AGAMEMNON
les oracles; mais je vois bien qu'il s'a<iit de ({iiciqiic iiial- Jicur. D'ailleurs, quel bonlunu' est jamais venu des oracles pour les hoimnes'? C'est pai" des malheurs (jue se véi'ilie cet art fécond en paroles obscures, source de la terreur fatidicpieî
Cassandkk. — Hélas 1 bélasi sort misérabh' d'um* iiil'ortunée! car il me faut pleurer aussi sur mt^s maux, pour combler le calice I Apollon, où m'as-tu entraînée, malheureuse'.' .N'est-ce pas à la mort, aussi'.' (lui, certes I
Lk (Ihœcr. — Tu es en délire, les Dieux t'égarent, tu chantes sur toi-même un chant de malhem', conmie le blond rossif^nol, aux cris inrati<5^ables, hélas I désolé, pleure Itys, Itys, déploi-e sa vie misérable!
Cassa.ndrk. — Ah! ah! (jue ne suis-je en elîet le mélodieux rossignol! Cai- les Dieux lui ont donné des ailes, et il charme son malheur par ses lamentations. Mais moi, ce qui m'attend, c'est la moi'sui'e du fer au double tranchant.
Le Chœur. — D'où te viennent-elles, c('s lament^itions vaines (pii t'assaillent, envoyées pai* les Dieux? Doui'ipioi chantei' ainsi ton épouvante en ci'is de mauvais au^uiu», en paroles délirantes'.' Conmient connais-tu K's voies fatales de la route prophéticpie'.'
Cassandrk. — 0 noct^s de Paris, noces l'unestes aux siens! 0 Scamandi'e. fleuve de la patrie! Autrefois, auprès de toi, grandit ma jeunesse! Kt maintenant c'est auprès du Cocyte, sui" les bords de l'Achéron, (pie je vais prcqjhétiser.
I.kCikkir. — Paroles trop claires cette fois! (pi'un enfant même conqu'endrait ! Comme par une moisure sanglante, mon (-(purest déchiié pai- le terrible malheur (jue tu déplores, par les |)ar(des surprenantes cpic j'entiMids!
Cassanduk. Ah! Malheuis, malheurs d'une ville
ruinée de fond en cond)le! 0 sacrifices oU'erls jiar mon
pèro pour le salut do nos murs, hécatombes de bœufs nourris dans nos prairies! Tout a été inipuissant à empêcher la ville de subir son sort! Et moi bientôt, d'un pied rapide, je me précipiterai dans le filet!
Le Chœur. — Prédictions qui s'accordent avec les premières! Quelle Divinité malveillante te possède, te force à chanter ces deuils lamentables, ces chants de mort dont je ne vois pas la lln^?
Cassandre. — Oui, maintenant, le regard de l'oracle ne restera plus caché sous le voile, ainsi que le visage d'une jeune mariée! Il éclate, je le vois; il se lève, comme un souffle, aux rayons du soleil naissant! Et, comme une vague qui déferle, à la lumière du jour, des maux de plus en plus terribles se succèdent! Non, plus d'énigmes! Vous, rendez témoignage à mon flair : suis-je bien sur la piste des antiques malheurs de cette famille? Oui, cette maison, il ne la quitte plus, le chœur dont les voixs'unissent en un concert affreux, en un chant sinistre ! Gorgée de sang humain, pour exalter sa fureur, elle reste dans cette demeure, on ne peut plus l'en chasser, la bande ^ des Érinnyes, attachées à cette race! Assises à ce foyer, elles redisent dans leurs chants le crime originel : chacune à son tour, elles maudissent le lit nuptial ^ violé par un frère, elles maudissent celui qui l'a souillé! Me trompé-je, ou, connue un habile archer, ai-je touché le but? Ne suis-je qu'une prophétesse de mensonge, une de
1. La scène esl jusqu'ici en mètres lyriques. Maintenant le vers ïanibique du dialogue reprend, i)Our la tirade dcveloi)i)ce qui succède aux lamentations entrecoui)ées du début.
2. Mot à mot, le coinos, terme par lequel on désignait les bandes joyeuses qui couraient en cliantant par la ville, au sortir du banquet. A la dillerence d'un comos ordinaii'e, la bande des Érinnyes reste à la maison et cliante des cliants sinistres.
5. Allusion à l'amour adultère de Tliyesté pour la femme de son frère Atrée.