EPILOGUE
On sait que don Enriqiie prit plus tard à Montiel sa revanche de la défaite de Navarette.
Le Bègue de Vilaines, un des compagnons d'armes de Bertrand Duguesclin, ayant fait prisonnier don Pedro au moment oii le malheureux roi s'évadait du château de Montiel, le livra déloyalement au bâtard contre une énorme rançon, Don Enrique s'élança aussitôt sur son frère, et lui taillada le visage de trois coups de dague.
« Le roi de Caslille, dit la chronique, sans plus songer au déplorable état de sa condition, qui le rendait esclave de son ennemi, se jeta sur lui, le colleta d'une si grande force et avec tant de rage, qu'ils tombèrent tous deux à terre, Henry dessous luy. Ce dernier, qui ne s'était pas dessaisy de sa dague, faisait les derniers efforts pour lui donner de la pointe dans le ventre; mais don Pedro avait une cotte de mailles qui le mettait à l'épreuve des coups que Henry lui portait, et tâchait de lui arracher le poignard des mains, afin de pouvoir l'en percer à son tour. Bertrand arriva pendant qu'ils étaient ainsi Tun sur l'autre, et cria : « 3Iessires, laisserez- « vous occire le roi Henry par un faux traître renoyé, qui oncques « ne fit bien en jour de sa vie? »
Et comme aucun des assistants n'osait intervenir dans cette lutte fratricide, Duguesclin courut à don Enrique, et, le prenant par la jambe, le releva, en ajoutant :
— Je ne fais ni défais les rois, mais j'aide à mon maître et
seigrneur
Le bâtard frappa alors don Pedro d'un coup de dague qui ne porta pas à faux comme les premiers, et, le voyant resté couché à terre, il commanda au comte de Mexia de lui trancher la tête.
Le favori obéit, et planta la tête de don Pedro au haut de la hache dont il s'était servi pour cette exécution.
Le nouveau roi de Castille fit couvrir le corps de son ennemi d'un môchant drap de bougran, et commanda qu'on le pendît à une des tours du château de Montiel qui venait d'ouvrir ses portes.
FIN d'ÉSAU le lépreux
TABLE DES MATJÈUES
PREMIÈRE PAUTIE
LA CITRRXK