‹ Eschyle, Sophocle, EuripideChapitre 61 sur 96 · DKlccliv · texte numérisé non relu

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retour en Grèce, dans le pays d'Argos aux beaux chevaux, par ta droite que je tiens, je t'en supplie, voici ce dont je te charge : élève-moi un cénotaphe, dresse-moi un monument; que ma sœur pleure sur ma tombe et vienne y déposer des boucles de ses cheveux. Apprends-lui que j'ai péri de la main d'une Argienne, que c'est une fenmie de notre pays qui m'a purifié pour la mort î Et ne délaisse jamais ma sœur; n'oublie pas dans quel abandon se trouvent la famille à laquelle tu t'allies et la maison de mon père. Adieu donc, toi en qui j'ai trouvé le meilleur des amis, compagnon de mes chasses et de mon éducation, toi qui as partagé aussi avec moi tant de maux! Pour moi, Phébus, tout prophète qu'il est, m'a trompé, lui qui, insidieusement, m'a chassé loin de la Grèce pour avoir obéi à ses premiers oracles ! A lui je m'étais confié tout entier; c'est à sa parole que j'ai obéi; mais je péris moimême, en échange du meurtre de ma mère.

Pylade. — Tu auras le bonheur que tu réclames, et certes je ne trahirai pas le lit de ta sœur, ô malheureux! car, mort, tu ne me seras pas moins cher que vivant. — Cependant l'oracle du Dieu ne t'a pas encore fait périr, si près que tu sois de la mort. 11 y a, dans l'excès même du malheur, des chances de changement, quand le destin le veut.

Oreste. — Tais-toi; tu vois bien que les prophéties de Phébus ne me servent de rien ; car voici cette femme qui sort de nouveau vers nous.

IpHiGÉiME. — Gardiens, retirez-vous, et rentrez préparer ce qu'il faut à ceux qui président au sacrifice ! — Voici, étrangers, cette lettre, plusieurs fois pliée. Écoutez ce que j'ai encore à vous dire; car les hommes ne sont pas les mêmes sous le coup du danger, et quand, le danger passé, ils reprennent confiance. Je crains donc que, revenu de ce pays, celui qui doit porter à Argos cette;

iniIGtME EN TAIKIDE. 201

Ici I IV uc lieiine pas compte de mes recommandations.

Oreste. — Que veux-lu donc? que crains-tu?

Iphigéme. — Ouil s'engage par serment à remettre cet écrit.

OiiESTE. — Lui rendras-tu serment pour serment?

Iphigéme. — Que dois-je promettre de faire ou de ne pas faire? dis-le.

Oreste. - — Jure de le faire fuir, sain et sauf, de la terre barbare.

Iphk.é.me. — Ta demande est juste : comment d'ailleurs, sans cela, porterait-il mon message?

Oreste. — Mais le roi le pei-mettra-t-il, lui aussi?

Iphigéme. — Je saurai le persuader, et moi-même je ferai monter ton compagnon à bord d'un navire.

Oreste. — Jure, Pylade; et toi, fenmie, donne-lui la fonnule d'un serment religieux.

Iphigéme. — Je remettrai — voilà ce qu'il faut dire — cette lettre à tes amis.

Pylade. — A tes amis je remettrai cette letti'e.

Iphigé]Me. — Kt moi je te sauvei'ai; tu francbiras les Rocbes noires'.

Pylade. — Quelle Divinité invoquerons-nous, pour garantir ce serment?

Iphigéme. — J'invoque Artémis. dans le temple de laquelle je suis prétresse.

Pylade. — Kt moi le souverain du ciel, l'auguste Zeus.

Iphigéme. -- Si tu me trompais, oubliant ton stMinent?

Pylade. — Puissé-je lu^ pas revenir dans mon pavsl Mais toi, si tu ne me sauvais pas?

Iphigéme. — Que jamais, vivante, je ne remelle le pied dans Argos.

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