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étaient aux extrémités vers les pôles devaient être plus froides ; et qu'il y en avait une du côté du midi aussi tempérée que colle que nous habitons du côté du septentrion ; qu'enfin il devait y avoir au delà comme en deçà del'équaleurjla môme inégalité des jours et la même vicissitude des saisons, selon la diversité des climats.
Les mathématiques n'allaient pas plus loin, et en attendant les lumières qu'elles ne pouvaient recevoir que de l'expérience, elles laissaient le reste à deviner aux physiciens. Ceux-ci, toujours fertiles enhypotlioses et en conjectures, avaient ajouté plusieurs choses aux démonstrations qu'ils avaient reçues des mathématiciens. Nous ne faisons que rapporter ici en peu de mots ce qu'on trouvera exposé dans un plus grand détail par Strabon et Cléoméde en grec, par Pline et Macrobe en latin; en un mot, par tous les anciens auteurs qui ont eu occasion de parler à fond sur ces matières.
Les physiciens, avançant toujours dans leurs conjectures, avaient conclu que les peuples qui étaient dans des quartiers ou parties différentes de la terre, ne pouvaient avoir une origine commune, et c'est ainsi que Cicéron, dans le Songe de Scipion^ en parlant des deux zones, qu'il regarde comme seules habitables, fait dire àScipion que ceux qui habitent la zone australe tempérée, sont d'une espèce toute différente de la nôtre, et n'ont rien de commun avec nous (1).
Cette dernière conclusion n'avait rien qui révoltAt les païens. Il est certain que, parmi eux, les uns croyaient que le monde n'avait jamais commencé, et dans les différents systèmes que les autres avaient inventés sur le
(1) Duo sunt habitabiles, quorum australisille, in quo qui insistunt advcrsa vobis urgent vesligia.-niliil ad vestnim gcnus.
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commencement du monde, et la propagation du genre humain, ils ne s'étaient jamais avisés de recourir à la création, qu'ils regardaient même comme impossible. Ils croyaient assez communément que le hasard, ou si l'on veut, la providence des dieux, avait fait naître delà terre, et comme dispersé en différents pays quelques hommes, dont les autres étaient ensuite descendus. On sait les fables que les Égyptiens débitaient sur leur origine. On connaît la tradition des Arcadiens, qui prétendaient que leurs ancêtres avaient paru au monde avant la lune ; et plusieurs peuples, en particulier les Athéniens, faisaient gloire de ne devoir leur première origine qu'à la terre qu'ils habitaient , et de pouvoir regarder leur chère patrie, comme leur mère et leur nourrice (1).
Il n'était donc pas étonnant que tous ceux, qui croyaient qu'il y avait des Antipodes, soutinssent en même temps que ces Antipodes étaient des hommes d'une autre espèce, et qui avaient une origine différente de la nôtre. Tout cela s'accordait parfaitement bien avec la théologie païenne ; mais, les chrétiens ont toujours regardé comme un article fondamental de leur croyance, ce que les livres sacrés nous apprennent de la créalion du ciel et delà terre : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre (2\ » et de la création du premier homme, duquel tous les autres hommes sont depuis descendus, « Dieu a fait naître d'un seul toute la race des hommes, et il leur a donné pour demeure toute l'étendue de la terre (1). »
Ainsi quandles philosophes païens parlaient aux chré-
(1) Voyez Isocrate, vers le commencement de son Vancyiir'qiie.
(2) lu priucipio creavit Deus coeluia et teriam. {Genèse, lib. I, cap. i, verset 1.)
(3) Fecitque ex uno orane genus hominum inhabitare super miiversaiu faciéin terrœ. {Acla A^ostolorum, cnp. xvii, verset 26.)
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liens, des Antipodes selon les idées qu'ils en avaient, les lins, comme Lactance, prenaient le parti de nier jusqu'aux principes et aux démonstrations que les mathématiques avaient fournis là-dessus, et auxquels les physiciens avaient ajouté leurs hypothèses (1). D'autres, plus prudents et plus éclairés, en avouant, ou du moins sans rejeter ouvertement ce que les mathématiques avaient pu démontrer sur la figure de la terre, s'arrêtaient à révoquer en doute les conjectures que les physiciens avaient ajoutées aux démonstrations mathématiques.
C'est le partr'que prit fort sagement saint Augustin, dans le sixième livre de la Cité de Dieu. Il s'était proposé la question, s'il y avait jamais eu des hommes tels que l'histoire profane les représentait, par exemple, des nations entières de cydopes, qui n'eussent qu'un œil au milieu du front ; des géants d'une stature prodigieuse, des pygméesdontlahauteur ne fût que d'une coudée, etc.; et sans entrer dans le détail de tout ce que les historiens en avaient dit, il répond en général que peut-être tout ee qu'on raconte de merveilleux et d'extraordinaire dans ce genre n'est pas vrai ; que, supposé que cela soit vrai, peut-être ce ne sont pas des hommes ; mais qu'enfin si ce sont de véritables hommes auxquels on puisse appliquer la définition ordinaire de l'homme, il faut qu'ils descendent, comme tous les autres, du premier père de tous les hommes (2).
Saint Augustin vient après cela à examiner si la partie de la terre, qui est au-dessous de nous, et qui est di*
(1) Institut., lib. III, cap, xxiv.
(2) Ut istam qua?stionem pedefenfim cantcqne conclndam : aiit ill.i, qiiifi t.'ilia de quibufdam gcnlibiis scripla siint, omnino milla siint; aiit ?i sunt, homines non s^nt; aut ac Adam surit, si lioniincs sunt. (Cap. Yiii, in lin.)
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rectement opposée à celle que nous habitons, est habitée par des Antipodes. Il est bon défaire attention aux termes dans lesquels il propose la question : An inferiorem partem terrœ quœ nostrse habit ationi contraria est^ Antipodas habere credendum sit ? Ce titre seul marque bien nettement ce que saint Augustin pensait. Il ne doutait pas que la terre fût ronde, et qu'une partie de cette terre fût en dessous de la partie que nous habitons, inferiorem terrœ ■partem. Il savait bien que l'une était diamétralement opposée à l'autre : quœ nostrœ habitationi contraria est. Il savait bien tout cela : il le suppose et ne fait aucune difliculté là-dessus. Il demande seulement si cette partie de la terre, qu'il reconnaît être au-dessous de nous, et diamétralement opposée à celle que nous habitons, est effectivement habitée par des Antipodes ; s'il faut croire tout ce que les philosoph es disaient là-dessus . C'est là toute la question. El lorsqu'il traite de fables ce qu'on disait des Antipodes, il n'y a qu'à suivre sa pensée, pour se persuader qu'il ne dit rien que de fort judicieux. Il remarque premièrement que ceux qui assuraient que cette partie de la terre était efTectivement habitée par des Antipodes, étaient obligés d'avouer qu'ils n'avaient aucune histoire qui leur eût appris un fait tel que celui-là, et qu'ils n'en raisonnaient que par conjecture et comme en devinant (1) ; que leurs conjectures étaient appuyées sur la situation de la terre, qui se trouve suspendue au milieu du ciel, c'est-à-dire partout également éloignée de la surface du ciel, et par conséquent à l'endroit le plus bas du monde; que de là ils tiraient cette conséquence, qu'il fallait que la partie de la terre qui est au-dessous de nous,
(1) Neque lioc uUa historica cognitione didicisse se affirmant, sed quasi ratiocinaudo coujectant. (Cap. u.)
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fût actueliemeul habitée peir des hommes aussi bien que celle que nous habitons (1).
Saint Augustin répond à cela que, dans ce raisonnement , il fallait faire une grande différence entre les principes et les conséquences, qu'on ne tirait de ces principes que par conjectures ; que la vérité des principes n'empêchait point qu'on ne doutât des conjectures, qui n'étaient pas bien liées avec ces principes; par exemple, qu'on pouvait fort bien reconnaître que la terre était ronde, sans être obligé d'avouer {non tamen esse cunseqvens)^ qu'elle fût également habitée de tous côtés ; que la terre même étant ronde, il pourrait se faire que la parlio de la terre oii l'on plaçait les Antipodes, était toute couverte d'eau, et n'était qu'une grande mer ; que quand même la mer s'étant retirée, la terre serait là, comme ici, propre à l'habitation des hommes, il ne s'ensuivrait pas pour cela qu'elle fût effectivement habitée ; que dédire, comme le disaient en ce temps-là les philnsophes, que cette partie de la terre fût effectivement habitée par des Antipodes, tels qu'ils se les figuraient, et qui ne descendissent point d'Adam, ce serait donner un démenti à l'Ecriture Sainte, qui méritait bien notre créance dans le récit qu'elle faisait des choses passées, puisque nous avions devant nos yeux l'accomplissement de ses proi)hélies,et des événements qu'elle nous avait annoncés avant qu'ils arrivassent ; que cette Ecriture nous obligeait de croire qu'il ne pouvait y avoir sur la terre aucun iiomme qui ne fût venu d'Adam, et que ceux mêmes qui soutenaient
(1) Eo qiiod intra conveia cœli terra suspensa sil, eumdemque locum muiuliis tiabeal, et iufiiiiuin, et uiediuia: et ex hoc opinantur alterain terra; parteia, qna; iufra est, habitatioue hoiuiiiuin carere non posse.
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le système des Antipodes, étaient les premiers à reconnaître qu'il serait ridicule de dire que des hommes auraient passé de notre terre dans celle des Antipodes, en faisant le trajet de ce vaste océan, qui séparait notre terre /l'avec la leur; que, puisqu'on avouait qu'il ne pourrait y avoir d'Antipodes qui ne fussent venus d'Adam, il fallait avouer aussi qu'il n'y avait point d'hommes qui nous fussent Antipodes.
C'est là, ce nous semhle,le sentiment de saint Augustin, et nous n'avons rapporté plus au long toute la suite de son discours, que pour faire voir quel était le raisonnement de ce grand docteur, et en même temps quelle était l'idée de son siècle sur les Antipodes. Tout se réduit à ce raisonnement très-court et très-sensible : les philosophes qui ne parlent de l'existence des Antipodes que par conjectures, prétendent que ces Antipodes ne peuvent être enfants d'Adam : or, la Sainte Ecriture nous apprend que tous les hommes sont venus d'Adam. Il n'est donc pas possible d'accorder ce que l'Écriture Sainte nous apprend, avec les conjectures des philosophes sur les Antipodes : il faut donc regarder ces conjectures comme des fables, et n'y ajouter aucune foi. Quod vero et Antipodas esse fabulantur,.. nulla rotione credendum est{i).
Il paraît encore, par toute la suite du raisonnement de saint Augustin, que, quelque raisonnal)le que fût son doute sur tout ce qu'on racontait des cyclopes, des pygmées et des autres fictions des poètes ou de quelques historiens romains, il était prêt à les reconnaître pour des hommes véritables, pourvu qu'on voulût avouer qu'ils descendaient tous d'Adam. On voit aussi qu'il était dans
(1) Cap. IX.
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la même disposition à l'égard des Antipodes, et qu'il n'eût fait aucune difficulté de reconnaître que cette partie de la terre, qui nous est directement opposée, était effectivement habitée ; si les philosophes eussent pu ajouter à leurs conjectures, que ces Antipodes étaient venus d'Adam comme les autres hommes, et quelazono torride n'avait pas toujours été impraticable.
Tout ceci nous ramène naturellement au pape Zacharie.
Il est certain que de son temps on n'avait fait aucune nouvelle découverte sur les Antipodes, et qu'on était encore, en ce temps-là, dans les mêmes idées que du temps de saint Augustin, c'est-à-dire que, dans le milieu du vin" siècle de l'Église, on pensait là-dessus tout comme on faisait à la fin du iv® et au cfimmencement du v^On reconnaissaitvolonticrsceque les mathématiques avaient démontré ; mais on attendait le témoignage de l'expérience et de l'histoire, pour se rendre aux conjectures desphysiciens. Ontrait.'ùt même cesconjeclures de fa])lcs et d'erreurs, lorsque, de la manière dont les physiciens les proposaient, elles se trouvaient contraires aux articles de notre foi.
Ainsi, quand même Yirgile aurait dit simplement qu'il y avait des Antipodes; quand môme le pape Zacharie l'aurait uniquement condamné pour cela (nous avons montré que l'un et l'autre de ces faits est faux), mais quand ils seraient tous deux vrais, la censure du pape, bien loin d'être ridicule, aurfdt été légitime, et trèsexacte, et très-judicieuse. Jusqu'à ce quun homme s'explique bien nettement, et qu'il déclare qu'en se servant de certains termes , il ne prétend pas dire ce que ces termes signifient partout ailleurs, les juges ecclésias-
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tiques, et même les séculiers, ont droit de supposer qu'il attache à ces expressions le sens qu'elles ont dans le langage ordinaire de tous les hommes. Par conséqneul, le pape Zacharie aurait eu droit de croire que Virgile, en soutenant qu'il y avait des Antipodes, soutenait qu'il y avait des hommes qui ne venaient pas d'Adam, qui n'avaient pas le péché originel, qui n'avaient pas de part à la mort de Jésus-Christ, aui n'étaient pas appelés à l'Évangile, et ce sentiment aurait été assurément tri'scondamnable en ce temps-là, comme il le serait encore aujourd'hui.
Nous croyons avoir bien prouvé deux choses : la première est que le pape Zacharie n'a jamais déclaré Virgile hérétique, pour avoir dit qu'il y avait des Antipodes ; la seconde est que, quand bien même le pape Zacharie, dans le viii® siècle, aurait condamné le sentiment de ceux qui soutenaient le système des Antipodes, on n'aurait point droit de parler aujourd'hui là-dessus comme l'on fait, et de tourner en plaisanterie une condamnation qui etit été très-sage, et même très-nécessaire par rapport aux idées de ce temps-là (1).
(1) Voir, sur la curieuse question qui fait l'ohjot de cet article, les Mémoires lie Trévoux, 1737, août, p. I'i45-14CG, pour de plus aaiples détails.
TABLE DES MAÏIÈUES.
La Papesse Jeanne .^^
L'Inquisition ^^
Galilée, martyr de l'Inquisiliou ^ , ,^
Les Rois fainéants ^.^.^
L'usurpation de Hugues Capet ^'^^
La Saint-Bartliélemy ^^^
L'Homme au Masque de fer ^^^
Le Père Lorlquet ^^.^
L'évêque \irgile et les Anlipodoi
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