‹ Erythrocytes et AnoxieChapitre 10 sur 35 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L'étude des modifications des éléments sanguins en altitude a été l’objet de nombreuses recherches, surtout en ce qui concerne les globules rouges. Ces cellules, qui sont les transporteurs de Foxygène, vont en effet constituer l’un des principaux éléments sur lesquels l’organisme, placé en dépression baromètrique, va pouvoir s’appuyer pour lutter contre le déficit en oxygène qui découle de cette dernière.

Au cours de son évolution, l’étude du problème s’est présentée sous deux aspects. En effet, le séjour en haute montagne, d'une part, la navigation aérienne, d'autre part, réalisent des conditions totalement différentes.

Alors que le mal de l'altitude a été observé depuis l'antiquité, c’est seulement depuis moins d’un siècle que l’on sait sa liaison étroite avec le

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déficit de l'apport oxygéné aux tissus. En effet, les troubles éprouvés par des sujets s’élevant au delà d’une altitude de 2.000 à 3.000 mètres ont toujours été bien connus des ascensionnistes. Nommés « Mal des Montagnes » en Europe, « Soroche » ou « Punas » dans la Cordillière des Andes, « Bies » dans l'Himalaya, ils sont caractérisés par une asthénie et des troubles neuro-végétatifs divers, pouvant aller jusqu’à la syncope. Pourtant physiologistes et médecins ont, pendant longtemps, donné de ces phénomènes des interprétations fantaisistes, et il faut attendre la deuxiéme moitié du 19° siècle pour que l’on songe à les attribuer à la dépression barométrique.

En effet, en 1863, JOURDANET (43), au cours d’un séjour en Amérique du Sud, étudie le « Mal des Montagnes », et établit que ce mal est provoqué par la diminution de l'oxygène sanguin, qu'il appelle « anoxyhémie ».

En 1882, Paul BERT (11) « premier médecin de PAir » reprend les travaux de JOURDANET.

Il met en évidence

— d'une part, que certains sujets résistent mieux que d’autres à « Panoxyhémie ».

— d'autre part, que certaines populations vivent normalement dans des régions d’altitudes supérieures à 3.090 m.

En conséquence, il admet qu'il existe une possibilité d’acclimatation à la dépression barométrique, et que, même chez le sujet vivant normalement à pression atmosphérique normale, il existe des réactions de défense susceptibles de le protéger, et d’éfficacité variable d’un individu à Pautre.

ondes dès:

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Paul BERT émet l'hypothèse que cette adaptation se fait par l’intermédiaire du sang «soit par modifications dans la nature ou la quantité d'hémoglobine, soit par une augmentation du nombre des hématies », de telle sorte qu'il y ait dans le sang toujours la même quantité d’oxygène. Mais il donne à cette adaptation un caractère héréditaire, n’arrivant à « son complet développement qu’au bout de générations successives ».

Réalisant ensuite des expériences en caisson pneumatique, il essaie de démontrer la première partie de son hypothèse, c’est à dire « une modification dans la nature ou la quantité d’hémoglobine ». JOLYET ayant montré que le sang pourri, agité à l’air, absorbe la même quantité d’oxygène que le sang frais, P. BERT se fait envoyer de la Paz (3.700 niètres) divers échantillons d’herbivores vivant dans cette contrée. II constate qu'ils absorbent de 17 à 20% d'oxygène, alors que le sang d'animaux vivant en plaine n’en absorbe que 10 à 12%. Par la suite, d’ailleurs; l'exactitude de ces derniers chiffres à été discutée par JOLYET et QUINQUAUD {J. SELLIER, 1985) (79). Mais cette théorie n’en demeure pas moins.

MUNTZ (63) reprend ensuite la démonstralion de Paul BERT sous une autre forme. En 1884, il transporte des lapins au Pie du Midi (2877 m.) et, sept ans plus tard, constate que leurs descendants possèdent une hémoglobinémie supérieure à celle des témoins restés dans la plaine.

Mais c’est VIAULT (85, 86) qui fait franchir à la question le pas décisif. Parti au Pérou pour vérifier les travaux de P. BERT il étudie surtout

« l’augmentation du nombre des hématies ». En 1889, à Morrocha (4392 m.) dans la Cordillère des Andes, il constate que son propre sang, que celui de ses compagnons, ainsi que celui d’animaux d'expérience se sont enrichis, en moyenne, de 2 Millions de globules rouges par mm3, en l’espace de 15 jours. Il décrit, en outre, un nombre considérable de petits globules qu’il considère comme des formes jeunes. Par contre, dans le sang des indigènes, il trouve aussi une quantité &hématies bien supérieure à la normale, mais ne peut mettre en évidence ces formes jeunes

« Ainsi donc, un des premiers effets produits par Île séjour de l’homme sur les hautes montagnes consiste dans l’exagération de la fonction normale de lhématopoièse ». L'existence de la « Polyglobulie des Altitudes » est donc établie.

En ce qui concerne l’augmentation de la capacité respiratoire du sang ou, plus exactement, de sa capacité maxima d'absorption pour loxygone (calculée soit par dosage colorimétrique de J’hémoglobine, soit par extraction de Poxygène à la pompe à mercure) elle existe,. mais dans des limites modérées et ne paraît pas proportionnelle à l’augmentation du nombre des hématies. Cependant la quantité d'oxygène présente dans le sang est visiblement Ja même en montasne qu’en plaine. Aussi VIAULT accorde-t-il un rôle primordial à la polyglobulie elle-même «…. par le fait de la division plus grande de lhémoglobine répartie en un nombre considérable de globules, offrant par conséquent une surface plus grande doxygénation. On comprend ainsi que. le Lama, avec une capacité respiratoire myixéma équivalente à peine à celle du bœuf ou du cheval, mais

avec une richesse globulaire de 16 Millons de g10bules par mm3, soit par excellence l’animal des grandes altitudes ».

À son retour en France, en 1882, VIAULT (87) monte. à l'observatoire du Pic du Midi {2877 m.) transportant avec lui plusieurs animaux. Au bout de 15 jours, le sang des lapins. cobayes et poules présente une nette augmentation des hématies avec «.… un nombre prodigieux de petits globules rouges en voie de formation dont les uns sont déjà elliptiques avec un noyau bien formé et, les autres plus petits encore, arrondis et sans noyau. Par contre, chez l’homme et chez le chien, l'augmentation des globules n’est pas très appréciable. L'hyperglobulie étant plus nette à 4392 m., on peut conclure qu’elle ne se produit probablement d’une manière intense qu’au dessus de 3.006 m. »

À partir de ces données précises, les études sur les modifications du sang en altitude vont se multiplier. La variabilité des résultats, parfois même contradictoires, la diversité des. descriptions, la multiplicité des théories émises sur son mécanisme sont telles que pendant plusieurs années l’incertitude règne sur la « Polyglobulie des Altitudes ». Il est vrai que le phénomène est complexe, soit par sa nature même, soit par les factcurs qui entrent en jeu; c'est ce que ces travaux, si multiples et si variés, auront l’avantage de mettre en évidence.

EGGER (1892) (25), à Arosa (1850 m.), fait ses recherches sur des malades, sur des individus sains et des Japins amenés avec lui. Il constate chez ous ces sujets une augmentation du nombre des globules rouges qui est manifeste dès

les premières heures et passe, en 15 jours, de 5.409.000 à 6.200.000 en moyenne. Elle persiste aussi longtemps que les sujets étudiés demeurent à la même altitude, et décroît progressivement avec le retour en plaine. Il trouve un grand nombre de petits globules, surtout pendant les huit premiers jours. Quant à lhémoglobine, elle diminue durant les deux premiers jours, mais augmenté par la suite de 15 à 30%.

MERCIER en 1894 (58), à Arosa également, constate sur lui-même et sa famille, au bout de trois semaines, une augmentation de 1 Million à 1 Million et demi d’hématies, due à la formation d'un grand nombre de petits globules. Multipliant les examens, il en arrive aux conclusions suivantes

«dès le début il y aurait une augmentation numérique très intense qui n'attendrait son maximum que très lentement, au bout de 5 à 6 mois. Le sujet est alors acclimaté, possédant un nombre d'hématies identique à celui des sujets résidant depuis très longtemps à cette altitude ». Avec le retour en plaine, il se produit une diminution du nombre des globules rouges très marquée au début, puis très lente jusqu’au retour à la normale. MERCIER émet cette loi « Il y a corrélation constante entre le nombre des cellules respiratoires sanguines et la pression atmosphérique. » Il note cependant un détail intéressant : sa fille présentant des engelures doit garder la chambre ; la veille elle avait 6.500.000 globules rouges : après 12 jours d'inactivité, elle n’en a plus que 5.800.000. Mais dès qu’elle reprend son activité normale le chiffre revient à 6.400.000. Ce détail paraît important parce qu’il commence à mettre en évidence la

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complexité du problème en montrant l’intervention, non seulement, du déficit de l'apport de loxygène, mais aussi, de l'augmentation de la consommation de ce gaz du fait de l’activité générale.

MIESCHER(60) publie en 1893 les résultats obtenus par ses élèves : KARCHER à Champéry (1.052 m.) trouve que le nombre des hématies augmente en moyenne de 9 à 15% en 20 jours chez l’homme, de 8% en 21 jours chez le lapin ; SUTTER à Sernens (995 m.) trouve une augmentation de 19% chez l’homme en 14 jours, de 24% chez le lapin en 16 jours ; pour VEILLON à Langenbruck (760 m.) l’augmentation chez le lapin est de 5 à 7%. Et MIESCHER conclut que la polvglobulie apparaît même à des altitudes modérées.

Les recherches furent nombreuses et on pourrait, comme KOEPPE (44), dresser un tableau des résultats par ordre croissant d'altitude :

Auteurs Localités Altitudes Chiffres moyens — — —— d'hématies

SCHAPPERS.-... 2 Goettingen.... 148 m....... 5.225.000 REINERE ne Tubingen..... SH 5.322.000 SR EBENSE re A. ZUTICRMEES LC . OT A dE 5.752.000 NRONPPRES 7 are. Auerbach..... 450 à 500 m. 5.748.000 JARUNTOWSKY

et SCHROEDER Fr AGorpersdorf "2561 :m-..:.0. 5.800.000 WOLF et KOEPPE... Roboldsgrun.. 700 m........ 5.970.000 RADOVICIR EE Leysin..... jAT0Emer 6.048.000 SC eee © todconer ATOS SCURNEE,EE 7.000.000 EAU RER en een Morrocha..... SON 22: 8.000.000

RDC

Devant ces chiffres, SCHAUMANN et ROSEN- QVUIT (79 concluent que la polyglobulie des altitudes peut être représentée par une courbe où laugmentation des hématies est proportionnelle à l’altitude.

KCEPPE (44) va plus loin et prétend que toute différence de niveau, si faible fut-elle, produit un changement dans le nombre des globules rouges. Il préconise même de donner en même temps que le résultat de toute numération globulaire, Paltitude du lieu où l’examen a été fait.

Toutefois, ces résultats parurent alors excessifs et entraînèrent bientôt une réaction inverse chez la plupart des physiologistes, dont certains en arrivèrent à mettre en doute l'existence même de la polyglobulie des altitudes.

En premier lieu, on constate que les chiffres obtenus, loin de suivre la progression régulière que certains auteurs avaient vue, sont en réalité contradictoires {P. ARMAND-DELILLE et A.

MAVER" (2,1 C.'FOA) (2 RKARCHER paires emple, à 1.052 m,, trouve une moyenne de 9.700.000 globules rouges chez lhomme, alors que KOEPEPE, à moins de 500 m., trouve un chiffre égal. Inversement, à même altitude, au même point, Îles résultats sont parfois très différents.

Exemple à Davos : , :

Auteurs Nombre de GR. Nombre de GR.

chez homme chez femme RUNDIC Ar ne GS IROCONPRE 5.804.000 VONAVORNERED EE 60901000 5.008.000

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