‹ Eschine l'orateurChapitre 7 sur 23 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

On a traité dans cet essai de la vie et des œuvres de l'orateur athénieq Escbine. Les sources qu il a été nécessaire de consulter sont de nature très-diverse : on peut les ranger e^ deux catégories principales, textes anciens et travaux rnodernes.

Dans l'antiquité nous trouvons en première ligne les discours d'Ëschine et de Démosthène, et ce qui nous reste des orateurs de 1§ mèçfxe époque. Il y a là des tén)oignages dont l'authenticité est incoi^test^ble, ^t auxquels il suffit d'appliquer les règles de 1* crjtique historique pour qu'il en jaillisse une vive lumière qui éclai^^ et Les temps e^ \^% î^pmmes. Eptachés sq^vent de partialité et d'ine^factitude réfléchie, ces témoignages doivent être examipé? avec précaution, copfiparés, opposés? contrôlés les uns par les autres ; ce sont les matériaux d'une enquête qui doit s'efforcer d'être sagace et pénétrante. Mais de cet examen minutieux et difficile, op est sûr de rapporter mieux que des banalités de récit et d'appréciation, et ce n'est pas un médiocre résultat. La lecture des orateurs athépiens nous reporte aux tenips mêmes où ils véci}rept : intérêts, passions, préjugés, grandeurs, paesquineries de l'homme public et du partipplier, débats dans l'assemblée ou d.evfipt les tribpnau^, la vie entière d'un peuple actif et bfuyant nqps apparaît en un drame ipimense oi\ n'ont de p^rt pi l'abstraction qui efface le relief des caractères, ni la convention qui les dénature.

Ce passé lointain renaît, pour ainsi dire, à nos yeux, non p&le image aux formes incertaines, mais réalité ferme, distincte, colorée et Wfmte.

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En seconde ligne, se présentent les biographes, rhéteurs^ scholiastes, grammairiens, et les passages des écrivains anciens qui ont eu occasion de parler d'Eschine. Quelques détails bibliographiques sont ici nécessaires.

• Philostrate, dans les Vies des* Sophistes, parle plusieurs fois d'Eschine : laportrait qu'il trace de lui (L. I, ch. xyiii), est peutêtre ce que nous avons de plus sérieux sur l'orateur. Philostrate est le plus impartial des biographes d'Eschine, mais il ne nous apprend presque rien de ^a jeunesse et de ses commencements.

L'auteur de la Vie d'Eschine attribuée à Plutarque {Vie des dix orateurs) avait sous les yeux des documents perdus depuis : tantôt il cite Gaecilius, tantôt il oppose entre elles des opinions contraires. Sur la jeunesse, quelques indications seulement ; pour le reste, des variantes de ce que l'on a dans Philostrate.

La notice anonyme que Reiske attribuait sans preuves à Liba-> nius et que M. Dindorf croirait plutôt de Zosime d'Âscalon, se rattache aux sources consultées par Philostrate et par le Pseudo- Plutarque. J'en dirai autant du fragment qui a pour titre : Sur Eschine.

La biographie qui porte le nom d'Apollonius contient peu de chose qui ne soit emprunté aux discours de Démosthène et d'Eschine.

A ces textes il faut ajouter deux passages de Photius (Codd. 61, 264), deux de Suidas (v. v. kl(T%iv>iq, rpnaymuTryiq\ quelques lignes des Scholies tant de Démosthène que d'Eschine, les arguments des discours des deux orateurs, et des passages de Denys d'Halicsirnasse, de Plutarque, d'Hermogène, de Cicéron, de Pline le Jeune. Il est très-regrettable que le chapitre principal de Denys d'Halicarnasse sur Eschine (Livre sur les orateurs anciens) ne nous soit point parvenu. La diatribe de Libanius contre Eschine et sa comparaison d'Eschine et de Démosthène sont de mauvaises déclamations sans critique et sans goût.

Les orateurs manquent d'impartialité et de sincérité, les rhéteurs sont légers et inintelligents ; les renseignements que les uns et les autres nous ont transmis forment au premier abord un amas confus et obscur, où il est malaisé de retrouver Tordre dans le-^ quel les f^its se sont succédé, et de faire, avec quelque sûreté, la part de l'erreur et de la vérité. L'on est donc ob!igé de consulter d'une manière générale les divers documents sur lesquels repose

xin l'histoire de la Grèce au iv» siècle avant Jésus-Christ. Cela est d'autant plus nécessaire qu'il s'agit de recomposer la biographie d'un orateur homme d'Etat, qui fut mêlé aux affaires les plus importantes, et dont les discours sont, avec ceux de Démoslhène, la source principale de ce que nous savons sur la lutte d'Â.thénes et de la Macédoine. On sait qu'à partir de la bataille- de Mantinée (362 av. J.-C.) où s'arrêtent les Hellenica de Xénophon, nous n'avons plus d'historien contemporain des événements. Les fragments de Théopompe et d'Ephore, débris d'ouvrages considérables, sont complètement insuffisants, et l'on doit recourir à Oiodore et à Justin, consulter à l'occasion Ârrien et Ouinte-Curce. Mais il ne faut pas croire qu'il soit aisé de refaire, à deux mille ans de distance et avec de telles ressources, l'histoire critique d'une période importante. Sans la série des nombreux et excellents travaux qui, depuis un demi-siècle, ont eu pour objet d'éclaircir et de compléter nos connaissances sur l'antiquité hellénique, sans les œuvres de Bœckh, de Schœmann, de Clinton, de Grote, pour citer les noms les plus considérables, sans ces grands efforts de l'érudition et de la critique, l'époque de Philippe serait aussi obscure pour nous qu'elle Tétait pour nos aïeux^ et nous vivrions encore sur les lieux communs dont ils devaient se contenter. J'ai essayé de profiter, pour mon sujet, tout restreint qu'il est, de ces progrès de la science sans négliger cependant de remonter aux sources véritables, c'est-à-dire aux textes eux-mêmes ; j'ai tâché d'éclairer une question particulière de toutes les lumières de l'histoire générale, en me réservant le droit du contrôle et du choix et, sans me croire dispensé d'avoir une opinion personnelle sur les points controversés.

Au-dessous des grands travaux de la science moderne, je trouvais de nombreuses monographies relatives aux orateurs athéniens et à divers points d'érudition qui, de près ou de loin, se rattachaient au sujet que je traitais. On trouvera, à la fin de ce volume, la liste des ouvrages que j'ai consultés : plusieurs, malgré une forme mo« deste et à nos yeux trop scolastique, ont contribué plus qu'on ne le sait généralement, aux progrès qu'a faits, depuis un demi-siècle, l'histoire de la Grèce ancienne. J'en viens aux biographes modernes d'Eschine, Vatry , Stechow fet Passow,

Le mémoire de l'abbé Vatry {Académie des Inscriptions y t. xiv; Mémoires de Littérature^ p. 84-112; juin 1739) ^ est

éôrit avee irti ^n évidefrt, mais la partie biograpidque ihêt guère qu'une comprkition. Les témoignages épars et de soiïrce si diverse que nous offire l'antiquité, sotit réunis sans eritique et acceptés indistinctement. L'auteur ne paraît pas noh plus posséder tine connaissance suffisante de l'histoire d'Athènes, il est sévère à l'excès, pour Eschine, homme privé et homme d'Ëtart; mais lorsquaprès avoir rapidement analysé lés discours sur l'Ambassade et sur la Couronne , l'abbé Vatry n'a plus à exaiminer qu'une question littéraire, il caractérise avec justesse et en très-bons termes l'éloquence du rival de Démosthène.

M. Stèchdw (De JEschinis oratoris vita, Berlin, 1841 , in-4<J, 86 p.) est, que je sache, le premier qui ait entrepris de reconstruire avec les matériaux hétérogènes et incomplets dont nous disposons^ une biographie d'Eschine conforme aux règles de la critiqtre historique. On ne peut guère blâmer les historiens de Démosthène, disposés naturellement à traiter Eschine avec dédain, pour avoir accepté de toutes mains et sans y r^arder de si près, tout ce qui semblait corroborer les attaques et les invectives du grand orateur ; mais on comprendra quun biographe d'Eschine se montre plus difficile et vise à plus d'exactitude. L'opuscule de M. Stechow est un excellent guide pour tout ce qui a trait à la vie privée d'Eschine (4-17); mais il est fâcheux que la seconde partie, de beaucoup plus longue que la première (18-81), soit une apologie pure et simple de la politique des partisans que Philippe avait à Athènes : on peut être juste et même indulgent pour Ëschine et Phocion sans être injuste pour Démosthène. De toute façon, je suis heureux de reconnaître que le travail de M. Stechow m'a été fort utile.

Je n'en dirais pas autant de l'article de M. Fr. Pass^w sur Eschine (Vermischte Sckriften, Leipzig^ 1843, in-8« p. 64-74). Le nom de l'auteur m'avait fait espérer plus de critique dans remploi des documents et dans le choix des témoignages ; la vie privée d'Eschine, surtout, est traitée d'une façon vraiment msuffisante. Il convient d'ajouter que cet article date de 1817; il avait été publié dans l'Encyclopédie de Halle. Pour Fépoque, c^était un progrès; car au milieu d'erreurs tro^ nombreuses^ on y démêle l'intention de parler avec justice d'un personnage fort discuté, et, ce qui n'est pas un mérite médiocre, le talent oratoire (f Eschine est f objet d'une analyse sérieuse et délicate.

L'éloquence d'Eschine a été appréciée très-diversement ; j'ai reproduit et discuté les opinions des critiques anciens,, en yajou-

' tant quelques réflexions fondées sur l'étude des trois discours que l'orateur a écrits, mais j'ai tenu à faire connaître ces discours eux-

' mêmes par des* analyses et par des citations assez longues. J'ai traduit moi-même les divers passages que j'ai cités, en tâchant de faire ressortir les caractères principaux du style de mon auteur. On sait que le regrettable M. Stiéveriart a publié une traduction complète des œuvres de Démosthène et d'Eschine ; je reconnais volontiers que j'ai souvent consulté avec fruit ce travail considérable d'un philologue érudit et consciencieux, mais l'on ne s'étonnera point que je m'écarte souvent des vues et des jugements que M. Stiévenart a présentés dans les ihtroductions et les annotations dont il a accompagnéies discours des deux orateurs. Un commentaire n'est pas astreint à des règles aussi rigoureuses que la narration historique, et, d'autre piu*t, le traducteur deDémosthène ne pouvait toujours songer à tenir la balance égale et à nepàt^ler d'Eschine qu'avec impatiialité et justesse.

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