‹ Eschyle, Sophocle, EuripideChapitre 20 sur 96 · I. Court»» liiciino · texte numérisé non relu

I. Court»» liiciino

"2. Cost-à-diro : « Kii re (|iii totuorne \o iclitiir dOrcstc. tii es cxaiicro ». \\o<\o à ;ir('oiii|»Iir 1.» viMi;.:o;m('0.

et demande aux Dieux d'exaucer aussi heureusement tous tes souhaits !

Electre. — Quel est donc celui de mes vœux que les Dieux ont déjà satisfait?

Oreste. — Tu as devant toi celui que tu as toujours tant désiré revoir.

Electre. — Et qui donc sais-tu que j'attendais ainsi?

Oreste. — Je sais que ton esprit n'est occupé que du seul Oreste.

Electre. — Eh bien! en quoi les Dieux m'ont-ils exaucée?

Oreste. — Je suis Oreste : c'est moi, ton ami le plus sûr, n'en cherche pas d'autre.

Electre. — Étranger, veux-tu me surprendre par quelque ruse?

Oreste. — Alors, ce serait contre moi-même que j'ourdirais un piège !

Electre. — Ah! tu veux te railler de mon infortune!

Oreste. — Railler ton malheur, ce serait railler aussi le mien!

Electre. — Ainsi je dois croire que c'est Oreste qui m'adresse ces paroles?

Oreste. — Oui, c'est moi que tu vois, toi qui te refuses à me reconnaître, moi ton frère; notre ressemblance te le prouve assez ! Quand tu as vu cette boucle de cheveux sur ce tombeau, tu as tressailli d'espérance et tu as cru me voir; tu l'as cru quand tu as mis tes pieds sur la trace de mes pas! Vois maintenant, rapproche cette boucle de l'endroit où je l'ai coupée! Et regarde aussi ce tissu, ouvrage de ta main, reconnais les ornements qu'a dessinés ta navette, cette image d'une chasse tracée par toi ! Rentre en toi-même, que la joie ne te fasse pas perdre l'esprit! Car, tu le sais, nos plus proches parents, voilà nos ennemis.

Electre. — 0 joie de te voir enfin, toi qui m'es cher quatre fois! Car il faut que je voie en toi un père, et c'est

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vcM's toi que va raffoction que je devrais à ma mère, si je ne la haïssais justement; vers toi l'aflection à laquelle avait droit, notre sœur, sacrifiée sans pitié; et enfin, tu es mon frère fidèle, qui vient me rétablir dans mes droits! 0 toi, qu'attendait la maison de ton père! toi, l'espoir si longtemps pleuré du salut de notre race! ta vaillance va te faire rentrer en possession de la maison paternelle. Que seulement la Force et la Justice, et avec elles enfin Zeus, le plus grand des Dieux, soient avec nous!

Oreste. — Zeus, Zeus, oui, regarde vers nous! Vois ces enfants privés de leur père, cette postérité de l'aigle qui a péri, étouffé par les aimeaux et les replis de l'odieuse vipère! Ces oi'plielins se débattent contre le jeûne et la faim, impuissants qu'ils sont à rapporter à leur nid le gibier que chassait leur père! Oui, tels tu peux les voir, moi et celle-ci, Electre ma sœur, tous deux enfants sans père, tous deux pareillement bannis de leurs foyers*!

Electre. — Si tu repousses les petits de ce père qui t'honorait par tant de sacrifices magnifiques, de quelle main recevras-tu désormais d'aussi riches offrandes? Si tu repousses la postérité de l'aigle, comment pourras-tu faire parvenir aux moi'tels les signes véridiques de tes volontés? Et, desséchée jusque dans ses racines, cette maison souveraine ne prendra plus soin de tes autels, aux jours des sacrifices! S.uivi^-nous, relève et fais grandir notre race, qui semble aujourd'hui déchue i)our toujours!

Oreste rappelle les oracles (|ui lui oui ordonné de venger son père, Pnis, Electre ef Ini, — le chœur prend aussi une part importante à cette scène, — invocpient Aganiennion.pour

1. En réalité Electre n'est pas bannie; mais elle est traitée par Ciytenniestre et É^Mstiie prescjue loninic une esclave.

qu'il soit leur allié dans la lutte qui se prépare. Voici la fin de cette scène.

Oreste. — Père, toi qui as péri d'une mort indigne d'un roi, je t'invoque, rends-moi le pouvoir dans ton palais !

Electre. — Et moi aussi, père, j'ai le même besoin de ton appui, pour fuir un grand malheur, et le détourner sur Égisthe.

Oreste. — Ainsi puissent désormais t'ètre offerts les repas consacrés* par l'usage! Sinon, tu resteras sans honneur au milieu des grasses offrandes que reçoivent les autres morts !

Electre. — Et moi aussi, en quittant la maison paternelle, je t'apporterai tout mon héritage en offrande, quand viendra le jour de mes noces. Avant tout, je viendrai adresser mes hommages à ce tombeau.

Oreste. — 0 Terre, laisse mon père veiller sur ce combat et m' assister!

Electre. — 0 Perséphone, donne-nous en plus la victoire brillante !

Oreste. — Père, souviens-toi du lieu où tu trouvas la mort !

Electre. — Souviens-toi du filet qu'ils imaginèrent pour ta perte !

Oreste. — Lorsque tu fus pris, père, dans ces chaînes, qui n'étaient pas d'airain, cependant!

Electre. — Dans le piège honteux de ce voile, qu'ils avaient préparé !

Oreste. — Ne te réveilles-tu pas au souvenir de ces opprobres, père?

Electre. — Ne relèves-tu pas ta tête chérie?

1. Les libaUons offertes aux morts et les victimes immolées sur leurs tombeaux.

LES CHOEI'HORES. 6")

Oreste. — Envoie la justice combattre avec tes défenseurs.

Electre. — Ou plutôt donne-leur toi-mènu' l'exacte revanche du crime.

Oreste. — Si du moins, vaincu jadis, tu veux vaincre aussi à ton tour.

Electre. — Entends encore ce cri, père : vois ces pauvres petits au pied de ta tombe, prends en pitié les larmes du fils et celles de la fille !

Oreste. — Ne laisse pas anéantir ce qui reste de la race des Pélopides ; ainsi du moins tu ne seras pas mort tout entier!

Electre. — Car les enfants sont des souvenirs vivants qui conservent un père, après la mort! Comme le liège, ils maintiennent le fdet sur l'eau, ils sauvent de l'abîme le tissu de lin.

Oreste. — Ecoute, c'est pour toi que nous pleurons ; exauce-nous, c'est toi-même que tu sauveras!

Le Chœur. — Vos paroles sont sans l'eproche! elles sont un honneur rendu à ce tombeau, en compensation de la plainte funèbre qui fut ici refusée au mort. Pour le reste, puisque tu es résolu à l'accomplir, à l'œuvre, maintenant, mets la fortune à l'épreuve!

Oreste apprend niaiiitenaiit de sa sœur le sonore de CiyttMunestre : elle a eru voir un dragon (in't'lle enfantait, et nourrissait «le son propre sang. Il «'xposc t'nsuitc son plan; il va se présenter avec Pylade connnt' un voyageur chargé d'annoncer la mort d'Oreste. Après l'intermède chanté par le chœur, il frappe à la porte dn jtalais.

Oreste. — Esclave, esclave, entends-tu? je frappe à la porte. Y a-t-il quelqu'un à la maison, esclave, esclave, encore une fois*? — Voici la troisième fois que j'appelle.

pour faire sortir de la maison, si elle est hospitalière, l'illustre Égisthe.

Le Serviteur (derrière la porte). — Eh hien! j'entends! de quel pays es-tu, étranger? d'où viens-tu?

Oreste. — Préviens les maîtres de cette maison, vers ; qui je viens pour leur apporter des nouvelles; hâte-toi, car le char sombre de la nuit s'avance, et il est temps pour les voyageurs de jeter l'ancre dans une demeure hospitalière. Qu'un des maîtres de la maison sorte, femme ou homme, mieux vaudrait un homme; avec lui, les convenances ne m'obligeraient pas à employer des paroles obscures ; entre hommes, on parle avec confiance, et la pensée s'exprime sans détours.

Glytemnestre. — Étrangers, parlez, que vous faut-il? Vous trouverez ici tout ce qu'on doit trouver dans une maison comme la nôtre, des lits, et la présence d'un œil juste! Mais si vous venez pour quelque affaire sérieuse, cela regarde les hommes; dites, je leur en ferai part.

Oreste. — Je suis un étranger, de Daulis, chez les Phocidiens. Je m'en allais, avec mon bagage, vers Argos, tel que tu me vois arriver. Un inconnu, qui ne me connaissait pas moi-même, m'aborde, me questionne, apprend le but de mon voyage, et médit alors, — c'était, je le sus en causant, le Phocidien Strophios : — « Puisque c'est à Argos que tu vas, étranger, annonce aux parents d'Oreste qu'Oreste est mort, acquitte-toi bien de ce message, ne l'oublie pas. Soit donc que les siens se décident à faire revenir ses restes, soit qu'ils veuillent l'ensevelir ici, étranger pour jamais à son pays, à ton retour rapporte-nous leurs instructions. Car maintenant les flancs d'une urne d'airain renferment les cendres de cet homme, que nous avons pleuré comme il convenait. » J'ai dit ce dont il m'a chargé. Si je l'ai dit à ceux qui ont

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