‹ Eschyle, Sophocle, EuripideChapitre 3 sur 96 · LES SUPPLIANTES · texte numérisé non relu

LES SUPPLIANTES

Les Suppliantes soiiyirobableiiieiiLla plus anciaune t4'a«?éi]ie x n d'Kscîïyle (iiTê^nouîTayoïis çoiiSiii-v(''o ; c'<^st colle, eu tout cas, ^'^l 7^nnt^lf^ tnrrnp p^f la j>liis ^iiiiplo et OÙ il y a le Mioius d'actiou '~y et le plus de lyrisuie. Les filles de Dauaos, pour ue pas épouser les lils d'.Egvptos, leurs cousins, quittent l'Egypte avec leur père et vont chercher un refuge dans le pays d'Argos, d'où leur race est originaire. Le roi d'Argos leur accorde l'hospitalité (pi'elles réclament, et se refuse à les livrer au héraut égyptien cpii vient les réclamer. L'arrivée des Danaïdes à .\rgos, le refus qu'opjiose le roi aux réclamations du héraut, tels sont les seuls événements de la pièce. Le chœur, composé des Danaïdes (d'où le titre de Suppliantes), est le personnage principal et accapare prestpie entièrement l'intérêt. A l'exception d'une scène, le drame* n'est guère qu'une succession de beaux morceaux lyricpies, pleins de variété, d'éclat et de mouvement ; les Suppliantes expriment tour à tour leurs craintes et leurs espérances, ou font le récit de leurs infortunes. En^ dehors du chœur, trois personnages seulement, Dauaos, le roi d'Argos, le hérajit ; tous trois ne sont jamais en même temps sur la scène, et les trois rôles peuvent, ]iar conséipient, être joués ])ar deux acteurs seulement.

Le^^^ujipliantes, (pu se lerminenL pai' la, miuiaLC de guenre adressée aux Argien s par le héiaut, au nom des lils d'.Egyptos. semblent réclamer une suite et faisaient sans doute partie d'uue liilojiie. La seule scène dramatique, au sens moderne du mot, c'est-à-dire la seule qui soit eu action, esLceîlff où It^ héraut essaie d'abord de s'emparer des SupplianteSj^uis se

1. Le chœur étant le principal porsonn;i^e, il n y ;i pas de prologue, et la pièce coniinence par la parodos.

trouve arrêté bientôt par l'arrivée et l'intervention du roi. Voici cette dernière partie de la scène :

Le Héraut. — Il faudra donc que je vous traîne par les cheveux, je le vois, puisque vous fermez l'oreille à mes paroles.

Le Roi. — Hé? toi? que fais-tu? quelle est ton audace, pour oser outrager ainsi cette terre, la terre des Pélasges? Crois-tu être venu dans une ville de femmes? Pour un barbare, tu traites par trop insolemment les Grecs. Ta conduite n'a rien de raisonnable.

Le Héraut. — Quelle est ma faute? en quoi ai-je violé la justice?

Le Roi. — D'abord tu ne sais pas te conduire comme doit le faire un étranger.

Le Héraut. — Comment? Je retrouve mon bien, et je l'emmène.

Le Roi. — De quels proxènes* te recommandes-tu en ce pays?

Le Héraut. — Je me mets sous le patronage tout -puissant d'Hermès, dieu des recherches.

Le Roi. — Tu t'adresses aux Dieux, et tu n'as nul respect pour eux.

Le Héraut. — Ce sont les Dieux des bords du Nil que je vénère.

Le Roi. — Les nôtres ne comptent donc pour rien, à t'en croire?

Le Héraut. — Je vais emmener ces femmes, à moins qu'on ne me les enlève de force.

Le Roi. — Malheur à toi, si tu les touches! le châtiment ne se fera pas attendre.

i. Les proxènes jouaient dans les cites grecques un rôle analogue à celui de nos consuls, pour la protection des étrangers.

LES SIPPIJA.XTES. 31

Le Hkrait. — Tu me parles un langage bien pou liospitalier.

Le Roi. — Je ne donne pas l'hospitalité aux impies qui violent les droits de nos Dieux.

Le Héraut. — Je vais rapporter ces paroles aux (ils d'.Egyptos.

Le Roi. — C'est ce dont je ne m'inquiète guère.

Le Hkralt. — Mais, pour que je puisse faire un rapport plus exact, — car c'est le devoir d'un héraut de raconter tout clairement, — comment et par qui dirai-je que m'a été arrachée cette troupe de femmes, cousines de mes maîtres? Car ce n'est certes pas par des témoignages qu'Ares juge de tels différends, et il ne dénoue pas ces sortes de querelles à prix d'argent. Mais il faut auparavant que beaucoup d'hommes tombent dans les convulsions de la mort.

Le Roi. — A quoi bon te dire mon nom? Le temps saura te l'apprendre, à toi et à tes compagnons. Quant à celles-ci, je te les laisserais emmener, si elles y consentaient de leur plein gré, si tu réussissais à les persuader par des discouis pieux. C'est la volonté exprimée par un vote unanime du peuple, que cette troupe de femmes ne soient pas livrées par force; et cette volonté est comme un clou solidement fiché, que l'on ne j)eut plus arracher. Elle n'est point inscrite sur des t^iblettes, ni scellée dans les feuillets d'un livre, mais elle t'est signihée nettement parla bouche d'un honinie lil)i'e. Ainsi, va-t'en au plus tôt de devant mes yeux.

Le Hérait. — Ou tu me les livreras, ou e'esl une guerre nouvelle qui commence. Kt |)iiissent la force et la victoire être du côté des mâles • !

Le Roi. — Des mâles, vous en trouverez en ce pays, et

1. C'est-îi-diro : dos (ils il'.Etryptos. par ojjposition aux Su[)pliaiit('s.

qui ne boivent pas la liqueur* de l'orge fermentêe. — Vous, jeunes femmes, avec vos servantes fidèles, toutes, sans peur, entrez dans la ville à la forte enceinte, protégée par la défense de ses hautes tours. Les édifices publics y sont en grand nombre, et moi-même j'habite un vaste palais. Vous pouvez, s'il vous agrée, habiter une belle maison en nombreuse compagnie; mais si vous le préférez, vous pouvez choisir aussi une demeure où vous serez seules. Choisissez ce qui vous est le plus agréable, je vous laisse libres. Moi, je serai votre défenseur, et avec moi tous les citoyens, dont la volonté déjà s'est fait connaître. Quels meilleurs garants pourriez-vous attendre? .

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