‹ Eschyle, Sophocle, EuripideChapitre 62 sur 96 · llocliois du l'ont-Euxiii · texte numérisé non relu

llocliois du l'ont-Euxiii

'202 EUIUPIDE.

Pylade. — Ecoute inaiiUeiiànt quelque chose que nous avons oublié.

Iphigéme. — 11 y a toujours de l'à-propos à parler d'une chose bonne à dire.

Pylade. — Laisse place à une exception : s'il arrivait malheur au navire, et si la lettre, avec tout ce qu'il porte, disparaissait dans les flots, si je ne sauvais que ma personne, alors, que mon serment soit sans effet!

Iphigéme. — Je vois ce que je dois faire; plus on prend de précautions, mieux on atteint le but. Ce que contient cet écrit, ce qui est tracé sur ses feuilles, je te le réciterai pour que tu l'annonces aux miens. Ainsi, j'aurai toute sûreté : si tu ne perds pas la lettre, son langage nmet dira ce que j'y ai fait écrire; si elle disparaissait dans la mer, en sauvant ta personne, tu sauverais ce que je vais te confier.

Pylade. — Tu as raison, et pour toi et pour moi. Dismoi donc à qui dans Argos je dois remettre cette missive, et ce que je dois dire de ta part.

Iphigènie. — Dis à Oreste, au fils d'Agamemnon ♦ « Voici ce dont m'a chargé celle qui fut immolée à Aulis, Iphigènie, qui vit encore, mais qui ne vit plus pour ceux d'Argos. ))

Oreste. — Iphigènie? où donc est-elle? Morte, est-elle revenue à la vie?

IpmGÉ.ME. — C'est elle que tu vois; mais ne me ftiis pas oublier ce que j'ai à dire. « Ramène-moi à Argos, ô mon frère! avant que je meure; ramène-moi de chez les Barbares; enlève-moi au service de la Déesse sanguinaire en l'honneur de laquelle j'ai la charge d'immoler les étrangers. »

Oreste. — Pylade, que dois-je dire? où sommes-nous?

Iphigènie. — « Sinon, je serai une cause de malédiction pour ton foyer, Oreste. » Entends une seconde fois ce nom pour ne pas l'oublier. '

IMIIGÉMK KN TAIHIDK. 203

Ureste. — U Dieux!

Iphigéme. — Tout cela ne re^^aide (juc moi! pourquoi invoques-tu les Dieux?

Oreste. — lV)ur rien; continue; ma pensée était ailleurs.

Iphigéme. — Peut-être, en t'interrogeant, Oreste viendral-il à douter de ce que tu lui apprendras. Apprends-lui donc que la déesse Arténiis me sauva, en me substituant une biche que mon père sacrifia à ma place, s'imaginant me frapper du glaive perçant; et qu'elle me transporta dans ce pays. Tel est mon message; voilà ce que contient cet écrit.

PyLADE. — Ah! comme le sei'ment que tu mas inq)osé est aisé à tenir! et quel heureux serment tu as prononcé toi-même! Je ne mettrai pas longtenqjs à le remplir, ce serment que j"ai juré! — Tiens, Ureste, je t"ap})oiie celte lettre, et te la remets, de la part de ta sœur.

Oreste. — Je la prends; mais, sans l'ouvrir, je ne perdrai pas mon temps à commencer par le plaisir de la lire. 0 ma sœur bien-aimée! tout stupéfait que je suis, je veux me donner la joie de t'enlourer de mes bras; je ne puis croire à mon bonheur, si surpivnant est ce que je viens d'apprendre !

Le (jiŒrR. — Ktranger, tu as tort de souiller la servante de la Déesse, en touchant de tes mains ses vêtements inviolables !

Oreste. — 0 ma sœur! ô fille d'Agamenmon, mon père! ne te détourne pas de moi; voici ton frère, (pie tu désespérais de retrouver!

Ii'HiGÉ.NiE, — Ouoi! toi. mon frère! tais-toi! Il es! à Ai'gos et à Nauplii'.

Oreste. — Non. Ion frèi'i' n'est pas là-bas, malheureuse!

Iphigéme. — Ainsi, tn sei'ais le fils de la filli* de fyndare. la Laconienne!

Oreste. — Oui, et le fils du fils de Pélops est mon père.

Iphigénie. — Que dis-tu? Peux-tu me donner quelque preuve?

Oreste. — Certes, interroge-moi sur notre maison paternelle.

IpmGÉNiE. — Eh bien! parle, je t'écoute.

Oreste. — Je te dirai d'abord ce que j'ai entendu raconter par Electre : tu sais quelle discorde s'éleva entre Atrée et Thyeste?

Iphigénie. — Je le sais; c'était au sujet du bélier* à la toison d'or.

Oreste. — Tu sais que cette histoire, tu l'as représentée sur de riches tissus?

Iphigénie. — 0 cher ami! tes pensées se rencontrent avec les miennes.

Oreste. — Et sur ces tissus on voyait aussi ^ le soleil se détourner?

Iphigénie. — Oui, j'ai tissé aussi cette image dans la trame légère.

Oreste. — Tu sais avec quelle eau ton père t'a fait prendre le bain nuptial'' à Aulis?

Iphigénie. — Je le sais : ce n'est pas le bonheur de mon mariage qui a pu me le faire oublier*.

1. Un bélier merveilleux à la toison d'or, qui devait être le ga^e du pouvoir suprême, et (jue se disputèrent Atrée et Thyeste. La fable est racontée en détail par Euiipide dans VOrcstc et surtout dans r Electre.

2. Le soleil se détourna, selon la fable, quand Atrée pour se venger de Thyeste, son frère, qui avait déshonoré sa femme, lui offrit dans un repas les chairs de son 111s.

3. L'épouse se purifiait par un bain le matin du jour des noces Clytemnestre avait porté avec elle à cet effet de l'eau prise à une source d'Argos, (juand elle conduisit à Aulis Iphigénie, fiancée, croyait-elle, à Achille.

4. Iphigénie veut dire qu'elle eût pu oublier ce petit détail, si son mariage avait été un mariage connue les autres.

IPHIGKNIE EN TAl'RIDE. 205

Oreste. — Te rappelles-tu encore qu'en allant au sacrifice tu envoyas à ta mère une boucle de tes cheveux?

Ii'HiGÉME. — Oui, comme une relique qui devait tenir lieu de mes cendres et être déposée dans mon cénotaphe.

Oreste. — Voilà ce que m'a dit Electre. Ce que j'ai vu moi-même, je vais te le dire connue nouvelles preuves : dans le palais de notre père se trouve la lance antique de Pélops, que brandissait sa main quand il conquit la vierge de Pise, Ilippodamie, et tua Œnomaos; cette lance est cachée dans ta chambre de jeune fille.

IpmGÉME. — 0 mon bien-aimé ! — car quel autre nom te donner? n'es-tu pas celui qui m'est le plus cher au monde? — je te retrouve donc, Oreste, loin de la terre natale, loin d'Argos, ô mon ami!

Oreste. — Et moi je te retrouve, toi que tous croient mortel Des pleurs sans amertume, des larmes de joie mouillent ta paupière comme la mienne!

Iphigénie. — Toi que j'avais laissé, enfant encore, aux bras de ta nourrice! Que dire? le bonheur qui emplit mon cœur ne peut s'exprimer par des paroles! Surprise indicible et incroyable!

Oreste. — Puissions-nous être heureux désormais ensemble!

IPHKiÉNiE. — Joie inimaginable, ô mes amies! Je crains qu'il ne s'échappe de mes bras et s'évanouisse dans les aii*s comme un fantôme! 0 patrie! ô foyer cyclopéen* de ma chère Mycènes, grâces vous soient rendues pai'ce (|ue vous avez nourii pour moi ce frère bien-aimé, lumièie de notre maison!

Oreste. — Notre vie est un boidieur pour notiv race! mais pour nous, à ma sœur, le malheur s'est attaché à

nous.

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