‹ Erreurs dévoilées des physiciens modernes dans l'explication des phénomènesChapitre 26 sur 37 · DE L\ TERRE OU DU GLOBE TERRESTRE · texte numérisé non relu

DE L\ TERRE OU DU GLOBE TERRESTRE

LiA seconde des substances matérielles que Dieu fit jaillir du néant lors de la création , même avant qu'il eût donné aux molécules , qui constituent la matière de la lumière, la propriété de transmettre la clarté et de s'illuminer elles-mêmes, c'est notre globe qui parut immédiatement après 1 ether, et qui est un composé de parties hétérogènes , les unes fluides , les autres solides de différentes densités. Ce globe que nous nommons la terre n'eut pas sur-le-champ la forme que nous lui s'oyons ; mais sa matière disséminée dans l'éther, ici en grandes ou en petites masses compactes , là en parties friables ou liquides, occupait un vaste espace. Dieu, voulant en faire la demeure de l'homme , réunit ces masses informes, et c'est alors que les eaux , comme plus légères , s'étendirent de tous côtés et couvrirent la surface de la terre, en formant une mer sans rivage. Ces parties dispersées , en paraissant dans l'éther au moment de leur création , et s'emparant de la place déjà occupée par ce fluide , s'étaient formées chacune une atmosphère proportionnée à leur volume : mais après leur réunion , il n'y eut plus qu'une seule grande atmosphère que l'Ecriture Sainte appelle firmament , et qu'il faut distinguer de ce qu'elle nomme ensuite firmament du ciel , qui n'est autre

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chose que cette matière éthérée où sont placé» tous les corps sidéraux. De là il résulta qu'une partie de cette atmosphère qui environna toute la masse terrestre fut, par rapport à nous, au-dessus des eaux, et l'autre au-dessous. En effet la portion de cette atmosphère, qui couvre notre hémisphère, est au-dessus de nos têtes , et celle qui est vers l'hémisphère opposé est sous nos pieds ; et voilà, je pense , ce qu'a voulu faire entendre Moïse en disant que Dieu sépara les eaux qui étaient sous le firmament , de celles qui existaient sur le firmament.

Ces divejses masses terrestres d'abord éparses sans ordre dans l'éther, puis obligées de se réunir précipitamment à la voix de leur Créateur , se placèrent suivant qu'elles se trouvèrent le plus près de ce qui devait former le centre de notre globe. De là ces couches variées que l'on trouve dans son sein , et ces cavités nombreuses qui provinrent de la jonction imparfaite des grandes masses compactes de forme irrégulière. Il arriva même que cette réunion ne pouvant se faire sans un choc violent, plusieurs parties furent brisées et laissèrent des traces de ce grand événement (i).

(i) Nota. Ce bouleversement et ces coucbes variées provenant de la réunion des diverses maiières terrestres dispersées ont fait penser à quelques géologues philosophes , que notre globe était le produit de diverses coucbes de ma'ières. qui se seraient successivement déposées sur sa surface dans la suite d'une infinité de siècles ; mais ce qui prouve que ces géolo{>ues se sont étrangement trompés , ce sont les nombreuses cavernes qui existent en mille endroits de cette surface; parce que si notre plobe provenait, en tout ou en partie , de ces d*'pôfs successifs , il aurait été impossible qu'ils eus'ient produit ces cavernes dont la plupart sonf trèsvastes, très-élevées et très-profondes. En efft-t, des matières qui se déposent lentement ne sauraient jamais constituer que des terrein» unis , surtout quand ces matières, dans leur état f)rimitif , .sont ù demi fluides comme on le prétend. Ce que je dis ici est

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Notre globe enveloppé de la mer comme d'un manteau ne pouvait en cet état servir de demeure à riiomme. C'est alors que Dieu ordonna que l'élément aride parût ; et à sa voix le globe se comprima dans plusieurs points pour former des bassins immenses où pussent se retirer les eaux qui cachaient sa surface. En même temps les contineiis s'élevèrent portant sur leur dos ces collines et ces montagnes d'où devaient se précipiter les torrens et les rivières qui suivirent les routes sinueuses que le ïout-puissant leur avait préparées. Ainsi ces masses colossales dont quelques-unes portent leur tête dans la région des nuages , sortirent du sein des eaux, non liquides, mais aussi dures que le sont ces rochers qui gissent encore à fleur d'eau dans le vaste océan. D'après ce que je viens de dire , on voit que Nevv^ton n'a fait qu'un roman , lorsque, pour faire concorder tous les phénomènes avec sa gravitation universelle, il supposa que toute la terre avait été d'abord fluide.

Ont-ils mieux rencontré ceux qui ont prétendu aussi que parmi les montagnes, les unes avaient

démontré soit par ces terreins nouveaux formés parles alluvions des fleuves et des rivières, soit par ceux qtie couvrent les laves qu'ont vomies les volcans enflammés: car, dans ces deux cas, on n'a jamais vu qu'il en soit résulté des cavités considérables et multipliées ; mais seulement des couches compactes et unies. Voilà donc comme l'on s'égare , quand méprisant les vérités que nous a apprises la révélation, on ne suit que ses folles idées qui font rêver à l'éternité de la matière. Or ceux de nos philosophes qui par une présomptueuse vanité sont entêtés de c^-s idées , parce qu'ils veulent être leur seul guide, ne ressemblent pas mal à des enfaiis cherchant à se dégager des lisières qui les retiennent; lesquels , une fois abandonnés à eux-mêmes, se croient fermes sur leurs pieds , parce qu'ils font quelques pas rapides ; mais dans l'instant même, ils se voient punis de leur présomption par une lourde chute.

été formées par le feu , et que les autres provenaient des animaux marins du genre calcaire? Le feu détruit tout et ne produit rien de lui-même ; et d'un autre côté c'aurait été une merveille de voir ces animaux quitter leur élément aqueux pour s'élever en pyramide les uns au-dessus des autres à l'effet de former des mont.ignes et des collines. Ces diverses hypothèses n'ont été fabriquées que parce qu'on ne connaît point les principes intimes qui distinguent les corps siliceux des substances calcaires.

Pour plaire aux coryphées de la philosophie moderne , qui s'étaient établis les arbitres suprêmes des réputation littéraires, l'illustre Buffon inventa son roman des sept époques de la nature. Quelques astronomes se sont moqués de cette hypothèse , et ils ont eu raison , mais ils ont eu tort de déprécier la dignité de notre globe , et de le regarder comme moins excellent et moins ancien que les planètes. Il semble qu'ils ont toujours ignoré le récit que Moïse fait de la création , ou qu'ils ont regardé ce récit comme fabuleux. Cependant cette narration s'accorde avec les phénomènes astronomiques, quoi qu'on en dise, et elle est d'ailleurs conforme à la tradition de quelques anciens peuples.

Effectivement , les Arcadiens soutenaient que leur pays était plus ancien que la lune. Nos astronomes ont fait de vains efforts pour deviner ce qui avait pu donner lieu à une telle prétention , mais ils n'ont débité que des fables absurdes. Cependant ce n'était pas une énigme difficile à expliquer si l'on avait recouru à la véritable source, à la Genèse ; car on y voit qu'avant que la lune , le soleil et tous les astres existassent, la terre avait été tirée du néant , et avait été parée de tous ses ornemens pour recevoir celui que

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Dieu allait en établir le maître. Ainsi elle avait déjà ses plaines, ses collines, ses montagnes, ses bois et sa verdure avant que la lune jaillît dans l'éther : et comme c'est une chose assez commune dans Tantiquité de prendre une partie pour le tout , les x\rcadieus , sans trahir la vérité, pouvaient dire que leur pays avait une origine plus ancienne que celle de l'astre qui nous éclaire pendant la nuit.

La masse solide du globe terrestre ou le qiiatrième élément n'est pas aussi simple que les trois précédens, mais il est composé de plusieurs substances hétérogènes qui diffèrent en densités et en propriétés physiques , et dont les atmosphères n'ont point toutes les mêmes proportions ni les mêmes principes. Les métaux, par exemple, ont l'atmosphère de leurs molécules-bases , formée d'ignigène , et leurs oxides ou presque tous leurs oxides, ainsi que les diverses terres et autres matières ont une atmosphère mixte ou mélangée d'ignigène et d'oxigène en quantité variable suivant les substances ; mais les molécules d'une même substance , qui n'aura jtas subi de décomposition ou de modification, serontentouréesd'une atmosphère uniforme.

Je ne m'arrêterai pas davantage sur ce quatrième élément, parce que mon dessein n'est pas de tout dire ; et que d'ailleurs je pourrai parler de quelques-unes de ses parties à l'occasion de l'examen que je vais faire du Traité de chimie de M. Thenard; mais je ne puis m'empêcher de dire un mot sur le mouvement journalier que les uns attribuent et les autres refusent au globe que nous habitons.

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Du mouvement de la terre sur son axe , désigné d'une manière assez claires ce me semble^ dans le premier chapitre de la Genèse.

Chaque jour le soleil , se montrant du côté de rorient , s'élève jusqu'au méridien , puis continuant son cours, il descend vers l'occident pour se perdre sous 1 horizon et revenir encore le lendemain vers l'orient renouveler à nos yeux le même phénomène. Est-ce réellement le soleil qui circule journellement autour de la terre, ou celle-ci , tournant sur son axe d'occident en orient, projette-t-elle cet astre en sens contraire? Dans ces deux cas les apparences seront toujours les mêmes; et pour décider la question, il ne suffit pas d'alléguer les raisons de la simplicité et des convenances, comme le font les jN"ewtoniens ; il faut que les faits parlent eux-mêmes. S'il n'y avait que le soleil et les planètes qui allassent ainsi d'orient en occident , tandis que les étoiles demeureraient à la même place , nul doute alors que les premiers astres ne tournassent chaque jour autour de la terre ; et que celle-ci ne fût parfaitement immobile. Mais en supposant à tout le ciel étoile ce mouvement diurne , serait-il possible que la terre éprouvât cette immobilité au milieu de ce grand et rapide mouvement ; lorsque l'éther l'environne et adhère à son atmosphère ? Non , et en effet tous les corps sidéraux ne pourraient simultanément embrasser la terre dans leur cours journalier et uniforme , qu'autant que le fluide éthéré où ils sont suspendus, tournant luimême , les emporterait par son mouvement de rotation; comme on voit entraînés les petits corps plongés dans l'almosphêre d'un petit disque métallique, flottant sur l'eau, quand on le fait tourner sans secousse. L'éther, tournant ainsi, devrait

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donc communiquer son mouvement de rotation à l'atmosphère terrestre, et celle-ci à notre globe; parce qu'un corps quelconque ne peut pas demeurer en repos au centre d'une matière agitée circulairement , surtout quand cette matière sert à brider ce corps , comme le fait 1 éther à l'égard de notre atmosphère. De cette manière tout tournerait à la fois dans 2.4 heures , et rien ne paraîtrait déplacé dans le ciel étoile. Or pour que le déplacement journalier des astres ait lieu , il faut que la terre tourne sur son axe d'occident en orient, par quelque cause que ce soit, et indépendamment du mouvement total qu'on supposerait à l'éther, en laissant en arrière le soleil , les planètes et les étoiles. Dans ce cas le mouvement de rotation de notre globe devra être plus rapide que celui qu'on supposerait à la matière éthérée, et par ce moyen il en sera indépendant et n'en proviendra point , par la raison qu'une matière qui a reçu une impulsion ne peut pas communiquer plus de mouvement qu'elle n'en a acquis. Donc si la rotation de la terre ne dépend pas de celle du fluide éthéré, qu'aurions-nous besoin de supposer le mouvement de ce dernier? Ce serait donner deux causes à un seul effet. D'après ce que je viens de dire , il est donc incontestable que c'est la terre qui tourne toutes les il\ heures , et non le ciel étoile.

Pourquoi les Newtoniens n'ont-ils pu indiquer ces preuves qui me semblent si simples? C'est qu'ils n'ont jamais su que l'éther était la continuation de notre fluide atmosphérique.

Ceux qui refusent d'admettre le mouvement diurne de la terre , se fondent sur le phéiiomène que nous présentent les corps qu'on lance perpendiculairement dans l'air et qui retombent au même endroit; tandis que, selon eux, ils devraient

rester en arrière , si la terre tournait sur ellefmème. Mais ils ne font pas attention que l'atmosphère terrestre ne faisant qu'un tout avec le globe qu'elle presse , doit recevoir l'impulsion donnée à celui-ci et en suivre le mouvement qui est communiqué en même temps aux corps qu'elle renferme. Il en est de ces corps que l'atmosphère entraîne, comme d'un caillou qu'on laisse tomber dans une eau profonde et tranquille, et qui suivra constamment la ligne perpendiculaire malgré le mouvement de rotation le plus rapide qu'on pourrait supposer à la terre ; parce que ce mouvement de rotation affecte toute la masse, et n'est point particulier à quelques corps séparés.

Quoiqu'il soit évident que notre globe tourne sur son axe , comme Copernic l'a cru avec raison , mais sans en produire une preuve certaine, cependant le soleil se lèvera, le soleil se couchera pour le savant comme pour l'ignorant. Si pour dire que le jour commence ou va finir on se servait de ces mots , la terre tourne , on ne serait pas compris; ou bien, pour exprimer son idée, il faudrait user de grandes circonlocutions fort ennuyeuses. Ainsi dans tout pays, quand on voudra se faire entendre, on dira toujours le lever, le coucher du soleil et des autres astres ; quoique l'on sût parfaitement que ces corps sidéraux ne se lèvent et ne se couchent point.

Lorsqu'on trouve dans les livres saints, la terre est stable^ et autres phrases semblables, cela ne signifie pas que notre globe soit absolument sans mouvement ; mais seulement qu'il est assis sur des fondemens inébranlables, et qu'il ne quittera jamais la position qui lui a été assignée par le Créateur. La terre peut être ici assimilée à une statue qu'un habile artiste ferait tourner sur un pivot. Si la base sur laquelle cette statue serait

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pos^e , paraissait être à l'abri de tout accident, on pourrait dire, sans choquer le bon sens, que celle-ci est fixe ou d'une parfaite stabilité; quoiqu'on sût bien qu'elle pivote sur elle-même : cela ne doit pas souffrir de difficulté.

D'ailleurs lorsque Dieu parle dans ses saintes Ecritures ) ce n'est pas comme un docteur frivole qui enseigne de vains systèmes , une folle science , toutes choses qu il a abandonnées aux spéculations de l'esprit humain ; c'est au contraire commue un maître sage qui veut rappeler les hommes à la pratique des vertus , pour les obliger à se considérer comme nn peuple de frères qui doivent se chérir mutuellement , s'assister dans tous leurs besoins , se consoler dans toutes leurs peines ; c'est enfin comme un ami tendre qui les invite à jouir de leur plus belle prérogative , celle de le connaître, de l'aimer, et de lui rendre le tribut d'adoration qu'il mérite à tant de titres comme leur créateur et leur bienfaiteur.

Quoique les Livres saints ne fassent pas précisément mention du mouvement de la terre sur son axe , cependant quelques passages du premier chapitre de la Genèse semblent l'indiquer d'une manière très-particulière. En effet, on y voit que la vicissitude des jours et des nuits avait déjà lieu avant que le soleil, la lune, et les étoiles fussent créés. Or , l'Historien sacré ne peut pas entendre par-là que ces astres tournaient autour de notre demeure, et que leur présence constituait le jour et leur absence la nuit ; puisqu'ils n'existaient pas encore. D'ailleurs il annonce ensuite qu'au quatrième jour Dieu plaça dans le firmament du ciel, c'est-à-dire dans l'éther, les corps lumineux qui devaient , dit-il , éclairer la terre et séparer le jour de là nuit. Ce n'est donc pas d'une marche quotidienne faite par tous ces astres autour de la terre

qu'entend Moïse par le soir et le matin des trois premiers jours. Ou ne peut pas dire non plus que la lumière matérielle , créée le premier jour , éclairât notre globe d'un côté et Tobscurcît de Tautre; parce qu'elle n'avait alors, comme actuellement, d'autre attribut que celui détre le véhicule de la clarté , tant qu'elle serait disséminée dans les pores de l'éther. Dans ces p;;ssages , Moïse doit parler nécessairement d'un phénomène existant avant la formation des sphères célestes. Or , ce phénomène ne peut être que le mouvement diurne de la terre. Effectivement , Moïse se transportant en esprit aux temps qui précédèrent la création du soleil, devait considérer comme jour la partie du ciel sous laquelle le méridien d'Eden se trouverait au moment où cet astre, jaillissant dans l'espace, l'éclairerait de ses rayons; et comme nuit la partie opposée que ce même méridien rencontrerait en continuant son cours. Voilà , si je ne me trompe, la rotation de la terre démontrée dans la Genèse en des termes précis, quoique indirects.

C'est ainsi qu'en pesant attentivement les divers endroits de lÉcriture sainte, avec un esprit dépouillé de préjugés , on peut y découvrir plus d'une vérité astronomique ou physique, et éviter Lien des erreurs. Maintenant est-ce à bon droit que nos philosophes astronomes ou géomètres accuseront nos Livres saints d'avoir méconnu le mouvement diurne de la terre , lorsque eux-mêmes, malgré leur science et toutes leurs prétentions , n'ont pas su y lire ce même mouvement qui y est annoncé en termes précis, quoique le mot technique ne s'y trouve pas, parce que cela n'était point absolument nécessaire?

DES PHTSICIENS MODERNES. -29 1

De r inclinaison de l'axe de la terre. Mouvemens extraordinaires du Soleil observés par quelques anciens peuples. Observations qui concordent avec ce que nous apprend la Genèse,

Copernic eut raison d'enseigner que l'axe de la terre était incliné. Selon lui, les deux pôles ont cté inclinés à la fois : je pense au contraire que cette inclinaison n'a été que partielle, et produite par le seul déplacement du pôle méridional ; et qu'aux premiers jours de la création l'axe terrestre était droit , et non oblique. Mais après le péché d'Adam , Dieu , pour punir la race humaine , changea la position du pôle austral et l'inclina vers le soleil arrivé au méridien , lequel , par ce mouvement, sembla fuir le pôle septentrional. Ce mouvement du pôle sud fit naître un nouvel ordre de saisons ; puisque alors le soleil, projeté au tropique du capricorne, envoya l'hiver régner sur le jardin d'Eden. Ce changement de saison lie put que déranger l'état de l'atmosphère , et Adam en éprouva bientôt la funeste influence. Voilà pourquoi Dieu qui , tout en le punissant , €ut pitié de sa misère, lui donna, ainsi qu'à sa compagne, des vèteraens de peaux de bétes pour les garantir de l'inclémence de l'air.

Si au lieu de s'avancer vers le soleil , le pôle austral se fût incliné en sens contraire, cet astre serait tout de suite arrivé au tropique du Cancer poilr produire l'été de notre hémisphère, et ses rayons , échauffant plus perpendiculairement le pays dEden , y auraient augmenté la chaleur primitive , et nos premiers parens n'auraient pas eu besoin dans ce temps-là de vèteraens pour se préserver du froid.

Mais quels méridiens éclairait le soleil, lors de l'inclinaison de l'axe vers cet astre? Ceux d'Éden.

Cet axe ne put s'incliner , comme je l'ai dit , sans que la partie de l'équateur coupée par ceS méridiens ne tournât vers le nord en s'éloignant de l'astre du jour. Or , par l'effet d'une illusion optique qui nous fait rapporter aux objets extérieurs le mouvement dont nous sommes affectés, surtout quand nous ne sortons pas du lieu qui se meut avec nous , le soleil sembla reculer vers le sud jusqu'à ce que le pôle austral se fût arrêté. Adam vit donc cet astre parcourir dans un même jour du nord au sud plusieurs degrés du méridien , et paraître pour la première fois dans le solstice d'hiver.

Ce changement du pôle austral qui sembla faire reculer le soleil après qu'Adam eut donné la mort à ses descendans en mangeant du fruit défendu, ne pourrait-il pas expliquer la fable du soleil reculant d'horreur à la vue du festin d'Atrée qui , dans un transport de haine, fit manger à son frère Thyeste les membres de ses propres enfans qu'il avait égorgés à l'insu de leur père. Quoi qu'il en soit, tous les descendans d'Adam n'ont pas perdu la mémoire de cette époque mémorable où le soleil à notre égard rétrograda en apparence vers le sud. Un peuple célèbre de l'Asie l'a conservée soigneusement, parce que, plus qu'aucune des nations antiques, il a recueilli avec soin tous les phénomènes solaires auxquels il a toujours attaché la plus grande importance. Il dit donc , si ma mémoire est bien fidèle , qu'on vit une fois le soleil parcourir le méridien pendant plusieurs jours. Comme cette tradition s'est nécessairement altérée en passant de générations en générations, ce peuple aura confondu plusieurs degrés avec plusieurs jours. Peut-être même aura-t-il fait exprès ce changement pour donner de ce phénomène une idée plus extraordinaire , ce qui lui arrive assez ordinairement.

Enfin Bailly nous dit , dans son Histoire de V astronomie [).) , que les anciens Egyptiens assuraient qu'on avait vu l'écliplique perpendiculaire à l'équateur; ce qui était encore vrai en le rapportant au temps d'Adam. Ce peuple de l'iVfrique n'avait pas observé lui-même ce phénomène, mais il l'avait appris parla tradition, comme les Arcadiens avaient su par le même canal que leur pays ou le globe terrestre était plus ancien que la lune. (2)

Ces Egyptiens, suivant le même auteur, racontaient à Hérodote qu'on avait vu deux fois le soleil se lever aux mêmes points de l'horizon oit il se couche maintenant. Bailly traite cette opinion de singulière et de fabuleuse , et il ajoute : « Nous « ignorons si ces fables renferment quelque vérité » cachée , mais on n'a pu la découvrir jusqu'ici. »

Cet aveu n'est pas honorable pour la moderne philosophie. Et en effet , cette tradition des Egyptiens est conforme à ce qu'on trouve dans la sainte Ecriture, qui dit que Josué interrompit le cours du soleil , et qu'Isaïe fit rétrograder l'ombre de dix lignes dans l'horloge d'Achaz en faveur d'Ezéchias. Or, d'après ce miracle d'Isaïe, le soleil, aux yeux des habitans de l'Egypte voisine de la Judée , parut bien se lever ou rétrograder de l'occident vers l'orient par l'effet du changement opéré momentanément dans la rotation de l'axe , qu'Isaïe n'était pas obligé d'expliquer en faisant ce prodige. Donc les Egyptiens pouvaient dire avec quelque raison que cet astre s'était levé aux

( I ) Astronomie réduite , en î vol. in-8 , tom. I , p. 89.

(1) Nota. Les Athéniens disaient aussi , d'après la tradition, qu'ils étaient aussi anciens que le soleil, ce qui est encore vrai, en le rapportant à leur pays; car l'époque de ta création de la terre précédait de trois jours celle de cet astre ; ce qui détruit les hypothèses absurdes par lesquelles on voudrait nous faire croire que notre demeure n'a été formée que par une éclaboussure du soleil heurté par une comète.

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mêmes points du ciel où il se couche mainteuant. D'ailleurs ils purent s'appliquer à eux-mêmes ce qui ne convenait précisément qu'aux peuples qu'ils savaient être à leur orient; et qui effectivement avaient vu l'astre du jour , en rétrogradant , remonter au-dessus de leur horizon , après être descendu au-dessous.

Quant au miracle de Josué , comme il n'était pas si récent , et que la tradition pouvait s'en être altérée en traversant l'espace de plusieurs siècles, les Egyptiens ont pu d autant plus aisément assimiler ces deux faits miraculeux, que le soleil, d'après le commandement de Josué, en paraissant fixe au lieu où il était parvenu par le mouvement de l'axe de la terre , sembla avec quelque vraisemblance devoir revenir sur ses pas. C'est du moins ce que devaient attendre avec anxiété les nations qui observèrent ce prodige. On voit donc qu'en scrutant attentivement les traditions anciennes qui paraissent, à nos modernes philosophes, les plus singulières et les plus inexplicables , elles attestent manifestement la vérité des faits consignés dans les divines Ecritures.

Je ne dois point passer sous silence une autre tradition rapportée par Bailly dans le même ouvrage et regardée aussi par lui comme une fable. Les prêtres égvptiens racontaient donc encore , suivant cet astronome (i; , k que dans l espace de » II 340 ans on avait vu changer quatre fois le » cours du soleil. » Je ne m'arrêterai point au nombre des années que ces prêtres du paganisme assignaient à ces phénomènes, parce qu'on sait que les Egyptiens , à l'instar des Indiens et des Chinois , reculaient l'origine du monde afin de faire paraître leur pays plus ancien. Je dirai seulement que ces quatre fois dont parlaient ces

(i) Astronomie réduite jXoux. I, p. 89.

DFS PHYSICIENS MODERjN'KS. 29J

prêtres , sont : la première , quand le soleil après le péché d'Adam s élança vers le sud par l'effet de l'inclinaison de Taxe terrestre ; la seconde , lorsque après ce mouvement qui semblait devoir faire parcourir les pôles à cet astre, celui-ci par le mécanisme de la rotation de cet axe reprit un autre cours de l'orient vers l'occident , en ne suivant plus comme auparavant la ligne de l'équateur , mais la ligne oblique des tropiques ; la troisième , quand Josué arrêta la marche du soleil, et avec lui la rotation diurne de la terre , ce qui annonçait avec quelque vraisemblance que cet astre allait prendre un autre cours ; et la quatrième , lorsque Isaïe fit rétrograder l'ombre dans l'horloge d'Achaz. On voit clairement que de cette manière le soleil changea effectivement quatre fois son cours apparent ; comme l'affirmaient les prêtres égyptiens.

Ce qui me confirme encore dans l'opinion que l'axe terrestre n'a pas toujours été incliné , c'est l'usage pratiqué chez la plus haute antiquité de supputer le temps par les lunaisons , usage que les premiers hommes durent sans doute à Adam. En effet ce patriarche avant sa chute , devant voir le soleil parcourir constamment la ligne de l'équateur, n'avait point de moyen plus facile de connaître la marche du temps que par les néoménies ou retours de la lune. Il est vrai qu'il aurait pu diviser ce temps par les périodes annuelles des étoiles ; mais sa désobéissance lui en laissa-t-elle le loisir? Et dans ce cas il n'avait pas dû encore prendre pour mesure du temps , des astres dont l'expérience ne lui avait pas tait connaître le cours périodique. D'ailleurs jouissant d'un bonheur tranquille , et n'étant point encore excité par cette curiosité qui nous dévore , il lui suffisait d'avoir un signe qu'il pût recouvrer dans un court intervalle de temps.

Cif)6 ERREURS DÉVOILÉES

Ne pourrait- on pas comparer certains philosophes modernes à ces peuples anciens si renommés par leur savoirastronomique ? Ceux-ci s'étaient peu souciés de conserver les vraies notions de la divinité qu'Adam et puis Noé leur avaient transmises ; mais par un motif d'orgueil , ils avaient eu grand soin de recueillir et de transmettre à leur postérité ce qui regardait la science de l'astronomie : et pendant qu'ils s'enorgueillissaient de leur science profane , ils en vinrent à un tel excès d'aveuglement , qu'au lieu d'adorer leur créateur et le maître de la nature, ils prodiguèrent leurs adorations à de vils personnages, et même aux vices les plus honteux et aux plus stupides animaux. Que font malheureusement nos philosophes pour la plupart ? Dédaignant de s'enquérir des vérités divines que nous a enseignées la révélation , et de connaître et pratiquer ce qui regarde les devoirs de l'homme envers Dieu , ils saisissent avec avidité et enthousiasme les plus simples notions de la science humaine ; et alors infatués d'un vain savoir, on les voit s'écrier d'un air triomphant : Qui est semblable à nous ? quelle science peut aller de pair avec la nôtre? Et tout aussitôt expulsant Dieu de leur esprit ils mettent à sa place la matière brute créée qu'ils font souveraine de cet univers, et à laquelle ils accordent Tineéternitéqu'ils refusent à leur souverain Maître. Mais Dieu qui se rit du vain orgueil de l'homme, a semésurleurroute scientifique de fréquens écueils où toute leur science est venue faire naufrage , sans qu'ilss'en soient doutés encore. On l'a déjà pu voir en raccourci dans ce que j'ai dit seulement de la physique.

Nota bene. J'ai promis ci-devant de revenir sur certaines propriétés essentielles de l'atmosphère terrestre; et c'est ce que je vais faire.

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