‹ Eschyle, Sophocle, EuripideChapitre 22 sur 96 · I. Toxic iloiilonx · texte numérisé non relu

I. Toxic iloiilonx

1. Clylcinucslrc s'atlrcssc à Klritrc : c ('>t un lanincniciil de ciiiimlc.

KSCKVI.K-SOlMiUCI.K-KL'IUPIDK. ,'»

manquent * pas, nous délibérerons sur cet événement. Le Chœur. — Allons, servantes de cette demeure, quand notre bouche se déclarera-t-elle en faveur d'Oreste? 0 terre vénérable , ô tertre sacré de cette tombe , qui recouvres les restes du roi, chef de la flotte, écoute maintenant, exauce-nous. Voici l'heure où la Ruse persuasive doit venir à notre aide, où Hermès, Dieu souterrain. Dieu nocturne, doit nous montrer le chemin, dans cette lutte où le glaive va frapper.

Clylemnestre charge la nourrice d'Oreste d'aller chercher Égisthe. Le chœur, devant lequel la nourrice, avant de partir, exprime sa douleur eu termes d'uu pathétique naïf, lui peisuade de dire à Égisthe de venir seul, sans ses gardes. Égisthe vient eu effet et, à peine entré dans le palais, ses cris nous avertissent (\\ui vengeance est faite. Le tour de Clytemnestre est venu.

Lk Skuvitecr. — Hélas! hélas! mon maître assassiné! hélas pour la troisième fois! Égisthe n'est plus. Ouvrez, ouvrez vite, tirez les verrous du gynécée! Il faut agir vivement, non pour réparer le malheur* accompli; à quoi bon? Hélas! hélas! Je parle à des sourds; ils dorment tous, et c'est en vain que je m'époumonne. Où va Clytemnestre? que fait-elle? Elle a maintenant la gorge sur le tranchant' du rasoir; elle va tomber sous les coups de la Justice.

Clytemnestre. — Qu'y a-t-il? Que signifient ces cris dans la maison?

Le Servitelr. — Les morts tuent les vivants, voilà ce que je dis.

1. Clyloinnostrc fait allusion au mot d'Élcctrc <{ui a dit tout à l'heuro ([uellc «'tait privée de tous ses auiis.

2. Mais, par consé([U(Mit, pour faire fuir Clyteuuicstre, par la porte «du gyuocf'c.

7), Locution pi'ovcrhiale, pour indiquer un grand danger ininiinent.

LES CHOEPHORES. 67

Clytem.nestre, — Ah! je comprends le mot de l'énigme. Nous allons périr par la ruse, comme nous avons tué par elle. Vite, qu'on me donne une hache meurtrière! Voyons si nous devons vaincre, ou être vaincus : car nous en sommes venus à cette extrémité.

Oreste. — Toi aussi, je te cherche; pour lui, il a son compte.

Clytemnestre. — Hélas ! tu es mort, ô cher, ô grand Égisthe I

Oreste. — Tu l'aimes, cet homme? eh bien! tu partageras sa tombe. Sois-lui fidèle à jamais, dans la mort.

Clytemnestre. — Arrête, ô mon enfant! Respecte, mon (ils, ce sein où t;int de fois tu as dormi, et sucé de tes lèvres le lait nourricier!

Oreste. — Pylade! que dois-je faire? c'est ma mère: dois-je reculer devant ce meurtre?

Pylade. — Où sont donc les ordres formels de Loxias, i les prophéties de Delphes, les décrets solennellement jurés ^ par les Dieux? Préfère la haine de tous les hommes à celle des Dieux!

Oreste. — Oui, tu as raison, et tes conseils sont bons! — Toi, suis-moi; je veux l'égorger auprès de cet lionmie. Car, vivant, tu l'as préféré à mon père : endoi's-toi avec ui dans la mort, puisque tu l'aimes, celui-là, et que tu haïssais celui (|ue tu devais aimer.

Clytem.nestre. — C'est moi qui t'ai nouiri; avec toi je voudrais vieillii-.

Ureste. — Tu vivrais avec moi, après avoir tué mon père?

Clytem.nestre. — Le Destin, ô mon lils, a eu .si part dans cette mort!

Oreste. — Et celle qui t'attend aussi, c'est le Destin qui te l'apporte.

Clytemnestre. — Tu ne ciains donc \n\s la malédiction maternelle, ô mon lils?

Oreste. — Ta m'as enfanté, il est. vrai, mais pour me jeter en proie au mallieur.

Clytemkestre. — Je ne t'ai pas abandonné, en l'envoyant dans une maison amie*.

Oreste. — J'ai été doublement vendu', moi, né d'un père libre.

Clytemnestre. — Quel est donc le prix que j'ai touché pour cette vente ?

Oreste. — Je rougirais de te le reprocher clairement!

Glytemnestre. — Tu ne pourrais non plus rappeler sans rougir les fautes de ton père.

Oreste. — N'accuse pas celui qui prenait la peine, tandis que tu restais à la maison.

GiA'TEMNESTRE. — Il cst dur pour les femmes d'être privées de leur mari, ô mon iils.

Oreste. — C'est le travail de l'homme qui les nourrit, tandis qu'elles gardent la maison.

Clytemxestre. — Tu veux donc, ô mon fils, tuer ta mère !

Oreste. — C'est ton crime qui te tuera, ce n'est pas moi.

CiAîEMNESTRE. — Prcuds garde, crains les chiens irrités ^ qui vengent une mère !

Oreste. — Si je recule^ comment éviterai-je ceux qui vengent les pères?

Clytemnestre. — Je le vois, je gémis en vain, vivante, sur le bord de la tombe.

Oreste. — C'est le destin de mon père (jui t'apporte maintenant ton destin!

Clytemnestre. — Voilà donc le sei'pent que j'ai enfanté et nourri !

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