LES DOGMES ET L IINTOLÉRANCE SCIENTIFIQUE
On est mal fondé d'inscrire en son nom des vérités définitives. Telle est pourtant la faute journellement commise. Intolérants, parce qu'ils se piquent de prononcer au nom de réalités indiscutables^ les dogmes scientifiques ne laissent pas, dans maintes circonstances, de crouler misérablement, alors môme qu'ils semblaient délier les critiques les plus attentives. Rien d'instructif à cet égard, non pas seulement dans le sens médical, mais encore au point de vue psychologique, comme certaines recherches modernes qui ont trait au système nerveux. Il y a trente ans, Bouillaud avait déclaré que le centre du langage articulé occupait les lobes antérieurs du cerveau. Toute atteinte à l'intégrité de ce centre provoquait des troubles et la paralysie dans l'articulation des mots (aphasie). Sur une autopsie dont M. Pierre Marie * démontre la fragilité de signification, M. Broca place, avec hésitation d'abord, le siège de l'aphasie dans la troisième circonvolution frontale gauche. Peu à peu Thypothèse prend corps ; elle se fixe en dépit des faits contraires qui viennent lui infliger l'entorse d'un démenti. Vulpian, dans son cours de 1864, cite deux cas d'aphasie sans lésion des lobes antérieurs. Mais les objections tombent aussitôt soulevées ; pour éteindre l'éclat de prestige qui les recommande, il y a l'autorité de Bouillaud