‹ Eschyle, Sophocle, EuripideChapitre 13 sur 96 · A Onipliale · texte numérisé non relu

A Onipliale

2. Les tî rocs cotii parent volontiers :i un "ra/oiiillcincnl liiint(>llif:iliU' (l'oiso.uix les laii^'^ues autres (pic la Icnr.

Le Chœur. — Obéis : ce qu'elle te dit est ce qu'il y a de mieux dans les circonstances présentes. Suis-la, quitte ce siège et descends de ce char.

Clytemnestre. — Certes, je ne puis perdre ainsi mon temps sur la porte; car, prés du foyer, centre de la maison, se tiennent déjà les brebis prêtes pour le sacrifice; nous nous sommes hâtés, comme des gens qui n'espéraient plus cette joie. Toi, si tu veux prendre ta part de ces choses, ne tarde pas; et si tu ne me comprends pas parce que tu ignores notre langue, fais comme les Barbares, remplace la parole par le geste.

Le Chœur. — L'étrangère aurait besoin, il me semble, d'un interprète bien habile. Son attitude est celle d'une bête fauve qui vient d'être prise.

Clytemnestre. — Assurément elle est folle, et elle obéit à un esprit mauvais; elle qui vient de quitter sa patrie, vaincue d'hier, et qui ne sait pas supporter le mors avant de l'avoir, dans sa colère, couvert d'une sanglante écume ^ Mais je ne m'abaisserai pas à en dire plus.

Le Chœur. — Et moi je ne m'irriterai pas; car j'ai pitié d'elle. Allons, Tnalheureuse, quitte ce char, cède à la nécessité et étrenne le joug.

Cassandre. — Hélas! hélas! ah! Apollon, Apollon!

Le Chœur. — Pourquoi adresses-tu tes appels plaintifs à Loxias? Ce n'est pas là le Dieu à qui il convient de s'adresser dans la douleur ^

Cassandre. — Hélas! hélas! ah! Apollon! Apollon!

Le Chœur. — De nouveau, par des paroles de mauvais augure, elle invoque le Dieu à qui il ne convient pas de nous assister dans le deuil.

i. Le texte est plus hardi. Mot à mot : avant d'avoir écume sa colère sanglante.

2. Les Grecs invoquent Apollon par le péan, qui est un hymne de joie.

ACA^IKM.XO.X. 45

Cassandkk. — Apollon I A|»ollon! Dieu lulrlnii'c des routes', toi (|ui nie pcidsl- cjii' tu Jiic perds sans ressource une seconde l'ois!

I>K Chœur. — On dirait (pi'elle va prophétiser sur ses pro|)res malheurs, ha Divinité est toujours en elle, nialuiv l'esclavage.

(assanduk. — Apollon, Apollon, Dieu tntélaire des routes, toi (pii me |)ei'ds, ahl où m'as-tu mené(>? dans (juelle uiaison?

hK Chœlr. — Dans celle des Atrides; si tu ne le sais pas, je te le dis; et tu verras que ce n'est pas un uiensonge.

(IvssA.NDRK. — Maison haïe des Dieux, alors, complice de heaucoup de meurtres domestiques, de chairs^ uiises en lauiheaux, maisou où le sang coule de la gorge des victimes, et asperge le sol î

Lk Chœur. — L'étrangèi'(\ il uie s<Mid)le, a le Hair subtil couime un bon chien : elle est sur la bonne piste des meurtres.

('assam)rk. — Oui, j'en crois ces témoignages; je vois ces enl'aids (M1 pleiu's (pi'on égorge, ces chairs cuites et mangées par le père.

Lu Chœur. — Nous avions entendu pai'Ier de ton renom de prophétesse; mais poui' ce dont tu parles ^ nous n'avons (jue l'aire de prophètes.

Cassandrk. — Ih'las! hélasl(pie médile-l-elle'.' (piel iiou-

I. Apollon. n\ celle (|ii;ilitt''. rl-iit r('|tn''S('iil«''. ;"i l.i |m»i((' des maisons, p.ii- un |»ilier coiiicuic. Sans donle une iina^c de ce fjonre se tron\ail repicsiMilrc iei snr la scriic, (k'\anl If palais îles Airidcs.

'■1. Il va ici un jcn de mois ^n^ le nom d A|)ollon (pic la Iradnclion ne pcnl indiqncc.

">. Allnsion aux cnlanls de Tlivesle.

4. I,es vieillai'ds d'Argos coimaissent assez par enx-mèmes llusleire dAiree et de iliveste.

veau forfait dans ce^palais? forfait terrible pour les siens, irréparable ! Et la vengeance est bien loin ! ^Le Chœur. — Maintenant, je ne sais plus ce que veulent dire ces prédictions. Les premières, je les connaissais; il n'est bruit que de cela dans la ville.

Gass.odre. — Ab! malheureuse! quoi! tu ferais cela? Celui qui est ton époux, tu vas le faire laver dans un bain..., comment dire la tin? Mais l'événement est proche; une main, puis une autre main s'avance avidement.

Le Chœur. — Je ne comprends pas encore; maintenant, après des énigmes, viennent des oracles impénétrables; je ne sais que penser.

Cassandre. — Oh! Dieux! Dieux! Que vois-je là? Est-ce quelque filet d'Hadès*? Le vrai piège, c'est cette femme % qui partage la couche du meurtrier, son complice. Que la Discorde, démon insatiable attaché à cette race, accompagne de ses cris^ ce sacrifice exécrable!

Le Chœur. — Quelle est l'Érinnye, aux cris terribles, qu'elle appelle sur cette maison? Ce discours m'épouvante. Mon sang a reflué vers mon cœur, en ondes pâles, comme il arrive à ceux qui tombent dans la bataille, au coucher des rayons de la vie. Le malheur va si vite !

Cassandre. — Ah! voyez! voyez! Éloignez le taureau de la génisse ; la génisse aux cornes noires a pris le taureau dans le piège d'un péplum; elle le frappe, il tombe dans la baignoire; oui, je vous le révèle, le piège de la baignoire fatale.

Le Chœur. — Je ne me flatte pas d'être habile à élucider

1. C'est le vêtement sans issue dans lequel Clytcmnestre enveloppera Agamemnon, pour le frapper sans défense.

Page 1