‹ Erreurs sociales et maladies moralesChapitre 46 sur 93 · LE PACIFISME · texte numérisé non relu

LE PACIFISME

vite s'arrange de manière à supprimer les obstacles, c'en est fait de la personnalité humaine. Nous ne serons pas loin de vivre dans cette planète d'idiots se chauffant au soleil que nous avait jadis annoncée Renan.

Au contraire^ quand la collectivité souffre, les individus gagnent; j'entends, naturellement, les hommes libres dont l'intelligence n'est point asservie à l'accomplissement d'une besogne officielle. Les guerres, qui sont une chose abominable, relèvent les cœurs. L'ébranlement émotif assène un coup de fouet à la sensibilité. Les impulsions inférieures et cruelles surgissent dans le feu du combat; dans la période de calme qui fait suite, les avantages se dessinent. Les aspirations généreuses se dégagent, écrasant les sentiments égoïstes qui régnaient dans les jours d'abandon et de mollesse. C'en est fini des paroles pompeuses destinées à donner le change. L'envie et la haine ne se dérobent plus derrière l'étalage du verbiage humanitaire. L'homme ferme et sûr de soi avance grandi par l'épreuve et ouvert, par Fexpérience cruelle, au mécanisme des réalités.

Ce lien qui unit la prospérité et Tafiaissement des caractères, comme il assemble, dans un nœud tout aussi serré, le deuil des sociétés et la hauteur des âmes, semble appartenir à une sorte de loi de balancement : ce qui fait le bien d'un côté détermine le mal de l'autre.

Emus par tout ce que les guerres enferment creffréné et d'atroce, des esprits ingénus se sont érigés en promoteurs d'une ligue pour la paix. Leur tentative est généreuse et digne d'applaudissement. Malheureusement, la paix n'est jamais complète. Quand la guerre ne se livre pas sur les frontières, elle éclate entre individus de la même nation. L'homme demeure une bête de proie, il lui faut des victimes. Si la guerre étrangère est cruelle, la guerre civile, à une horreur égale, adjoint des explosions passionnelles plus viles encore.

Les sentiments de haine qui atteignent l'étranger se doublent, dans la guerre civile, des sentiments d'envie à l'égard des compatriotes. Les ligues pour la paix ne doivent pas seulement gémir sur le sort des armées ; elles agiraient d'une façon plus efficace en cherchant à réaliser l'union et la concorde entre les citoyens d'un même pays.

Mais la sympathie ne va pas aux natures méritantes et droites ; elle réserve toutes ses tendresses aux âmes déchues et souillées. Les criminels et les filles perdues, voilà l'objet où s'attache l'intérêt public et qui attendrit la sensibilité des rhéteurs.

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