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CHAPITRE XII

La désobéissance des enfants, réserve faite pour certaines natures particulièrement impulsives et indomptables, sort directement des principes d'individualisme, disons plus simplement d'égoïsme, adoptés parles parents. Le père ne songe qu'à soi, à son intérêt, à son ambition; la femme ramène le monde à la satisfaction de son orgueil et de ses caprices.

Les remontrances, les objurgations violentes, voire les coups ne servent de rien. Ils ne font qu'enfoncer l'enfant dans son obstination et son mutisme. Deux seules conditions morales ont pouvoir d'imprimer au gamin révolté le sentiment de l'obéissance : la fermeté et l'exemple. Affectueuse dans le train ordinaire des choses, la fermeté de ses parents se fera sévère quand une faute aura été commise. Pas de longs discours, pas de phrases attendrissantes, pas d'éclats de voix. Ou si la co-

lèie, qui est toujours une faiblesse, part en explosion, que ce fracas ne soit pas de durée. L'enfant s'irrite de la répétition tumultueuse des mêmes reproches. Il en a assez et suit, les yeux mauvais, les péripéties de l'orage. Quel fruit attendre d'une semblable méthode? D'autant que la colère épuise la résistance et émousse la fermeté. Un père qui se Hvre à ces véhémences furieuses y perd toute son énergie. Avant la scène, il disait : non. Maintenant, il consent. Excellent encouragement à l'enfant qui commencera demain.

Joignons que la mère est loin de remplir, dans l'espèce, un rôle de collaboratrice toujours utile. Soit aveuglement de tendresse, soit égoïsme, soit esprit de contradiction, elle console l'enfant des bourrades du père et l'embrasse à la dérobée dans un coin. Ou bien si l'orgueil, — « cet orgueil impérieux et superbe des femmes qui prétendent tout savoir sans avoir rien appris, » — inspire ses décisions, elle se complaira à contredire son mari. Quelle satisfaction de manifester sa supériorité en refusant de reconnaître une vérité qu'elle n'a pas émise la première ! « Si le mari fait observer à une de ces femmes qu'elle commet une imprudence dangereuse pour l'enfant, qu'elle dit ou fait le contraire de ce que la raison ou l'hygiène commande » (Proal '), la femme le toise d'un de ces regards

l. Proal, LÉducalion et le Suicide des enfants, p. 45. Paris, Alcan, édit., 1907. Bibliothèque de philosophie contemporaine.

qu'elle sait prendre pour écraser l'imprudent. Gare au pauvre diable. La conversation qui fera suite risque fort d'être dépourvue d'aménité. Le malheureux n'ose lever la tête et aura bien à faire pour obtenir son pardon.

Il n'y a pas que la fermeté, les parents doivent l'exemple. L'exemple de la justice à l'égard des leurs, de l'honnêteté scrupuleuse, du travail. Il faut un ensemble de qualités qui imposent le respect. L'autorité ne s'attache aux paroles qu'à ce prix. Sinon ce sont des réprimandes dans le désert. L'enfant n'est nullement impressionné par l'éloquence verbale. La conduite des parents, leur marche dans le droit chemin, le mépris qu'ils manifestent à l'égard des actions déloyales et basses, leur horreur pour l'hypocrisie, le mensonge, la fierté de leur âme qui se refuse à tout compromis de conscience, voilà les éclaireurs qui assurent la route et permettent de mener à bonne fin les étapes d'une éducation infantile. L'enfant observe ses parents, ses jugements, dessinés à gros traits, ignorent la délicatesse des nuances. Les parents sont à ses yeux ou bons ou mauvais. S'ils sont bons, il obéit; s'ils sont mauvais, il regimbe.

Sans doute les révoltes de l'enfant sont subordonnées à la vivacité de ses impressions. Les natures molles se soumettent aisément : pour les autres, celles qui sentent avec feu, il faut bien des habiletés et des ménagements. On opérera bien

plus par suggestion que par contrainte ; les suggestions formulées avec douceur auront chance de pénétrer, si tout un système d'éducation suivi et ferme a été préalablement organisé par des parents affectueux et droits.

Un enfant qui ne sait pas obéir deviendra dans la vie un être volontaire, impérieux et fantasque. Les exigences du premier âge se changeront en tyrannie dans l'âge mûr. L'enfant mal élevé ignorera les obstacles; s'il en rencontre, la colère qu'il éprouvera de subir une entrave le poussera à des actes de violence ou de désespoir. « Celui auquel on n'a jamais résisté, ne pourra résister à la vie », disait Sénèque.

M. Proal cite plusieurs exemples de suicides accomplis dans ces conditions. Un jeune homme auquel on refusa l'autorisation d'un voyage, prit un revolver et se brûla la cervelle. Un autre, prié de sortir et d'aller habiter un logement séparé, se rendit dans sa chambre et s'empoisonna avec du cyanure de potassium.

De tels malheurs inspirent une si grande pitié qu'on hésite presque à en rattacher la cause initiale à la responsabihté trop réelle des pauvres parents.

Il est vrai qu'ils s'empressent de se mettre à l'abri de semblables ennuis ; le chiffre des naissances ne suffit pas à balancer le nombre des décès. Le mouvement de la dépopulation s'accentue et ce résultat est admirable.

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