‹ Eschyle, Sophocle, EuripideChapitre 64 sur 96 · I.KS nACClIANTKS · texte numérisé non relu

I.KS nACClIANTKS

j'éproiivnis <-()inni(' iiiic lione : « ÉtiMiifi'cr, ce n'est pas de ma propre autorité (pie je t'eniiiiène; j'obéis aux ordres d(» Pentliée, qui m'a envoyé. » Quant aux lîaccliantes que tu as fait saisir, que tu as fait lier et enfermer dans la prison pu])lique, elles ont fui, elles sont lil)res, elles bondissent dans les campagnes, en invoquant le dieu Bromios*. Les liens de leui's pieds se sont déliés d'euxmêmes, et les vei'i'ous des portes ont cédé, sans l'intervention d'une main moitelle! — Oui, cet liomme, depuis qu'il est venu à Tlièbes, ne fait que des miracles! A toi maintenant de voir ce qu'il faut faire.

Pknthki-;. — Déliez-lui les mains-; le voilà dans mes fdets; vous verrez bien s'il est assez agile pour s'échapper! — Certes, les formes de ton corps sont belles, étranger, et faites pour séduire les fennnes : aussi bien, est-ce pour cela (jue lu es vtMui à Tliébes. On voit assez quv tu ne fréquentes pas les j)alesli'es; les longues boucles de tes cheveux tond)ent avec mollesse le long de tes joues, inspirant le désii'; ton teint est blanc et soigné; les rayons du soleil ne l'ont j»as bruni; tu restes à l'ombie, cherchant l'anïour avec ta beauté. Mais d'aboid, dis-moi ([ui tu es, étranger'?

Dionysos. — Il m'est aisé de le dire, et sans vanterie. Tu as entendu parler du Tmolos lleuri'.'

Pknthkk. — Oui. je coimais la niimlauiie (pii t'ii\ii(miie la ville de Sardes.

Dionysos. — .le suis de ce |»ays. la Lybc es! ma patrie.

Pk.ntiikk. — Mais (pii t'a poussé à introduire ce culte dans la (irèce"'?

I. Smnoin di' l>;i((lms. Mol h iiml : l(> liniy.mt. '2. Tcxlc iiiC(Ml:iiii.

r». l'oiillu'o et les Tlit'l);uiis croient voir dans Iiionysos nii proplièlo du I)i(Mi: Dionysos ne sVsl pas rcvclc t'nrorc ronnnr le I)i(Mi Ini-nirnio.

K>(:ilYI.K.->Oill(tCI.I>KlltlPinK. 14

Dionysos. — C'est Dionysos, le fils de Zeus.

Penthée. — Y a-t-il là-bas un autre Zeus, qui donne le jour à de nouveaux Dieux?

DioisYsos. — Non, car c'est ici même que Zeus s'unit à Sémélé.

Penthée. — Le Dieu t'a-t-il donné ses ordres en songe, ou bien face à face?

Dionysos. — Il s'est montré à moi en personne, pour m' enseigner ses mystères.

Penthée. — Et ces mystères, en quoi consistent-ils?

Dionysos. — On ne peut les révéler à ceux qui ne sont pas initiés!

Penthée. — Quel profit apportent-ils à ceux qui les célèbrent?

Dionysos. — Tu ne peux le savoir, — quoique la chose en vaille la peine.

Penthée. — Tu parles avec adresse, pour exciter ma curiosité.

Dionysos. — Non! car les impies, les mystères du Dieu les repoussent !

Penthée. — Puisque tu affirmes que tu as vu le Dieu, comment était-il?

Dionysos. — Gomme il voulait : ce n'était pas moi qui lui avais prescrit comment il devait être.

Penthée. — De nouveau tu sais te dérober à mes questions, et répondre habilement sans rien dire

Dionysos. — Le sage, quand il s'adresse à l'ignorant, parait fou.

Penthée. — Cette terre est-elle la première où tu sois venu apporter le Dieu?

Dionysos. — Tous les barbares déjà célèbrent nos mystères.

Penthée. — Oui, les Barbares ont beaucoup moins de sens que les Grecs.

Dionysos. — Non pas à ce sujet, du moins! Ce qui est vrai, c'est qu'ils n'ont pas les mêmes usages.

l^KNTHKK. — (!'>lèl)ivs-tu ces céivuionies de nuit ou plaidant le jour?

Dionysos. — Lanuil, (roi'dinaire. Les l('Mièl)res soiil augustes.

Penthkk. — Cela ne vaut rien pour les l'enuues et est périlleux pour elles.

Dionysos. — Dans le jour aussi les pensées honteuses savent naître.

Penthkk. — Tu seras châtié pour toutes ces finesses hahiles.

Dionysos. — VA toi pour ton ignorance et ton impiété à l'égaid des Dieux.

Pknthkk. — Cet adorateur de Hacrhus est ])ien hardi, ci exercé à la parole I

Dionysos. — Dis-moi ce (pie je dois suhii' : (pnd suj)plice m' infligeras-tu 7

Pknthkk. — D'ahord, je \v lierai couper les molles houcles de tes cheveux.

Dionysos. — Ma chevelure est sacrée; c'est en l'Iionneur du Dieu que je la lais croître.

Pknthkk. — Knsuite, doime-initi ce thyrs(^ (pic tii liens à la main.

Dionysos. — Knlcvc-lc-m(»i loi-incmc, cai' il apparlicnt à Dionysos.

pKNTHKE. — Nous te gardcroiis enfermé dans une jirison.

Dionysos. — Le Dieu saura me délivrer, (piand je le voudrai.

Pknthkk. — Oui. sans donic (juaiul In liiixoipieras, au milieu de les llacchaiilcs'?

1. (!osl-M-(liir j;im;iis, itiiis<|iic Dionvsds (Mii|irisonn(' scim .*scpart^ (l'ollos.

212 ErniPTOE.

Dionysos. — Et maintenant il voit mon état : il n'est pas loin.

Penthée. — Où donc est-il? Mes yeux du moins ne le voient pas.

Dionysos. — Il est près de moi : c'est ton impiété qui t'empêche de le voir.

Penthée. — Saisissez-vous de lui : cet homme se rit de Thèhes et de moi-même.

Dionysos. — Ne me liez pas, je vous le dis! Et je sais pourquoi je vous le dis, si vous ne me comprenez pas!

Penthée. — Et moi j'ordonne qu'on te lie, moi qui suis plus puissant que toi.

Dionysos. — En me méprisant tu ne sais pas ce que tu fais* ni qui tu es.

Penthée. — Je suis Penthée, fils d'Agave, et d'Échion.

Dionysos. — Ton nom seul indique assez que tu es destiné au malheur-.

Penthée. — Va-t'en! Enfermez-le dans l'étahleaux chevaux. Qu'il ne voie plus que les ténèhres. Va céléhrer'' làbas tes chœurs. Quant à celles que tu as amenées avec toi, ces complices de tes crimes, ou je les ferai vendre comme esclaves, ou je les garderai coimne servantes et leur ferai tisser la toile; je saurai bien Itûre taire le bruit de leurs tambourins.

Dionysos. — Je vous suis; car ce que je ne dois pas subir, nul ne ine le fera subir. Pour toi, Dionysos, que tu nies, saura te demander compte de ces outrages; en me condamnant injustement, sache que c'est lui-même que tu fais conduire en prison.

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