‹ Esclavage et traite: (volume 2)Chapitre 10 sur 24 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Question de principe.

Jusqu'ici , j'ai parlé de l'esclavage comme d'un fait monstrueux et criminel. Je l'ai fait sans en fournir immédiatement la preuve, et j'ai eu le droit d'en agir ainsi ; car, malgré ce qu'on peut avancer ou insinuer de contraire , la conscience publique a peu de doutes à cet égard , et il est permis de supposer, pendant quelques instants , qu'il y a chose jugée.

Mais je sais que dans ce siècle de paradoxes , où , faute de découvrir des vérités nouvelles , on se fait assez volontiers l'apôtre des contre-vérités ; je sais que beaucoup d'hommes ont plus ou moins ouvertement défendu l'esclavage comme principe ; je sais qu'ils ont comparé la situation heureuse de nos esclaves aux misères qui sont le partage des ouvriers européens ; je sais que les vieux arguments sur la profonde inégalité des races, ofliciel lement abandonnés, ont été honteusement repro-

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duits; et mon intention n'est ps de laisser un seul prétexte à la mauvaise foi^ encore moins, de laisser un seul doute aux esprits sincères.

Il est bon, d'ailleurs, de descendre quelquefois sur ce terrain; de révéler au publie, sans exagération, mais sans réticence, ces détails dont il ne s'avoue pas complètement la réalité; de kii dire quelles sont les dispositions législatives encore inscrites au code de la France , et qui s'exécutent au nom de son gouv^druement. Celte discussion , où toute l'éloquence est dans les faits, dans les textes, n'est pas celle qui porte le moins de conviction dans les esprits. Examinons donc la question de principe.

Et par-là je n'entends pas la question économique , mais la question morale. Pour la première , quand elle ne serait pas résolue depuis longues années, je croirais encore devoir la négliger, tant olie me senable secondaire et petite à côté de Fàutre. Tout le monde sait que le travail d'un ou* ▼rier libre est bien supérieur à celui d'un esclave. L'etpéri^ice pratique a toujoui-s confirmé à cet égard les affirmations de la science. Leur vérité a élé constatée récemment dans celles des tles anglaises où des ouvriers blancs ont été introduits , dans celles même où les planteurs ont loué le travail des nègres libres. Elle l'avait été dès longtemps dans l'Amérique du nord , où les colonies à

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esclaves étaient toujours demeurées en arrière de celles qui n'en avaient pas.

Mais , je le répète , la question n'est p^s là. Il s'agit de savoir si Ton peut trouver, ou dans la nature intellectuelle et morale des nègres, ou dans les dispositions législatives qui règlent leur position , une justificati<m quelconque du fait d'esclavage , que j'ai déncmcé comme odieux« Dans le cas où cette justification serait impossible , j'aurais le droit de penser et de dite qu'aucune considération d'intérêt ou même de patriotisme, ne peut excuser les partisans de l'esclavage.

Les partisans de l'esclavage ! me dira-t-on ; mais il n'en existe aucun. Si quelques hoomies se résignent à subir un fait déplorable ; s ils ne croient pas à la possibilité actuelle de sa suppression ; ils sont loin cependant d'approuver ce fait.

Je voudrais le penser ; mais pour le penser , il faudrait perdre la mémoire. Entre tant de déclara-* tions positives , je veux en rappeler une seule, jJos solennelle et plus publique que les autres. H y a deux ans, M. Dufie, gouverneur delà Caroline du sud , écrivait, dans son message , qu'il considérait l'esclavage comme la pierre angulaire de la Kberté républicaine ; et, qu'à Farticle de là mort , sa dernière prière serait pour que les enfants de ses enfants ne vécussent jamais qu'au milieu des in-

sdtutioDS de l'esclavage. Et Tuo des comités de la l^islature ne craignit pas d'acquiescer à tous les sentiments exprimés dans ce message !

Il y a donc des partisans de l'esclavage. Mais , Dieu meitn , il n'y a plus de partisans de la traite. La traite, qui faisait dire à M. Canning, qu'un vaisseau négrier avait été reconnu contenir, dans le moindre espace possible , la plus grande masse de crimes contre l'humanité ; la traite , coupable des attentats qu'elle provoque comme de ceux qu'elle commet, et dont l'indigne commerce ne peut s'alimenter que par la violence et par la trahison. Hé bien 1 l'esclavage, c'est la traite. En vain voulez -vous séparer ces deux faits. La raison ^ l'histoire les réunissent étroitement. L'histoire vous montre l'esclavage et la traite se donnant la main à la fondation de nos colonies. Elle vous les montre disparaissant l'un et l'autre sous la convention , rétablis Fun et l'autre sous le consulat. EUe vous montre l'abolition de la traite votée en Angleterre , conune un préliminaire obligé de l'abolition de l'esclavage. La raison vous dit , qu'en abolissant vous-même la traite , vous avez marqué l'esclavage au front d'un signe que tout le monde voit , les noirs comme les blancs , et que l'on ne soutient pas impunément les institutions qui sont marquées ainsi.

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