement par la décharge de la pile de Volta , chargée d'une certaine manière, parce que dans ce cas cette pile n'abandonne pas aussi

promptement que la bouteille de Leyde , son fluide électrique. Il en est de ces secousses qui se succèdent avec tant de rapidité qu'elles paraissent ne faire qu'une seule commotion , comme de la douleur qu'on éprouverait par l'effet instantané de cent piqûres d'aiguilles , et qui serait beaucoup plus forte, que si ces piqûres se faisaint sentir les unes après les autres, et dans un certain intervalle.

Lorsqu'on tire une étincelle d'un conducteur électrisé on ne ressent qu'une piqûre , mais point de commotion ; parce que le fluide électrique n'entre point dans l'intérieur du corps pour suivre la direction des nerfs et des muscles ; mais qu'il s'éparpille sur sa surface pour se perdre ensuite dans le réservoir commun : au lieu que l'étincelle fournieparune dessurfaces de la bouteille de Leyde, pénètre dans le corps par les pores de la peau , et se porte par le plus court chemin sur la surface qui avait été dépouillée de son fluide naturel (i). Or ce plus court chemin passe nécessairement à travers la poitrine à l'égard d'une ou de plusieurs personnes qui , se tenant toutes par les mains, déchargent la bouteille de Leyde sans excitateur : et voilà comment la commotion se fait principalement sentir dans cette partie ; mais lorsqu'on ne veut la procurer, cette commotion, qu'à quelque membre malade , on dirige l'étincelle électrique de manière qu'il n'y a que ce membre et non la poitrine qui l'éprouve.

La bouteille de Leyde n'a ordinairement qu'une

(i) Nota. Le fluide électrique ne faisant que passer au travers du corps ou d'une partie du corps de la personne qui tente Texpérience de la bouteille de Leyde , cette personne ne peut pas être élf ctrisée , quoique isolée , tandis qu'elle lest en tirant une étincelle du conducteur électrisé ; parce que , dans ce dernier cas , le fluide électrique ne se dissipe pas , mais qu'il est fixé sur sa surface.

garniture extérieure; mais on peut lui en donner deux en laissant un vide entre elles. En électrisant la bouteille à l'ordinaire , on réduit à l'état négatif l'une ou l'autre des deux garnitures extérieures, ou toutes les deux à la fois, selon qu'on les fait communiquer ou séparément ou ensemble avec le réservoir commun. Quand ces deux garnitures se sont dépouillées de leur fluide électrique , elles constituent , pour ainsi dire , deux bouteilles de Leyde qu'on décharge, si l'on veut, l'une après l'autre, ou toutes les deux à la fois; et alors la main qui tient la bouteille n'a de communication qu'avec une des deux garnitures dans le premier cas, et avec toutes les deux dans le second ; tandis qu'avec un doigt de l'autre main, on tire à l'ordinaire l'étincelle électrique. Dans l'expérience dont nous parlons ici , la bouteille est communément plus longue qu'à l'ordinaire.

Les premiers physiciens qui ont fait cete expérience , ont cru qu'elle infirmait la théorie de Francklin , mais ils se sont trompés ; car cette même expérience en est encore une démonstration sensible ; puisque l'on voit que celle des deux garnitures extérieures qui ne communique pas avec le sol , ne peut pas s'électriser négativement , parce que son fluide naturel ne trouve aucune issue pour s'échapper ; la partie du verre, qui n'est pas garnie , interceptant toute communication entre les deux garnitures. Il en est de même quand on veut décharger cette bouteille. Au moment qu'on tire l'étincelle , il n'y a que la garniture qu'on tient à la main qui reprend le fluide électrique émis par une partie de sa surface intérieure ; mais l'autre garniture continue d'être à l'état négatif ; tandis que la partie intérieure de cette surface qui lui correspond, reste électrisée positivement ; jusqu'à ce que par une

nouvelle décharge , précédée par ratlouchement de cette dernière garniture, le tout soit remis dans son état naturel.

Des substances qui manifestent l'électricité positive ou négative. — Réfutation de Vhypothèse de Sjmmer.

Parmi les corps électrisables par frottement , les uns, comme le verre , le cristal de roche , et semblables substances vitreuses acquièrent l'électricité positive , les autres l'électricité négative. La résine, le soufre, la cire d'Espagne sont dans ce dernier cas. Cette électricité négative n'est pas produite par l'affluence d'un fluide électrique particulier , mais par la privation totale ou partielle qu'éprouvent ces derniers corps de leur fluide naturel , comme on l'a déjà vu. En effet, si l'on électrise par le frottement deux globes d'un égal diamètre, l'un de résine, l'autre de verre, et qu'on les approche ensuite l'un de l'autre ; celui de verre perdra son électricité acquise qui lui sera enlevée par le globe de résine que le frottement avait dépouillé de la sienne.

Cette expérience confirme, on ne peut mieux, l'opinion de Francklin ; surtout quand la charge par cascade , et la bouteille de Leyde déchargée dans le vide ont démontré d'une manière incontestable , que l'électricité résineuse , attribuée à l'une des surfaces de cette bouteille , n'est que la privation de son électricité naturelle.

Le fluide électrique, possédé naturellement par chaque corps, n'est point répandu dans sou intérieur, mais sur sa surface ; et même seulement dans les sillons formés naturellement sur cette surface par l'agrégation des molécules globuleuses réunies , composant la substance de ce corps:

DES PHYSICIENS MODERîlES. 2o5

et la surface du globe terrestre est une source inépuisable de ce fluide.

Deux corps conducteurs d'une surface uniforme et communiquant ensemble , se partagent aussi uniformément le fluide électrique que l'un des deux a acquis : mais si l'un de ces corps a été dépouillé de son fluide naturel, l'autre le dédommage aussitôt aux dépens de son propre fluide jusqu'à parfait équilibre, qui est bientôt établi, si ce dernier corps ne reçoit du réservoir commun de quoi réparer ses pertes : et voilà pourquoi il est nécessaire que la machine électrique et la personne qui en fait mouvoir le plateau ne soient pas isolés; car autrement le conducteur cesserait prompteraent de donner des marques d'électricité.

On voit donc que l'électricité communiquée a un corps conducteur par le verre qu on frotte, ne sort pas du sein de ce corps vitreux, comme le prétendent ceux qui ont admis deux courans ou deux fluides électriques ; mais que cette électricité est transmise au verre par le frottoir, et que celiii-ci la reçoit du sol ou des corps environnans.

L'espèce d'électricité que présente un corps non conducteur dépend tantôt du frottoir , tantôt du changement arrivé dans la surface du corps non conducteur. En effet , quoique le verre s'électrise presque toujours positivement par le frottement, cependant il ne manifeste plus que l'électricité négative, si on le frotte avec le poil de chat. C'est que dans le premier cas , le verre enlève au frottoir son fluide naturel ; et que dans le second , c'est le frottoir qui s'empare de celui du verre. Il en est de même quand il arrive quelque changement à la surface des substances vitreuses ; car par le frottement elles ne donnent l'électricité positive que lorsque leur surface est polie et lisse : mais si celle-ci est dépolie , on n'obtient plus par les

mêmes frottoirs que l'électricité négative. Bien d'autres substances s'électrisent aussi ou négativement ou positivement selon le changement qu'aura subi leur surface. Ces singularités étonnantes se remarquent surtout dans la soie qui est un corps non conducteur ; car lorsqu'on frotte un ruban de soie blanc contre un autre de couleur noire , celui-ci s'électrise négativement , et l'autre positivement.

On doit conclure de tout ce que je viens de dire, que l'électricité qu'on nom tue vitrée n'est que l'addition ou l'accumulation du fluide électrique sur la surface d'un corps qui n'avait que son fluide naturel ; tandis que l'électricité appelée résineuse est la privation de ce même fluide naturel; et il y a certaines substances qui passent facilement d une électricité à celle qui lui est opposée.

Par exemple, le taffetas gommé acquiert l'électricité négative par le frottement ordinaire ; mais M. le professeur Libes a observé que si l'on applique fortement sur sa surface un disque métallique isolé par une tige de verre qu'on tient à la main , le taffetas , après que le disque en a été enlevé , est électrisé positivement et le disque négativement.

On obtient le même résultat avec un plateau de verre ; car le taffetas passe alors à l'état positif, et le verre à l'état négatif; et ces deux états sont ainsi d'une espèce tout opposée à celle qu'on obtiendrait par le frottement ordinaire.

Au lieu de ne voir dans tous ces phénomènes qu'une seule espèce de fluide électrique , ceux qui n'ont pu concevoir la théorie simple et naturelle de Franckhn ont cherché à expliquer ces mêmes })hénomènes par un double fluide, l'un vitré, l'autre résineux, dont j'ai déjà fait mention,

qu'ils supposent renfermés dans Fintérieur de chaque corps, et qui y restent, selon eux, comme enchaînés, tant que ces deux fluides s'y trouvent neutralisés l'un par l'autre ; mais dès que le frottement les dégage, ils ne peuvent plus, disent-ils, se maintenir dans le corps, et ils se séparent en n'obéissant plus quà leur force répulsive mutuelle. Se tronvent-ils ensuite en présence l'un de l'autre, ils se réunissent de nouveau , et ils ne composent plus alors qu'un seul fluide qui rentre dans le corps et y demeure fixé comme auparavant.

Yoilà ce que supposent contre toute raison ceux qui ont embrassé la doctrine de Symmer ; car si après que le frottement les a fait sortir d'un corps, ces fluides demeurent séparés, ce ne peut être en effet que par la répulsion qu'ils exerceraient l'un contre l'autre; mais, dans ce cas, pour faire cesser cette répulsion mutuelle, pour réunir de nouveau ces fluides et les faire rentrer dans le corps , il faudra une force pour le moins aussi énergique que celle qui les a désunis ; sans quoi ils ne pourront jamais se rejoindre. Mais de quelle espèce sera cette force , et où la placera-t-on ? C'est ce qu'on nous laisse ignorer , parce qu'on ne le sait pas ; et cependant cela était très-essentiel à dire pour donner quelque ombre de vraisemblance à la théorie qu'on établit ou qu'on préconise.

D'ailleurs j'ai déjà fait voir que dans l'intérieur des corps, il n'y avait que les molécules de la lumière avec leurs atmosphères ignigènes. Pour que d'autres lumineuses qui n'auraient pas la même atmosphère pussent y trouver place sans aucun changement dans ces corps , il faudrait qu'elles chassassent les premières ; ce qui ne pourrait se faire sans bouleverser toute la masse. Or , c'est ce qui arrive quelquefois partiellement , lorsque

ào8 ERREURS DÉVOILÉES

le fluide électrique accumulé en trop grande quantité dans une bouteille de Leyde ou dan* une batterie , s'ouvre un passage à travers les parois des vaisseaux ; car alors il les fêle ou les perce , surtout quand le liquide dont ils sont remplis a un degré de chaleur fort élevé. Mais si les lumineuses qui tendraient à s'introduire dans un corps , avaient une atmosphère semblable à celle que possèdent les lumineuses qui y sont déjà placées, elles n'expulseraient pas, il est vrai, ces dernières, mais par leur jonction elles apporteraient du changement dans ce corps , ou en lui communiquant un plus grand degré de chaleur, ou en le dilatant sensiblement s'il était solide ou fluide ; ou en le liquéfiant s'il était fusible , ou enfin en activant son évaporation s'il était liquide; et l'on voit que , dans tous ces cas, ces nouvelles lumineuses introduites dans l'intérieur de ce corps , manifesteraient leur présence par des effets sensibles.

Il me semble fort inutile de m'arrêter à réfuter l'hypothèse des partisans des deux fluides , relative à la charge et à la décharge de la bouteille de Leyde; car si on réfléchit sur ce que je viens de dire, on verra que cette hypothèse fourmille de contradictions. En effet , si , comme le supposent les disciples de Symmer, il existait deux fluides hétérogènes qui s'avanceraient à la rencontre l'un de l'autre pour se choquer où se neutraliser , qu'arriverait-il lorsque dans la décharge de cette bouteille on fait parcourir à l'étincelle électrique une corde mouillée, et que cette expérience se fait dans l'obscurité ? Ne devrait-on pas voir deux étincelles parcourir cette corde en sens contraire et disparaître au point de réunion ? Or, on n'observe qu'une seule étincelle qui , partant de la surface de la bouteille électrisée positivement, suit la

DES ϻHYSICIEJS^S MODERMES. 20g

route le long de la corde , et se dirige du coté de la surface électrisée négativement ; ce qui démontre invinciblement qu'il n'y a qu'un seul fluide électrique. Je m'étonne que Symmer et ses partisans n'aient pas été arrêtés par cette expérience qui bien méditée aurait dû leur faire rejeter promptement l'hypothèse des deux fluides.

Ce qui a fait imaginer cette hypothèse , c'est la difficulté qu'on a rencontrée dans l'explication des attractions et des répulsions électriques. On ne pouvoit concevoir comment deux corps électrisés négativement se repoussaient , ainsi que ceux qui l'étaient positivement. Donc , pour éviter cette difficulté , il fallait , disait-on , supposer et admettre deux fluides différens, quoique « leur » existence ne fût ni démontrée , ni fondée sur » des raisons aussi recevables que celle du fluide » électrique lui-même, » comme l'avoue M. Haiiy partisan des deux fluides (i\ C'est ainsi qu'en recourant à des suppositions, même peu plausibles, et prenant la liberté d'accommoder à sa manière de voir ce qui se passe dans les phénomènes électriques , on a cru satisfaire à tout avec deux fluides.

De r imperméabilité du verre , et de différens ejfèts de V électricité dans le vide.

Cedx qui ont traité de l'électricité ont, à l'exception de Francklin et de ceux qui suivent sa doctrine, cru fermement que le fluide électrique, dans son état naturel, est contenu dans les corps, et qu'étant mis en liberté, il passe au travers des substances les plus compactes, telles que les corps vitreux , les métaux , etc. ; mais les expériences prouvent toutes que c'est-là un erreur manifeste.

(i) Voyez Haùy, ^o'525 et 5^7 de la 2'= édit. et Sq^ delà 3'

2IO ERREURS DEVOILEES

En effet , sans parler de la charge par cascade et de la bouteille de Leyde qui se décharge dans le vide, et qui fait voir dans l'obscurité le fluide électrique glissant sur ses surfaces , les physiciens n'ont-ils pas observé que l'étincelle qui part d'un carreau fulminant, d'une bouteille de Leyde , et surtout d'une batterie électrique, perce les corps peu épais , tels qu'une lame mince d'étain , une carte , des feuilles de papier qu'elle rencontre sur sa route ; et que parfois, lorsque cette batterie ou cette bouteille sont fortement chargées , cette étincelle s'ouvre un passage à travers leurs parois, Jallabert de Genève eut lieu de s'en convaincre en électrisant un paralytique. « Voulant , dit » Paulian, dans son Dictionnaire de Physique^ lui » épargner le contact d un vase froid dans l'expé- » rience de la commotion , il la lui fit éprouver j) avec de l'eau bouillante. Des éclats de lumière )) très-vifs parurent d'eux-mêmes avant que le ma- )) lade approcha la main du vase: ils devinrent plus w vifs et plus nombreux quand il y appliqua la w main ; et au moment qui! tira l'étincelle , la luy) mière dont le vase se remplit parut tout-à-coup j> d'un vivacité inexprimable. La secousse fut pro- » digieuse , et au même instant un morceau orbi- » culaire de deux lignes et demie de diamètre fut » lancé contre le mur qui en était à cinq pieds » de distance, sans qu'il y eût aucune fêlure au » vase. Le malade effrayé et tremblant assura » qu'un coup violent l'avait frappé en diverses » parties du corps , et qu'il lui en restait une vive » douleur dans les bras et dans les reins. »

Dans tous ces cas , si le fluide électrique pouvait pénétrer le verre, les métaux et ajitres corps, comme le fait l'eau à l'égard d'une terre spongieuse , cette ])énétration aurait lieu simplement sanséprouver de résistance ; car dans ces substances

il y a assez de pores par où ce fluide pourrait s'écouler: cependant, pour les traverser, il faut qu'il les perce ou qu'il les fcle. D'ailleurs , Coulomb n'a-t-il pas prouvé qu'une sphère de métal ne s'électrise pas dans son intérieur? On voit donc que le fluide électrique ne traverse pas les corps compactes, et qu'il existe encore moins en dedans de ces corps.

NoUet, le plus grand défenseur de la prétendue perméabilité du verre, a été trompé par les expériences qu'il avait entreprises pour la faire prévaloir, et qu'il n'avait pas assez méditées. En voici trois des principales :

Première Expérience. Ce physicien suspendit dans le récipient de la machine pneumatique une légère feuille de métal; et après en avoir pompé l'air, il approcha de sa surface extérieure un tube de verre bien électrisé par le frottement. Il vit naître aussitôt de cet endroit un ou plusieurs jets de matière lumineuse, qui s'étendaient dans l'intérieur du vaisseau ; et à l'aide de cette lumière, il observa que la feuille suspendue s'agitait plus ou moins en différens sens , selon qu'elle était atteinte par ces jets lumineux.

Deuxième Expérience. Le même physicien prit un vase de verre un peu large, au fond duquel il mit un support de bois ou de carton lisse , couvert de légères feuilles métalliques ; il posa ensuite au-dessus de ce vase un carreau de vitre, faisant ensorte qu'il n'existât aucune communication entre le dedans et le dehors; et après avoir présenté le même tube également bien électrisé à une petite distance au-dessus du carreau de vitre, il vit que ces feuilles s'élevaient au couvercle et retombaient à plusieurs reprises.

Troisième Expérience. Nollet choisit un matras de verre mince dont la boule avait 4^5 pouces

2 I 2 ERREURS DEVOILEES

de diamètre, et dont rintérieiir était très-sec* Après y avoir fait le vide , il en scella hermétiquement le cou qu'il alongea au feu de la lampe, jusqu'à ce qu'il fût réduit à environ 6 pouces de longueur. Il fit entrer ce cou dans un canon de fusil qu'il électrisa ensuite. Tant que l'électricité était un peu forte, il voyait dans l'obscurité des jets lumineux s'élancer continuellement dans l'intérieur du matras. Présentait-il le doigt à la partie directement opposée au cou , il faisait naître un nouveau jet. Tirait-il des étincelles du canon de fusil, tout l'intérieur du matras se remplissait d'une lumière diffuse et momentanée, assez semblable à celle des éclairs (i).

Nollet conclut de ces trois expériences et d'autres semblables , que la matière électrique du corps électrisé passe au travers du verre ; mais il conclut à faux. Les faits produits dans ces expériences ne proviennent que du fluide électrique naturel répandu sur la surface intérieure de ce verre , et qui est chassé de sa place, (a)

En effet , quand on fait le vide dans le récipient de la machine pneumatique, où l'on a suspendu une légère feuille de métal , les molécules du fluide électrique naturel qui , disséminées sur la surface intérieure du corps vitreux, sont opposées aux opaques de l'air renfermé dans le récipient, n'étant plus comprimées par celles-ci comme auparavant , n'adhèrent plus que faiblement aux opaques du verre, et sont près de céder au moin-

(i) Voyez Paulian, Dict. de Fhys., tom. V, p. 74 et 7$.

(2) Nota. Pour que les conclusions que Nollet a tirées de ce» expériences fussent vraies, il faudrait qu'il eût prouvé qu'une des surfaces d'un corps vitreux ne possède point de fluide naturel ; ce qu'il n'aurait osé soutenir , puisqu'il dit au contraire que la matière électrique est répandue tant au dedans qu'au dehors des corps.

DES PHYSICIENS MODERNES. 2x3

dre effort. Or , quand on approche de la surface extérieure de ce récipient un tube électrisé , l'atmosphère électrique de celui-ci , repoussant en dedans les files mobiles de lumière dont j'ai parlé , achève de vaincre le peu d'adhérence qui existait encore entre les électriques et les opaques de cette substance vitreuse; et celles-là, en s'échappant , se réunissent en masses himineuses plus ou moins considérables, et se portant, soit sur les parties de la surface intérieure du récipient éloignées du tube, soit sur la feuille métallique, électrisent celle-ci et la font mouvoir en divers sens par le mécanisme que jindiquerai en parlant des attractions et des répulsions électriques.

Il en est de même de l'expérience deuxième , avec cette différence , qu'il faut approcher d'un peu plus près le tube du carreau de verre; parce que le fluide naturel de la surface inférieure de celui-ci , y étant encore retenu par la pression de l'air extérieur, exige une action moins éloignée pour en être expulsé. De cette manière , ce fluide se porte sur les feuilles métalliques et le support qui , s'électrisant ensemble , se repoussent mutuellement. L'on voit alors ces feuilles s'élever et retomber à plusieurs reprises selon qu'elles reçoivent ou perdent de ce fluide.

A l'égard de la troisième expérience , il faut se rappeler quelle est la marche du fluide électrique de la bouteille de Leyde électrisée qu'on laisse se décharger spontanément dans le vide. Ce fluide accumulé sur une surface passe-t-il au travers du verre pour aller restituer à l'autre surface la partie de ce fluide dont on l'avait dépouillée? Non, Pour rétablir l'équilibre détruit , il glisse sur les surfaces , mais seulement par jets. C'est à peu près de la même manière que ce fluide, s'écoulant du fusil électrisé , se répand sur la surface exté-

2l4 ERREURS DtVOILEES

rieure du raatras scellé hermétiquement. Le verre n'étant pas un bon conducteur , et s'opposant même à la marche de la matière électrique, celleci ne peut s'étendre , comme une nappe , sur toute la surface extérieure du matras ; mais elle se dirige vers les parties qui lui résistent le moins ; et en passant , d repousse les files de lumière qui occupent les pores du corps vitreux, et ces files repoussent, à leur tour et en dedans, le fluide naturel répandu sur sa surface intérieure.

Ce dernier fluide devenu libre se réunit alors pour former des jets lumineux , ainsi que nous l'avons remarqué dans la première expérience. Vient-on à présenter le doigt à la partie du matras opposée au cou scellé hermétiquement , on enlève le fluide électrique qui s'y était accumulé extérieurement. Les files de lumière de cette partie n'étant plus comprimées par ce dernier fluide , permettent au fluide intérieur qu'elles avaient rejeté vers les autres parties intérieures du matras, de reprendre leur poste; ce qui ne peut se faire que par des éclats lumineux ; parce que les molécules de lumière deviennent illuminées, lorsque ramenées à l'état de liberté , elles se grouppent ensemble, Il faut raisonner de même par rapport aux étincelles qu'on tire du canon de fusil. La surface extérieure du matras est alors déchargée du fluide électrique surabondant dans quelques parties ; tandis que les parties intérieures qui sont vis-à-vis, abandonnent le fluide naturel qui s'était porté sur elles momentanément, et qui retourne au poste dont il avait été expulsé : et voilà d'où vient cette lumière diffijse qui, comme dit Nollet, remplit tout l'intérieur du matras.

Il faut observer que si l'électricité n'était pas assez forte , l'expérience ne réussirait pas ; parce que la matière électrique ne pourrait surmonter

DP.s piiysicie:\s modeiines. •?. I .)

l'obstacle que lui oppose la surface vitreuse; mais peu importerait qu'elle fût faible, si ce fluide traversait le verre ; car que ce soit un petit ruisseau ou une grande rivière qui passent sur un terrain spongieux, leurs eaux ne filtreront pas moins.

Quoique le fluide électrique ne puisse pas pénétrer dans un matras vide d air , fermé hermétiquement, cependant il se transmet dans un récipient dont l'air a été exclu , quand une tige métallique plonge dedans ; parce que ce fluide glisse le long de la surface de cette tige pour se porter dans 1 intérieur de ce récipient, et finit par se perdre dans le réservoir commun par l'intermédiaire des diverses parties de la machine pneumatique. Ce fluide pénètre également dans un tube purgé d'air , lorsqu'il est fermé à ses extrémités par des pièces de métal.

C'est à cette facilité qu'a le fluide électrique de glisser sur les surfaces métalliques , même comprimées par des substances non conductrices , que sont dues ces superbes expériences que l'on fait avec ces différens vaisseaux vides d'air , et qui représentent ou une cascade , ou une gerbe de feu, ou un soleil et plusieurs autres belles figures, suivant qu'on modifie l'appareil destiné à les produire (i). Mais dans ces sortes d'expériences, il ne faut pas trop forcer l'électricité , parce que ces vaisseaux vides d'air pourraient souvent se briser au grand danger des spectateurs.

11 est bon de remarquer que le fluide électrique qui se manifeste dans ces vaisseaux purgés d'air , n'a pas ordinairement une couleur blanche et éclatante , mais une couleur purpurine. Et pourquoi ? Farce que l'air dilaté , ue comprimant plus les électriques , et laissant aux lumineuses ordi-

(i) Voyez Haûy, n." $77 de la 2.^ édit. et 694 de Ja 3.*

Sll6 ERREURS D]ÉVOIL]ÉES

uaires, qui sont dans leurs pores, la liberté d'étendre leur atmosphère , ces lumineuses empêchent ces électriques de se réunir parfaitement ; et nous avons montré que le vif éclat de la lumière, et par conséquent des électriques qui sont aussi des molécules de lumière , dépend d'une jonction parfaite.

Si je ne craignais d'être trop prolixe , je pourrais citer bien d'autres expériences en faveur de l'imperméabilité du verre. Au reste qu'on ne croie pas que l'opinion de Francklin soit dénuée de partisans; elle en compte un grand nombre, tels que Volta, Brugnatelli , Davy , Van-Mons, Sigaud de la Fond, et autres qui tiennent un rang distingué dans les sciences (i) ; et j'ose assurer que, quoiqu'on en dise, il n'y a aucune expérience, si elle est bien faite et bien réfléchie , qui puisse contredire cette opinion.

Des Attractions et des Répulsions électjiques.

Si l'on place des corps très-légers sur un conducteur qui est à l'état naturel , et d'autres audessous à une petite distance ; aussitôt qu'on fera tourner le plateau de la machine électrique , ceuxlà seront repoussés et ces derniers attirés pour être repoussés à leur tour. Mais ce n'est pas tout. Sur une même surface de ce conducteur éleclrisé, et parmi ces corps mobiles , on en voit qui sont repoussés, tandis que d'autres sont attirés; et les mêmes mouvemens opposés continueront, si ces petits corps rencontrent des substances conductrices qui leur enlèvent l'électricité acquise.

Ces attractions et ces répulsions simultanées ont beaucoup embarrassé les physiciens qui , ne pouvant concevoir la cause de ces mouvemens

(i) Voyez Libes , tom. III , page 2^9, li." 1624.

opposés , ont , pour les expliquer , imaginé des hypothèses plus ou moins erronées. On a d'abord attribué ces effets à des tourbillons électriques , puis à deux courans de matière électrique, dont l'un sortait du corps électrisé , et l'autre y rentrait, et qu'on nommait matière effluente, et matière affluente. Enfin les physiciens qui ont embrassé l'hypothèse de Symmer font dépendre ces mêmes effets des actions combinées de leur double fluide électrique ; mais il n'est pas difficile d'apercevoir, d'après ce que j'ai dit, que toutes ces opinions sont fausses.

Ces attractions de même que ces répulsions proviennent de l'atmosphère qui environne chacun des corps électrisés , et qui est très-étendue par rapport à leur volume. Cette atmosphère est formée par l'air environnant , et non par la matière électrique qui ne s'élève guères au-dessus des surfaces ; et ses couches sont d'autant plus denses qu'elles sont plus près du corps électrisé. Si un brin de paille, par exemple, est tangent de cette atmosphère , il en est attiré et tend vers ce corps, comme un roseau, abandonné à sa propre force à une grande élévation , gravite vers la terre par l'effet attractif de l'atmosphère terrestre.

Cette paille, étant électrisable par communication , se forme aussi une atmosphère dès qu'elle est parvenue sur la surface du corps électrisé ; et ne faisant plus qu'un tout avec son enveloppe atmosphérique , il en résulte alors une masse plus légère que les couches inférieures de l'atmosphère qui l'avait attirée ; ce qui l'oblige de s'élancer dans les couches supérieures : tout de même qu'un aérostat s'élève dans les régions aériennes, parce qu'il pèse moins que le volume d'air qu'il déplace. Mais l'ascension de cet aérostat ne dure qu'autant qu'il conserve le gaz qui lavait soulevé ; car en le

2l8 ERREUBS DEVOILEES

perdant, il descend par son propre poids, parce qu'il n'a plus ce qui lui faisait surmonter l'action attractive des couches les plus basses de notre atmosphère. Il en arrive autant à cette paille dont nous parlons, quand elle s'est élevée; car si en la touchant on la dépouille de son électricité acquise, elle perd aussitôt son enveloppe atmosphérique ; et devenant plus pesante que les couches de l'atmosphère électrique où elle est suspendue, elle s'y précipite pour s'élancer de nouveau quand elle se sera formée une autre atmosphère , en s'eraparant d'une portion du fluide électrique du corps électrisé.

Maintenant, qu'il y ait plusieurs de ces petits corps qui, s'étant élevés , se tiennent suspendus an-dessus de ce conducteur électrisé ; si on les touche l'un après l'autre, on leur fera perdre leur atmosphère , en leur ravissant le fluide électrique qu'ils avaient reçu. Ils se précipiteront donc tourà-tour sur ce conducteur et se soulèveront de nouveau à mesure qu'ils auront repris le fluide dont ils avaient été dépouillés. Mais comme tous ne l'ont pas été au même instant, il arrive que les uns tombent sur le conducteur , tandis que les autres s'en éloignent. De même qu'on verrait un aérostat s'élancer dans les airs , en même temps qu'un autre se précipiterait sur la surlace terrestre par la perte de son gaz. On voit donc qu'il n'est pas besoin de tourbillon , ni de matière effluente et affluente , ni même de deux fluides électriques pour opérer ces attractions et ces répulsions simultanées; et qu'enfin il est faux qu'un corps électrisé n'attire à lui un corps non électrisé qu'on lui présente , qu'af)rès l'avoir rendu attirable en le faisant d'abord sortir de son état naturel, comme le prétendent Epinus , Coulomb et d'autres physiciens , d'après les principes de Symmer dont ils préconisent la doctrine.

DES PHYSICIENS 3I0DERNES. 2I9

Pour n'avoir pas examiné le phénomène des attractions et des répulsions électriques sous toutes leurs faces , tous ceux qui ont , jusqu'à ce jour, traité de l'électricité , se sont mépris en croyant que ces répulsions étaient totales, tandis qu'elles ne sont que partielles ; c'est-à-dire que le corps repoussé adhère encore à l'atmosphère du corps repoussant, en demeurant dans les couchessupérieures. En effet , quand on laisse tomber une feuille mince de métal sur le conducteur éleclrisé ou sur un tube de verre rendu électrique par le frottement , elle s'élance en l'air à plusieurs pouces de hauteur , où elle se tient presque immobile. Si ce conducteur ou ce tube n'est pas fixe , et qu'on puisse l'élever vers la feuille métallique , elle le fuira en suivant son mouvement , et en s'élevant d'une égale quantité ; mais elle descendra de même si on abaisse le conducteur ou le tube. Enfin une autre feuille métallique qu'on placerait dessous , présenterait le même mécanisme ; car après avoir été attirée, puis repoussée jusqu'à une certaine distance, elle s'y tiendrait également immobile ; et ensuite elle monterait ou descendrait selon qu'on élèverait ou abaisserait le corps électrisé , à l'atmosphère duquel elle continuerait d'adhérer tant que celui-ci conserverait sa vertu électrique ; à moins que la pesanteur de cette feuille ne fût cause que l'attraction de notre atmosphère ne la dérobai à celle de la précédente.

Ces deux feuilles ainsi suspendues en deux points diamétralement opposés , représentent les vapeurs terrestres qui , par le moyen de leurs petites atmosphères , s'élèvent au-dessus de nos têtes, tandis que celles qui sont vers nos antipodes s'éloignent de nos pieds.

Si les répulsions électriques s'effectuaient en totalité , comme on le pense , ces feuilles s'élan-

ceraient hors de l'atmosphère électrique du conducteur ou du tube , et n'obéiraient plus à leurs mouvemens.

On a un exemple de ce que je viens de dire, dans de petits cubes de liège qu'on pose dans l'atmosphère d'un petit disque métallique trèsmince , flottant sur une eau limpide. Ceux de ces cubes qui éprouvent une répulsion complète , s'échappent de l'atmosphère de ce disque , et en deviennent indépendans ; au lieu que ceux qui n'éprouvent qu'une répulsion incomplète demeurent dans son sein , et accompagnent ce disque partout où on le pousse, ou bien tournent avec lui , comme les nuages flottans dans l'air obéissent au mouvement de rotation du globe terrestre.

Je crois devoir rapporter ici une expérience de l'abbé Poncelet , laquelle achèvera de faire connaître le mécanisme des atmosphères électriques. Ce physicien ayant pris une assiette d'étain , la perça d'un clou vers son centre ; mais de sorte que la pointe en dépassait la surface inférieure. Ayant ensuite électrisé cette assiette, il plaça audessous, vers le bord, une petite feuille de métal qui , d'abord attirée, puis repoussée, se tint ensuite suspendue à une certaine distance. Alors elle commença à tracer des cercles concentriques jusqu'à ce qu'elle fût parvenue près du clou. Là elle s'arrêta , et après avoir frappé deux ou trois fois l'assiette , elle tomba.

Ce phénomène, qui étonna l'abbé Poncelet sans qu'il pût l'expliquer, est dû à l'électricité acquise par l'assiette, et à la grande atmosphère que celleci s'était formée , et dans laquelle se mouvait cette feuille, et à laquelle elle était adhérente. En effet, cette électricité se dissipant ici , non en masse , mais peu à peu par la pointe du clou, formait un petit courant de matière électrique qui affluant

^e la circonférence au centre par des lignes concentriques, entraînait la feuille de métal suspendue, qui tomba naturellement à terre, quand elle fut arrivée vers le point où se déchargait Télectricité communiquée à l'assiette.

Le mécanisme du carrillon électrique dépend de ces atmosphères ainsi acquises , perdues et recouvrées. On sait que ce carillon se compose ordinairement de deux timbres métalliques suspendus , que frappe alternativement un petit globe pareillement métallique. L'un de ces timbres communique avec le conducteur par sa chaîne de suspension , et l'autre est isolé par un cordon de soie ; mais il communique avec le sol par l'intermédiaire d'une autre chaîne. Le petit globe est de même isolé entre les deux timbres par un fil de soie. Au moment qu'on charge le conducteur, le fluide électrique se transmet de celui-ci au timbre qui y communique. Ce timbre se formant aussitôt une atmosphère , attire le petit globe qui ne peut arriver sur lui sans le choquer , et sans faire entendre un son. Ce timbre lui cédant au moment du contact une partie de son électricité acquise , le met dans le cas de se former aussi une enveloppe atmosphérique qui, par la raison que nous avons déjà dite, le fait fuir jusqu'à un certain point, et l'oblige ainsi à frapper l'autre timbre. Ce dernier dépouillant alors ce petit globe de son électricité qui se perd en même temps dans le réservoir commun par la chaîne pendante à terre , le remet dans son état naturel et l'abandonne à l'attraction de l'atmosphère du premier timbre qui, lui cédant encore une portion du fluide électrique qu'il continue de recevoir du conducteur , le force à recommencer les mêmes mouvemens oscillatoires.

C'est encore à ce mécanisme des atmosphères que sont soumis ces petits corps mus de diverses

manières par la matière électrique , et qui fournissent à la physique tant d'expériences intéressantes.

C'est aussi par le moyen des atmosphères réciproques , formées par la présence du même fluide électrique ; que se fuient deux balles de moelle du sureau ou de toute autre matière conductrice, qu'on suspend par des fils à une faible distance l'une de l'autre, et qu'on électrise.

On sent bien que si ces balles , ainsi que le petit globe métallique de l'expérience précédente , formaient , quoique suspendus , une masse lourde, ils ne pourraient ni être attirés, ni se fuir; parce que la grande force attractive de l'atmosphère terrestre surmonterait la faible attraction de l'atmosphère électrique.

Si quelquefois certains petit corps fuient le conducteur électrise avant de l'avoir touché, c'est que terminés en pointe , et soutirant le fluide électrique avant d'être arrivés au point du contact, ils se forment aussitôt une atmosphère qui, indépendante de celle du conducteur, les obhge à faire ce mouvement rétrograde , ainsi que je l'ai explique dans les expériences précédentes.

On voit maintenant d'où provient la descente de ces petits corps qui , voisins d'un conducteur qu'on électrise , se précipitent sur sa surface. Mais cette attraction produite par une atmosphère sera-t-elle restreinte aux seuls corps électrisés ? Non, elle a lieu également pour tous ceux qu'entoure un fluide atmosphérique ; et par conséquent pour le globe que nous habitons.

DES P^YSICIE^'S MODERNES. 223

Comment les corps qui possèdent une électricité d une espèce différente s'attirent et repoussent ceux qui en ont une différente.

Toutes sortes de corps possèdent naturellement une certaine quantité de fluide électrique répandu sur leur surface; mais les uns, tels que les corps conducteurs et les matières vitreuses, peuvent, à l'exception de certains cas très-rares , ajouter à cette quantité naturelle ; tandis que les autres , tels que la résine et autres substances analogues peuvent en être dépouillées en totalité ou en partie. Ces corps qui sont ainsi sortis de leur état naturel , prennent toujours une atmosphère qui fuit sa semblable jusqu'à un certain point et s'unit avec celle d'une espèce différente. Mais cela n'implique-t-il pas contradiction avec ce que j'ai démontré ailleurs, que les atmosphères d'une même espèce s'attiraient, et que celles d'une espèce différente se repoussaient ? Non ; parce que cette répulsion des atmosphères électriques d'une même espèce n'est qu'imparfaite; car à l'instar des lumineuses ordinaires , elles adhèrent encore entre elles par leurs dernières couches ; puisqu'une légère feuille métallique électrisée positivement se tient suspendue au-dessous d'un globe ou d'un conducteur aussi électrisé positivement ; et si ces atmosphères ne se réunissent pas comme celles des molécules qui doivent former des corps solides , c'est qu'elles tendent à conserver presque toute leur expansibilité. Mais cette dernière circonstance n'a plus lieu à l'égard de deux corps qui n'ont pas la même électricité; parce que , lors du contact atmosphérique, l'un des deux perd son atmosphère en revenant à son état naturel. Or, sans atmosphère plus de force répulsive; il faut donc que le corps qui a conservé cette at-

mosphère , exerce son pouvoir attractif sur celui qui l'a perdue , et qui n'avait que l'électricité négative.

Soit, dira-t-on peut-être; mais comment des corps privés d'une partie de leur électricité naturelle , ont-ils pu se former une atmosphère comme ceux qui ont acquis une surabondance de fluide électrique ? On va le voir bientôt.

Les physiciens sont convenus que l'air est non conducteur du fluide électrique , et par conséquent qu'il le repousse et en est repoussé. Il existe donc une répulsion réelle entre ces deux substances. D'un autre côté, les molécules aériennes exercent une attraction jdIus ou moins énergique à l'égard des molécules solides de tous les corps , puisque tous éprouvent plus ou moins l'action chimique de ce fluide élastique. Donc cette répulsion et cette attraction sont deux causes opposées qui , agissant en même temps, doivent se détruire mutuellement; et alors il n'y a plus ni attraction ni répulsion ; et c'est le cas des corps qui sont dans leur état naturel. Si vous ajoutez une certaine quantité de fluide électrique à leur surface, ce fluide masquera les molécules solides, c'est-à-dire les opaques de ces corps , et empêchera toute attraction entre elles et les aériennes. Il ne restera donc plus que l'action répulsive du fluide électrique ; les aériennes seront donc repoussées; et par-là forcées de se ranger autour de la surface électrisée : mais parce qu'il existe réellement une attraction réciproque entre les atmosphères des molécules d'un fluide élastique , comme entre celles des molécules de toutes les substances d'une même espèce, ces aériennes , en adhérant ensemble , formeront des files droites qui , aboutissant aux électriques repoussantes comme à une base , constitueront une grande atmosphère laquelle

DES PHYSICIENS MODERAES. 1l5

s'étendra plus ou moins loin de la surface éiectrisée, selon le degré de force avec laquelle les premières aériennes auront été repoussées. Si au contraire vous dépouillez la surface d'un corps de son électricité naturelle , l'attraction de ses opaques subsistant seule, les aériennes en seront attirées; et puisque ces dernières, par le moyen de leurs atmosphères propres, se tiennent toujours comme enchaînées les unes avec les autres , ainsi que nous venons de le voir , il en résultera , comme dans le cas précédent , une grande atmosphère dont la densité et l'énergie beaucoup moindres diminueront aussi d'autant plus que ses couches seront plus éloignées de cette surface électrisée négativement. Voilà comment les substances qui ont l'électricité négative se forment une atmosphère expansible de même que celles qui possèdent l'électricité positive.

Ce que je viens de dire explique pourquoi deux corps légers , deux balles de moelle de sureau , par exemple , doués de l'électricité négative , se repoussent mutuellement. Ainsi cette répulsion ne contrarie point l'opinion de Francklin , comme on l'a supposé mal à propos , parce qu'on méconnaissait tout-à-fait le phénomène.

Les corps dont l'électricité est négative, arrivés dans l'atmosphère d'un corps électrisé positivement, se dépouillent de leur atmosphère par la tendance qu'ils ont à reprendre le fluide qui leur a été enlevé ; et parvenus au point de contact , ils y demeurent attachés comme une masse inerte , jusqu'à ce qu'ils aient repris la partie de l'électricité qui leur est naturelle ; et que l'autre corps ait perdu toute celle qu'il avait acquise; mais ils ne sauraient fuir le corps attirant, parce qu'ils n'ont pas pu enlever assez de matière électrique pour se former une atmosphère positive.

Il faut raisonner de même à l'égard des corps non-conducteurs dans leur état ordinaire, et attirés par l'atmosphère d'un corps électrisé positivement. N'ayant que la quantité d'électricité qui leur est naturelle et ne pouvant l'augmenter , ils ne sauraient fuir celui-ci, puisqu'ils sont sans atmosphère électrique. Quant aux petits corps conducteurs qui gravitent dans l'atmosphère d'un corps électrisé négativement , celui-ci tendant à leur ravir leur fluide électrique naturel , et ces corps le retenant avec force, il s'ensuit une lutte qui les tient réunis jusqu'à ce que le corps nonconducteur , en recouvrant son fluide naturel , se soit dépouillé de son atmosphère.

On voit donc d'après ce qui précède que lorsque l'attraction n'est pas suivie de la répulsion , c'est que l'un des deux corps électrisés a perdu son atmosphère, ou n'a pu s'en former une.

Considérations importantes sur la décharge de la bouteille de Lejde.

Parmi les phénomènes de l'électricité il y a quelque chose de bien étonnant; c'est la marche du fluide électrique qui s'est élancé de la surface d'une bouteille électrisée positivement , pour se porter vers celle qui l'est négativement , en parcourant un grand espace , sans se déranger de sa route.

Il est facile de concevoir que l'étincelle électrique qui s'échappe d'un conducteur doit s'éparpiller et devenir invisible en arrivant sur un corps aussi conducteur; parce que d'un côté, l'attraction des opaques de ce corps, et de l'autre, la répulsion des lumineuses ordinaires que cette étincelle renferme, doivent la désunir entièrement. x\Tais comment expliquer la marche de cette étincelle dans la décharge d'une bouteille de Leyde ou

DES PHYSICIENS JfOnERNFS. '10.']

d'une batterie électrique? On pourrait être peu surpris si elle n'enfilait qu'un conJucteur très court, tel que les deux branches d'un excitateur; mais qu'elle parcoure un circuit , même de plusieurs milles (i), pour se rendre à la surface qni la réclame , et qui n'est pas éloignée d'une ligue de celle d'où elle est partie ; c'est , je l'avoue, un phénomène qui surpasse toute l'intelligence de ma raison individuelle , et je pense aussi que c'est là un des nombreux mystères physiques dont le Créateur s'est réservé le secret.

Cette expérience , dont toute la science de l'homme ne pourra jamais donner une explication claire et convenable , mais aussi qu'il ne pourra jamais nier, est, parmi cent autres témoignages, encore plus véridiques et d'un plus grand poids, la condamnation de ceux qui dans les mystères de la religion osent tout soumettre à leur faible raison individuelle, et ne veulent croire que ce qu'elle peut comprendre ou expliquer. Car entln par quel mécanisme cette étincelle se dirige-t-elle vers la surface électrisée en moins? Est-ce par une espèce d'attraction ? Mais toute attraction spontanée n'a lieu que par l'intermédiaire des atmosphères, et se fait par le chemin le plus court. Serait-ce par un effet du hasard ? Mais le hasard n'est qu'un vain mot , et ce qu'il paraît produire n'arrive pas deux fois de la même manière. Or , qu'on abrège , qu'on alonge le circuit , qu'on interrompe le conducteur par un terrein humide ou par des eaux , jamais l'étincelle ne se méprendra ; elle ne se détournera ni à droite ni à gauche ; mais elle saura toujours arriver au lieu de sa destination , malgré les nombreux détours où l'on peut l'engager, et en dépit de l'air qui de-

(2)Hauy,Tr.éléni.dePhys ,K°'585delaa'=édif.,et 7oadeJa 3^

vrait nécessairement ralentir et puis arrêter sa marche.

Cette étincelle , accomplissant ainsi sa tâche avec exactitude et rapidité , quoique la ligne qu'elle parcoure n'ait pas toujours la même étendue ni la même figure, semble doiiée d'un véritable instinct; cependant ce n'est qu'un être passif et matériel ; mais cet être sans intelligence exécute, sans le savoir, les ordres du Dieu qui l'a créé, et dans sa petitesse nous fournit un exemple remarquable de la manière dont toute la nature et principalement les divers globes obéissent à leur Souverain, en remplissant leur carrière, soit dans des orbes réguliers , soit dans des épicycles autour d'un autre astre, et arrivent, sans s'arrêter ni dévier, au point qui leur a été assigné , malgré l'obstacle qu'oppose à leur cours l'éther répandu dans l'espace.

De VElectrophore.

0]>r nomme électrophore un appareil qui con^ serve assez long temps sa vertu électrique. Il est composé de deux plaques rondes de métal, dont l'une appelée le plateau , est enduite d'un côté d'une couche de matière résineuse; l'autre, qu'on nomme conducteur^ est attachée à des cordons de soie ou à une tige de verre qui servent à l'isoler.

Le conducteur étant séparé du plateau , on électrise celui-ci en frottant ou en frappant la couche de résine avec une peau de lièvre ou de quelque animal à poil; puis on pose, dessus, le conducteur qu'on presse un petit instant avec le doigt. Après avoir retiré le doigt , on enlève le conducteur par le moyen du cylindre de verre ou des cordons de soie. Si l'on approche alors de ce condiicteur ou le doigt ou un excitateur,

DES PHYSICIENS MODERNES. 2if)

on en fera jaillir une étincelle électrique. En répétant le même procédé, on obtiendra de nouvelles étincelles sans avoir besoin de frotter le plateau avec la peau de lièvre; et si Ton se sert de la boule métallique d'une bouteille de Leyde pour les produire , on chargera celle-ci en peu de temps.

Il est facile d'expliquer ces différens effets par les principes que nous avons déjà émis. Car lorsqu'on frotte le plateau , on lui enlève une partie de son électricité naturelle ; parce que la peau de lièvre a plus d'affinité ou d attraction pour ce fluide que la résine. Le conducteur appliqué sur celle-ci , retient par la même raison , l'électricité qui lui est propre ; mais si vous le pressez avec le doigt , vous lui communiquerez de ce fluide que la résine tend à lui enlever , et ce fluide , s accumulant sur la surface inférieure de ce conducteur, s'y tiendra comme en dépôt pour fournir à la consommation qu'en doit faire la matière résineuse pour réparer ses pertes; mais parce que celle-ci n'est pas un corps conducteur , elle ne transmet que difficilement le fluide électrique , et par conséquent elle ne pourra reprendre que peu à peu celui dont elle a été dépouillée. Or si, pendant que le plateau a attiré ainsi le fluide électrique vers la surface inférieure du conducteur, vous retirez le doigt, puis le conducteur, ce dernier se trouvera chargé en plus de la quantité de fluide libre dont la résine n'a pas pu encore s'emparer , lequel s'échappera en forme d'étincelle par l'approche d'un excitateur; ce qui n'arriverait pas si le conducteur n'était pas isolé, ou qu'on n'en eût pas retiré le doigt avant de le séparer de la résine ; parce qu'alors le fluide transmis, ayant une issue pour retourner dans le réservoir commun , le conducteur n'aurait

2'io FRRErRS DÉVOILÉES

conservé de ce fluide que la quantité qu'il possède naturellement.

Enfin , ayez deux bouteilles de Leyde parfaitement égales; électrisez-en une par le moyen du conducteur, et l'autre par le plateau, après avoir opéré comme dans l'expérience précédente. Si , tenant une de ces bouteilles dans la main droite et l'autre de la main gauche , vous les approchez l'une de l'autre en les faisant communiquer par la boule qui termine leur crochet , vous les déséleclriserez, et vous éprouverez la commotion ; tandis que cela n'a plus lieu , si vous les aviez chargées au même conducteur dune machine électrique.

Yolta a conclu avec raison de ces expériences si connues , qu'il existe réellement deux électricités spécifiquement différentes, l'une positive et l'autre négative. En effet , la surface intérieure de la bouteille chargée au disque-conducteur a ajouté à sa quantité naturelle la surabondance de fluide qu'avait retenue ce disque , et la surface intérieure de la seconde bouteille a cédé à la résine une portion de son électricité naturelle. Ainsi l'une des deux surfaces a plus , l'autre moins ; tandis que les surfaces extérieures sont aussi dans deux états opposés, parce que la main a ôté à l'une , et a donné à l'autre. Il n'est donc pas étonnant qu'en établissant une communication entre ces deux surfaces par le moyen de la tige métallique qui plonge dans leur garniture intérieure , il y ait décharge et commotion; au lieu que ces bouteilles présentées à un même conducteur, s'électrisant uniformément, ne peuvent se décharger, parce que les surfaces qu'on fait communiquer ensemble , sont dans le même état.

Les physiciens qui ont embrassé l'opinion de Symmer expliquent la première de ces trois expé-

riences par la décomposition prétendue de leur double fluide électrique; mais ils omettent Texplication des deux autres; car elle contrarie leur système, qui, trop compliqué pour être naturel, ne saurait tenir contre des expériences si simples, à moins que ses défenseurs ne voulussent s aveugler eux-mêmes ; et si l'expérience de la charge par cascade , et celle de la bouteille électrisée qui se décharge dans le vide , n'avaient pas suffi encore pour démontrer l'existence de l'électricité positive et négative, la seconde de l'électrophore en fournirait une preuve bien convaincante.

De l' Electromètre de Cavallo.

Cet électromètre consiste en deux balles trèspetites de moelle de sureau qu'on suspend par le moyen de deux cheveux à une boule de cuivre posée sur Torilice d'une espèce de flacon de verre. Ayant électrisé par le frottement un bâton de cire d'Espagne , on le présente très-près de la boule qu'on touche avec un doigt de l'autre main. Si l'on retire le doigt , puis la cire , tout l'appareil sera alors électrisé positivement, comme on l'a vu à l'égard du conducteur de l'électrophore ; et les deux balles , se repoussant , se tiendront écartées l'une de l'autre; parce qu'elles auront acquis une vraie atmosphère positive. Chaque fois qu'on présentera dé nouveau , à une certaine distance du point de suspension , le bâton de cire d'Espagne électrisé, les balles se rapprocheront, par la raison que la cire , dépouillée de son fluide électrique , fait revenir, dans la boule, une partie de l'électricité surabondante des balles. Si l'on diminue la distance , on pourra voir les balles se toucher; parce que la cire, en ramenant dans la boule tout le fluide surabondant que possédaient les balles, les réduit à leur état naturel. Appro-

aOÎÏ ERREDUS Dr.VOILÉES

chez-vous un peu plus la cire d'Espagne , les deux balles se repousseront de nouveau. Et pourquoi? Ce n'est pas , comme le disent les disciples de Symmer, parce que la cire a décomposé le fluide naturel des balles et les a fait passer à l'état d'électricité résineuse ; mais c'est parce qu'elle a ramené, comme dans l'expérience de Téleclroplîore , le fluide électrique vers la partie qui la regarde ou vers le haut de la boule , et que la partie inférieure de celle-ci a dépouillé momentanément les petites balles de leur fluide naturel, et les a fait passer à l'état négatif.

Nota. Je passerai sous silence le condensateur simple de Yolta et Félectromètre condensateur , parce que leurs effets dépendent du même méca- Tiisme que celui dont nous avons fait mention dans les deux articles précédens.

Da pouvoir des pointes.

Action d'une pointe pour lancer le fluide électrique.

Une aiguille sotitire non-seulement le fluide électrique, lorsque sa pointe est tournée vers un conducteur électrisé ; mais elle le chasse encore lapidement, étant fixée sur ce même conducteur. On doit chercher l'explication de ces deux effets singuliers et dans l attraction mutuelle qui existe entre les électriques et les molécules propres des corps , et dans la répulsion qu'exercent l'une contre 1 autre, l'électrique et la lumineuse ordinaire qui réside dans les pores de ces corps.

Tant que l'attraction est plus forte que la répulsion , le fluide électrique demeure fixe sur les surfaces. Quand cette dernière force a prévalu , ce fluide est expulsé. Or, celte répulsion agit en ' deux manières, ou perpendiculairement , ou lalé-

DES PHYSICIEISS MODERtSES. 233

ralement; et c'est principalement à celte dernière action qu'est soumise la matière électrique, qui, cl'uu conducteur électrisé , afflue sur la surlace d'une aiguille qui y repose; tandis que cette action latérale est comme nulle à l'égard du même fluide répandu autour d'une sphère, par exemple. On doit en concevoir facilement la raison ; car la force répulsive qu'exerce latéralement une molécule de lumière de la surface de cette sphère électrisée , pour chasser une électrique de sa place , est contre-balancée par la résistance des opaques dans les pores desquelles se trouve cette molécule de lumière à atmosphère ignigène ; c'est-à-dire qu'à cause de la forme de cette même surface , une électrique quelconque libre n'est pas plus poussée dans un point que dans un autre, tant qu'une cause extérieure ne vient pas troubler cet équilibre. ^Tais ce n'est plus de même quand les électriques couvrent la surface d'une aiguille; car il y a un point , et c'est la pointe , où viennent aboutir toutes les lignes longitudinales de cette surface , sans qu'au-delà il y ait rien qui puisse s'opposer à la pression latérale , supportée par cette pointe. Cette électrique aura donc à soutenir les efforts réunis de toutes les électriques libres qui l'environnent , et qui tendent à fuir les lumineuses voisines. Or , cet effort surpassant de beaucoup l'action attractive existante entre l'opaque de la pointe et l'électrique ; celle-ci , qui est mobile , sera obligée de céder et d'abandonner cette opaque , malgré le renfort que lui prête, par sa pression , l'atmosphère terrestre ; et c'est ce qui arrivera nécessairement à toutes les électriques poussées successivement vers cette pointe : et voilà comment tous les corps anguleux ouvrent une voie facile à la dissipation du fluide électrique acquis.

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