‹ Erreurs sociales et maladies moralesChapitre 20 sur 93 · Béquard, Revue scientifique, 11 avril · texte numérisé non relu

Béquard, Revue scientifique, 11 avril

libraire juré de TUniversité de Paris, et devenu alchimiste par un coup de fortune. Dans le livre d'Abraham Juif, qu'il passa vingt-quatre ans à déchiffrer, il apprit le secret de la transmutation des métaux et acquit d'immenses richesses. Homme modeste et craignant Dieu, il en fit un bel usage dont le sort de son âme et Tintérêt des vivants tirèrent un parti également avantageux : il fonda 14 hospices, bâtit 27 chapelles, dota 17 églises, et sa femme Pernelle, honnête et douce créature, Tencourageait dans ses desseins méritoires.

Une autre version, il est vrai, plus vraisemblable, court sur l'origine des trésors qu'amassa le libraire juré. Il aurait été agréé comme dépositaire de leurs biens par les Juifs persécutés et, quand l'un ou l'autre de ces derniers mourait en exil, Nicolas Flamel héritait du dépôt à lui confié. Le livre d'Abraham Juif n'était qu'une façon d'allégorie, tendant à rappeler que c'est à ses relations d'affaires avec les Juifs que Nicolas Flamel devint le bourgeois le plus riche de la Cité.

J'y consens, encore que la légende se recommande par une saveur d'archaïsme plus coloré. Seulement, il existe d'autres livres d'alchimie que ceux d'Abraham Juif, et il serait curieux d'extraire de ces vieux grimoires les quelques parcelles de vérité qu'ils pourraient contenir. Nos pères, dans leurs essais d'une puérilité laborieuse, n'ont pas dû amon-

celer que des erreurs. Nicolas Flamel a-t-il jamais poussé des recherches dans ce sens et la légende aurait-elle en partie raison ? Quand on hésite sur un point d'histoire, l'examen des lieux aide parfois à la solution du problème. Dans ma promenade rue de Montmorency, j'ai eu heaume camper devant la façade, aucun renseignement n*est sorti pour moi de ces vieux murs et je n'ai vu, sur le pas de la porte, qu'une fille, pas élégante du tout, qui me regardait d'un air étonné.

Revenons aux snobs; leur compagnie fait toujours plaisir. — Ils ont des froncements de sourcil terribles et des haussements d'épaules péremptoires. — Et quelle ironie vengeresse pour accueillir les notions qui sortent de leur horizon coutumier! Bouvard et Pécuchet faisaient de l'esprit ; malheureusement, en matière de science, cet exercice expose à de grosses bévues. On rit, donc on ne s'enquiert pas. Au xvii® siècle Guy Patin passait pour le doyen le plus spirituel de son siècle : tous les progrès trouvèrent en lui un adversaire résolu. Dès qu'il s'agissait d'aller de l'avant, ses sourcils se plissaient et il exprimait son indignation dans des propos d'une grossièreté hargneuse.

\ En même temps que la pierre philosophale, découvrirons-nous un jour des forces psychiques • inconnues?

Aujourd'hui, des manifestations singulières, télépathie, extériorisation de la sensibilité, de la motricité, inspirent la matière de publications multiples. M. Emile Boirac^ a classé ces phénomènes sous la rubrique générale : Psychologie inconnue. Convient-il, dès aujourd'hui, d'en admettre la réalité ? La prudence commande d'avancer avec précaution. Maintes fois, de simples coïncidences, des supercheries intéressées annulent la valeur des résultats. Une source de difficultés très réelles découle de cette cause d'erreur; seulement, ce n'est point une raison pour déclarer qu'en pareille matière tout est faux, truqué et sans intérêt.

Il n'y a pas longtemps, les expériences d'hypnotisme étaient délaissées entre les mains des empiriques ; on se comporte de même aujourd'hui avec les phénomènes que M. Boirac appelle magnétoïdes et spiritoïdes et qui semblent impliquer des causes encore inconnues de nature physique très probable, plus ou moins analogues aux forces rayonnantes connues : lumière, chaleur, électricité, magnétisme, énergie radio-active. Comme hier, nous trouvons aujourd'hui des médecins qui tracent une hgne de frontière à la science : « Tu n'iras pas plus loin », commandent-ils, et ils se posent en sentinelles. Si la science a marché, au

\. La Psychologie inconnue, par Emile Boirac, Alcan, édit., 1908. Prix, 2 fr. ?J0.

cours des siècles^ vraiment ce n'est point la faute de cette sorte d'esprits.

Personnellement, nous avouons au cours des séances spirites n'avoir jamais été témoin de faits bien extraordinaires. Seulement d'autres ont vu^ aussi bien et mieux qualifiés que nous-même, et dans des conditions qui ne semblent pas laisser prise au doute. L'existence d'une forme d'énergie spéciale qui émane du corps humain n'a rien qui puisse surprendre ; exerce-t-elle des effets moteurs à distance, est-elle capable d'extérioriser la sensibilité, de transmettre la pensée. C'est à vérifier encore, mais dans l'évolution actuelle des sciences physiques et à notre époque de télégraphie sans fil, non à rejeter de prime abord et comme le fruit d'une imagination déréglée.

La suggestion, sans doute, rend compte de nombre de manifestations psychiques ; elle ne les explique pas toutes. Le magnétisme animal demeure intact. Il appartient aux savants de démêler dans quelle mesure. Rien n'est plus contraire à l'esprit scientifique que les haussements d'épaules qui tiennent lieu d'arguments. Le magnétisme animal engendre-t-il des eff'ets propres et réels \ dans des conditions expérimentales d'oii l'hypnotisme et la suggestion ont été rigoureusement exclus? Nombre d'auteurs n'hésitent pas à répondre par l'affirmative. Le magnétisme animal est une forme d'énergie nettement diff'érenciée.

Certains sujets y sont particulièrement sensibles, d'autres beaucoup moins. On dirait que les premiers arrêtent l'énergie magnétique, la conservent, l'accumulent dans leur propre organisme. Ce sont de mauvais conducteurs qui rappellent les corps isolants en matière d'électricité. Les seconds, au contraire, seraient des conducteurs trop parfaits ; chargés d'énergie magnétique, ils la laissent circuler et s'écouler au dehors silencieusement, sans en ressentir la moindre impression sensible.

Cette hypothèse, imaginée par M. Boirac, tend à nous expliquer les réactions si inégales qui atteignent les individus soumis à une môme influence magnétique. Il ne s'agit ici que d'une interprétation provisoire que d'autres faits viendront peut-être démentir demain. Pour l'instant, il suffit que les médecins se rappellent qu'il n'existe pas deux sortes de faits : les faits scientifiques et ceux qui ne le sont pas. « Les premiers, seuls dignes d'être étudiés ; les seconds hérétiques, excommuniés, bons à traiter par l'indifférence ou le mépris. » La science n'est point divisée en deux chapitres : celle qu'on adopte et celle qu'on adroit de rejeter. Un fait existe ou il n'existe pas. Fût-il rare, fugitif, incertain dans sa production, ce qui importe, c'est d'établir une fois pour toutes sa réalité indiscutable.

Fausses sciences, sciences vraies, les unes et les

autres n'admettent ni le sourire, ni la crédulité sans bornes.

Le progrès de lumières dans les intelligences ne s'est jusqu'aujourd'hui affirmé que par l'indigence d'esprit ou l'absence de critique qu'accuse l'expression de ce double mode de jugement.

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