ERREURS DÉVOILÉ«-S
les sels ? C'est ce qu'ils ignorent , et c'est ce que Dous expliquerons bientôt.
D'autres physiciens attribuent cette évaporation au feu seul; et ils s'imaginent « avoir par leurs » travaux, prouvé d une manière irrécusable que )) la formation des vapeurs est entièrement indé- » pendante de l'action de l'air, et qu'elle est due » tout entière à la puissance du calorique, (i) » MM. Danton et Gay-Lussac ont embrassé cette dernière opinion qui est fausse, si on l'admet sans restriction; tandis que la première approche beaucoup du vrai.
L évaporation s'effectue de deux manières , ou en plein air, ou eu vase clos. Dans les deux cas , ce sont les lumineuses qui, étendant leur atmosphère, soit par la chaleur de l'air ambiant , soit par celle d'un fourneau , sollicitent les aqueuses du liquide à étendre aussi leur enveloppe atmosphérique dont iignigène fourni également par les premières lumineuses, fait d'abord les frais.
Si c'est dans un vaisseau clos qu'a lieu lévaporation , les aqueuses atteintes les premières par l'action continuée du calorique ainsi incorporé , ajoutent à l'oxigène qu'elles avaient déjà, mais qui n'était pas suffisant pour les faire passer à l'état de vapeur, une partie de celui que possède encore la masse liquide qui le remplace promptement par de Iignigène; car l'on n'a pas oublié, sans doute, qu'à l'égard de celui-ci les lumineuses logées dans les pores en sont le véhicule, soit pour le transmettre au-dedans de la substance qui en a besoin , soit pour l'expulser au dehors. Si l'on évapore le liquide à la température ordinaire, la vapeursera d'abord peu abondante. Si l'on veut qu'elle augmente, il faudra élever la tempé-
(l) Voyea le Manuel de Physique, N" io5.
rature ; car alors l'ignigène , agissant plus fortement sur les aqueuses de cette masse , en dégage une nouvelle quantité d'oxigène qui se porte sur celles qui doivent s'évaporer; et plus la température s'élèvera , plus , jusqu'à un certain point , ce dégagement , cette absorption et cette évaporation seront considérables ; parce qu'alors il y aura , comme je viens de le dire, plus de particules oxigènes disponibles pour saturer les aqueuses qui doivent passer à l'état élastique. Cependant il est aisé de voir que , dans ce vaisseau clos , l'évaporation (i) doit avoir un terme, parce que les aqueuses , n'abandonnant chacune que quelques particules d'oxigène, ne peuvent pas donner à un grand nombre d'entre elles tout l'oxigène que nécessite l'état élastique; parce que cet état exige beaucoup plus de particules atmosphériques que la liquidité.
On conçoit bien que si le liquide est soumis à une forte pression , les lumineuses ayant alors moins d'aptitude à soulever ou à repousser les aqueuses de la surface , l'évaporation sera plus lente , de même qu'elle deviendra très rapide si cette pression est considérablement diminuée.
Le dégagement d'oxigène dont je viens de parler, est prouvé par une expérience connue. Quand, on veut retirer l'air interposé dans une masse aqueuse , et qu'on fractionne les produits pour les analyser séparément, on remarque qu'ils contiennent d'autant plus d'oxigène qu'ils sont recueillis plus tard. Le premier recueilli en contient de 11 à 23 pour loo , le second de aS à 26, et le dernier de 33 à 34 ("2). Or, l'air de l'atmosphère
(i) Il faut observer que ce n'est point de la distillation proprereent diie , que nous parlons ici.
(1) Voyez Thtuard, tom. II, p. 11, 5« cdit.
n'en contient que 21 suivant les chimistes, qui n'ont pas entrevu que cet excédant d'oxigène ^ dont il est ici question , provenait de celui abandonné par les molécules de l'eau , lorsqu'elle s'échauffait. Cet excédant a été enlevé par les aqueuses évaporées dont nous avons parlé précédemment , et qui ne sont pas interceptées , comme dans cette dernière expérience , par un tube plein d'eau , adapté au matras qui contient celle dont on veut retirer l'air.
Maintenant on peut voir pourquoi « il se forme » dans un espace déterminé, pourvu que la tem- » pérature soit égale , autant de vapeurs , que » cet espace soit vide, ou qu'il soit déjà occupé » par un fluide élastique d'une densité quelcon- » que. »{i)
Ce dernier phénomène a long-temps occupé les physiciens et les chimistes; mais il a été mal expliqué , parce qu'on s'est obstiné à regarder l'eau naturelle comme ayant un principe inflammable; et qu'on n'a pas vu qu'elle possédait des molécules-bases dont l'oxigène compose l'atmosphère ; et que pour qu'elle devienne gaz hydrogène , il faut qu'elle se dépouille de tout cet oxigène , en prenant en échange Tignigène.
Quand l'évaporation du liquide se fait à l'air libre, ce ne sont plus les molécules de l'eau , mais de l'air , qui fournissent l'oxigène nécessaire à la formation de la vapeur; parce que les aériennes les plus basses, communiquant avec les supérieures, reçoivent facilement de celles-ci les particules oxigènes dont elles ont besoin pour demeurer élastiques et que les aqueuses leur avaient enlevées : au lieu que dans un vaisseau clos celte compensation ne pouvant exister, les
(1) Voy«z Manuel de Pliysique,!^" io5.
DES PHYSICIENS MODERNES. l'JC)
aériennes conservent leur oxigène ; et c'est alors aux aqueuses à le fournir à celles de leurs semblables qui s'évnporent ; ce qui est d'autant plus aisé, que, dans ces aqueuses, il est remplacé en même temps par Tignigène qui afflue toujours là où il est nécessaire.
Lorsque cette eau qui s'évapore éprouve l'action d'un fourneau , les aqueuses les plus voisines du foyer amplifieront d'abord leur atmosphère aux dépens du calorique émis ; et se soulevant comme dans les cas précédens , mais en plus grand nombre, elles arriveront dans l'air où elles enlèveront à ses molécules nne partie de leur oxigène, en leur cédant en échange une petite portion du caloriqtie emprunté; et les aqueuses, de même que les aériennes, devenues ainsi plus légères, monteront dans une région plus élevée en entraînant avec elles les lumineuses qui , logées dans leurs pores , ont aussi pris une atmosphère plus étendiie. Or , c'est par ce troc bienfaisant qui s'effectue entre les diverses atmosphères, que l'air inférieur en se renouvelant nous délivre des miasmes qui nous seraient nuisibles.
Si les aqueuses n'enlevaient point cet oxigène à l'air libre , elles ne pourraient jamais devenir fluide élastique, et elles demeureraient sous la forme d'un brouillard très-épais, tant que cette absorption ne s'effectuerait pas. Ce brouillard n'aurait même pas lieu , si les aqueuses avaient une atmosphère fixe , c'est-à-dire non susceptible d'augmentation ; car elles resteraient dans l'état de liquidité , même au plus grand degré de chaleur, comme la silice isolée demeure compacte malgré le feu le plus violent, parce que ses molécules ne peuvent que très-peu agrandir leur enveloppe atmosphérique ; et que la force répulsive des atmosphères des lumineuses , qui sont dans les
pores , ne croît qu'à proportion que de nouvelles couches viennent, en certain nombre, se joindre aux atmosphères des opaques.
Il n'est pas besoin de dire que l'eau échauffée, surtout si elle a été soumise à un grand feu , aura un goût d'empyreume , parce qu'elle aura été dépouillée, en s'échauffant , d'une certaine quantité d'oxigène , remplacé par de l'ignigène ; ce qui arrive aussi à l'eau distillée.
Lorsque l'eau qu'on renferme exactement dans un vaisseau est échauffée à dessein de la changer en une vapeur élastique , alors comme la molécule aqueuse ne peut point s'emparer de l'oxigène de l'air avec lequel elle ne communique point , l'ignigène fourni par le fourneau lui forme une surenveloppe qui étend beaucoup son atmosphère : on doit dire la même chose de tout autre liquide.
D'après ce qui précède, on voit que les vapeurs aqueuses doivent toutes contenir de l'ignigène en plus ou en moins grande quantité ; c'est-à-dire que cet ignigène y sera moins abondant dans les pays froids , un peu plus dans ceux qui sont tempérés , et beaucoup plus dans les climats chauds ; surtout quand la vapeur se formera ou séjournera au-dessus des plages brûlantes et arides. On conçoit bien aussi que si l'ignigène acquis donne aux aqueuses, qui s'évaporent, la faculté d'enlever autant d'oxigène qu'il leur en faut pour passer à l'état de fluide élastique , elles devront s'en dessaisir à proportion qu'elles perdront de cet ignigène : de là les vents ou faibles ou violens, comme je l'ai déjà démontré.
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LIYRE DIXIEME.