Ibid.f p
que Tentreprise capitale, dans une œuvre d'éducation, est d'éclairer Tesprit. Ce qu'il faut, c'est « pétrir le caractère, l'incliner, le fixer à des habitudes par un long, pénible et patient dressage. » (J. Bourdeau.)
En dehors des croyances religieuses, il n'est pas de procédé éducateur qui ait fourni ses preuves. Les nobles doctrines de la justice divine et de l'immortalité seules mettent en garde l'esprit de Tenfant, développent ses facultés de résistance contre le mal, et, comme la santé assure l'harmonie des fonctions dans le corps vivant, ainsi elles maintiennent le respect de Tordre dans les groupements sociaux. Depuis que les civilisations ont vu le jour, pareille action s'est exercée au grand bienfait des peuples. Le christianisme surtout a appporté avec lui des semences fécondes. La raison du plus grand docteur ne peut que constater ces vérités élémentaires. Viendrait-elle à formuler des préceptes en contradiction avec elles, quelque éloquence qui soit apportée à leur expression, les désastres ne tarderaient pas.
A celui qui se plonge dans nos vieux auteurs de médecine, une surprise l'attend : l'abus fait de la raison pour justifier les interprétations les plus fantaisistes. Tous ces maîtres d'autrefois déduisent leurs conclusions d'une chaîne de raisonnements serrée ; pas un anneau logique ne manque. Les
arguments se coordonnent, se pressent en formules irréfutables et compactes. Comment la certitude ne jaillirait-elle pas ? Aussi bien, la conviction de ces braves gens était entière; maîtres et élèves ignoraient le doute. La vérité illuminait leur àme. Les invectives et la honte rejaillissaient sur les incrédules et les débiles fermés à l'évidence. Il fallait être de mauvaise foi ou de pensée singulièrement bornée pour résister à une accumulation de preuves inspirées par le jugement le mieux informé et la raison la plus lucide. C'est au nom du bon sens que la circulation du sang fut frappée d'anathème sous Louis XIV. Un savant qui dédaigne une découverte, un médecin qui soigne mal un malade, ont toujours la raison pour eux. Pour justifier n'importe quelle erreur, elle est toujours là. Les progrès de la médecine n'ont commencé que du jour oii la raison a été sévèrement mise en tutelle et soumise aux ordres de l'observation.
Particularité bien curieuse. C'est à Fépoque oii l'observation commençait à régner en médecine qu'elle fut exclue de la politique et de la morale. Rousseau et les encyclopédistes invoquèrent la raison dans le gouvernement des sociétés, alors que les médecins demeuraient confondus de la stagnation sur place, quand ce n'étaient pas des reculs, que cette raison leur avait value aux siècles où elle était souveraine. Le point de vue meta-
physique qui ajuste et disloque le régime d'une vie nationale sur un appareil de raisonnements a priori, c'est celui qui est accepté de nos jours. Dans Toeuvre historique, — je ne dis pas religieuse, — de Renan ^ dans celle tout entière de Fustel de Coulanges ^, la niaiserie d'un pareil point de départ est vingt fois accusée en termes démonstratifs. Prenons un exemple. Quoi de plus « théoriquement absurde » que la propriété des charges de la magistrature? dit Renan. Et cependant, ce magistrat qui achetait sa charge offrait beaucoup plus de garanties d'indépendance et de fermeté que le magistrat fonctionnaire. Ici, je cite Renan au complet : « La conception féodale, écrit-il, d'après laquelle le roi possédait sa couronne par le droit de l'épée, comme le sujet possédait ses franchises, est l'inverse de la raison. S'il est au contraire une conception logique, c'est celle de la souveraineté envisagée comme une délégation de la société. L histoire démontre que la première notion, tout absurde qu'elle est, a produit le meilleur état politique que le monde ait connu, que la supériorité delà civilisation moderne sur celle de l'antiquité tient à ce que la royauté n'a été durant des siècles parmi nous qu'une grosse métairie envers laquelle on était quitte, une fois