‹ Eschyle, Sophocle, EuripideChapitre 32 sur 96 · Le Spiiinx · texte numérisé non relu

Le Spiiinx

jurons de trouver à nos maux un remède, soit que quelque Divinité, soit que quelque homme te l'ait appris! Car je sais que les hommes sages sont ceux qui réussissent le mieux dans leurs desseins. Va, le plus grand des hommes, relève cette ville! Va, justifie l'espoir que nous mettons en toi! Car cette terre te nomme son sauveur, pour le zèle que tu lui as témoigné jusqu'ici! Fais en sorte que nous ne gardions pas de ton règne ce souvenir, que nous ne nous sommes relevés que pour retomher ensuite! Et relève pour toujours notre ville! Autrefois les Dieux te furent favorables et tu nous sauvas : sauve-nous de même aujourd'hui. Si tu dois continuer à régner en ce pays, comme tu y règnes, mieux vaut pour toi régner sur une contrée bien peuplée que sur une contrée désolée. Car ni une tour ni un navire ne sont rien, s'ils ne renferment des hommes!

Œdu'e. — Ornes pauvres enfants! Je savais, je n'ignorais pas ce que vous veniez me demander. Oui je sais bien que vous souffrez tous, et, quand vous souffi'cz, nul de vous ne souffre autant que moi. Car chacun de vous ne ressent ((ue sa propre souffrance, et non celle des autres, mais mon Ame, à moi, gémit à la fois sur la ville, sur moi-même et sur vous! Ainsi je ne dormais pas et vous n'avez pas besoin de me réveiller: mais sachez (piej'ai souvent pleuré et tenté bien des voies dans les incertitudes de mon esprit ! Le seul remède que j'aie trouvé dans mes méditations, je l'ai choisi : le fils de Ménécée, Créon, mon irendre, est parti par mon ordre vers la demeure d'Apollon Pythien, pour s'informer de ce que je dois faire ou dire afin de sauver cette ville. Et maintenant, (piand je rapproche le jour où nous sommes du jour de son départ, je suis iii([uiet de ce (piil fait, car son absence a déjà duré plus que de raison, lorsqu'il sera de retour, alors je serais méchant si je ne faisais pas tout ce qu'aura prescrit le Dieu.

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Créon revient précisément à ce moment ; il rapporte la réponse de l'oracle. Laïos, le précédent roi de Thèbes, a péri assassiné ; son meurtrier est dans le pays ; il faut qu'il soit puni; alors seulement cessera la peste. Œdipe se charge d'accomplir l'ordre d'Apollon, et le chœur appelle à son aide les Dieux protecteurs de Thèbes.

Le Chœur. — 0 douce parole de Zeus*, qui, partie de Delphes la dorée, es venue vers l'illustre Thèbes, que nous apportes-tu? Mon esprit est tendu par la crainte; je frissonne d'effroi ; Pœan, Dieu de Délos, dieu secourable! quel destin, je me le demande, me réserves-tu bientôt, ou quand les temps seront révolus? Dis-le-moi, ô fille de l'Espérance dorée, Renommée immortelle!

C'est toi que j'invoque la première, fille de Zeus, immortelle Athéné, et avec toi ta sœur, souveraine de notre terre ^ Artémis, qui siège sur son trône glorieux dans le cercle de l'Agora, et aussi Phœbus qui lance au loin ses traits, ah! tous les trois, montrez-vous pour me sauver. Si jamais, auparavant, quand d'autres dangers menaçaient la ville, vous avez chassé loin de nous la flamme de la souffrance, venez aussi maintenant!

Hélas! je suis en proie maintenant à mille maux! Tout notre peuple souffre, et notre esprit ne trouve point en lui l'arme nécessaire pour vaincre le fléau ! Car la postérité de cette terre illustre ne s'accroît plus et les femmes ne se relèvent point de leurs souffrances^ par des enfantements! L'un après l'autre, comme des oiseaux aux ailes rapides, plus vite que le feu indomptable, les Thébains partent

1. L'oracle ici a été donné par Apollon; mais tous les oracles en général sont regardés comme venant, en dernière analyse, de Zeus.

2. Artémis Eucléia éUiit l'objet d'un culte spécial en Béotie. Son temple a Thèbes était sur l'Agora ; dans le voisinage se trouvaient des statues d'Apollon et d'Athéné.

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