QUESTION DE PRINCIPE
Mais , tout décisif qu'est ce rapprochement , je ne prétends pas m*en prévaloir. Je veux aDer au fond même de la q[uestion, et demander d'abord aux faits si l'infériorité irrémédiable de la race nègre ne peut point être mise en doute. Certes ( et je me hâte de le dire ) , cette infériorité serait loin d'être une excuse suffisante de la servitude; mais si cette infériorité n'existe pas , si la capacité intellectuelle et morale des nègres est constatée jusqu'à l'évidence , il sera permis de demander à la législation un compte plus sévère de ces esprits qu'elle a déprimés , de ces âmes qu'elle a humiliées et dégradées.
Commençons par l'intelligence. Je n'ai pas mesuré 1 angle facial des nègres, et je conviendrai volontiers qu'il est moins ouvert que celui des Européens. Je ne disputerai pas davantage sur Fétat d'incivilisation complète où vivent les tribus africaines, semblables en cela à tous les peuples sauvages , depuis les Caraïbes que nous avons détruits en Amérique , jusqu'aux habitants de la Nouvelle-Zélande et de l'archipel des Amis , que leur peau soit noire, rouge, ou de toute autre couleur ; mais que les nègres , pour avoir vécu pendant des siècles à l'état sauvage, soient déclarés incapables de tout progrès ; c'est une assertion que je ne saurais repousser avec assez d'énergie.
22 ESCLAVAGE BT TRAITK-
Certes, d'est une ciTilisation Inen impar&ite que celle qu'ils ont reçue de nous avec Vesclavage. Je n'ai pas besoin de rappeler quelles traces une oppression incomparablênientplus douce a laissées (ïxez les peuples les plus avancés. C'est une des grandes impiétés de la servitude que cette dégradation de Tàme humaine.
Hé bien ! malgré 1 esclavage , les nègres de nos col<Hiie8 ont fait d'immenses progrès.
Je ne veux en croire ni le témoignage unanime dès hommes qui les ont vus , ni ce préjugé signifi* catîf qui ^ dans toutes ks iles, place le nègre récemment débarqué au-dessous de ceux qui ont été importés avant lui, et mesure en quelque sorte la noblesse de ces infortunés sur le nombre des générations de servitude. Je ne veux pas même en croire ce témoignage oflSciel que le gouvernement a consigné dans les notices imprimées par son ordre, et duquel il récite que les enfants cfe couleur qui fréquentent les écoles font généralementpreuve d'aptitude. Je ne veux pas non plus , m'appuyer sur des exemples trop éclatants pour ne pas être d^ exceptions, et rappeler que l'Académie des scièncescompteun noir au nombre de ses membres correspondants. Non, il &ut voir des nègres qui ont passé par l'esclavage, livrésàeux-mêmeset aux prises avecd^immensesdifiicultés, pour juger de l'éten-
QUESTION DB PlUHCtPE. ^3
dMiktreflfioarcesqiie Dieu dépoM dans leur esprit.
S*il est une œuTre difficile , une œurre qui e3%e dq k penévérenoe , du génie > c'est Tooii- Yw de là ooDstitution d'un gouvernenMBt régulier le lendemein d'une révolution. Nous ne le «ivons que trop, nous qui, dqMiis huit années , luttons pour atteindre ce Imt, et dont la msarche lente y laborieuse, incerlainfl, semble parfois m^e rétrograde ! Qtt*eût«ce été si , au lieu de nptre révolution de juillet, iaite au nom de la Qiarte et des lois^ si calme , si pure, si peu subyeraive, et, qu'on me passe le mot , si peu révolutionnaire, qo'ràt^ce été si nous avions eu affiiire à un de ces grands bouleversements qui mettent au-dessus de la société ce qui était au-dessous , et qui jettent à la tâte des affiiires une dasse habituée à la servitude? Qu'eût-ce été, ei cette servitude, mille fois plus absolue que le servage, avait égalé en rigueur l'esdavagedes Antilles, et si la classe ainsi ajqp^e au gouvernement^ avait reçu à la fois et la personnalité civile et la souveraineté politique?
L'imagination s'épouvante k cette seule pensée. £b bien , telle est la situation où se sont trouvés les nègres de Saint ^^Domingue. Non-seulement il a fallu in^roviser des chefs, qui ^ pas plus^ que la masse ^ ne pouvaient éclairer de Texpérience de la v^dile la conduite du lepidemain , mais>
il a fallu repousser sucoessivement et les attaques de r Angleterre , et rinvasion de la France. Vainqiieurs dans ces deux terribles raocontres, il a fallu rester sur un sol dévasté, au milieu des cités en ruines et des plantations incendiées, et, ce qui est plus effrayant, au milieu des souvenirs d'une lutte longtemps retardée , mais enfin rendue inévitsMe, entre deux races ennemies.
Les nègres de Saint-Domingue ont-ils rétrogradé vers la barbarie? ont-ils repris la vie de tribus sauvages? le travail a-t-il été abandonné? le dieu qu'ils avaient appris de leurs anciens maîtres , l'ont-ils délaissé pour les fétiches de la côte afiricaine ? Non. A la face du monde entier, étonné et. frémissant d une nouveauté si dangereuse, à la face de T Angleterre qui les convoitait , de la France qui s'indignait de les avoir perdus pour elle, à la face de toutes les nations à colonies, effirayées d'un exemple si contagieux et si voisin, ils ont fondé une nationalité sérieuse, reconnue par les traités; ils ont fondé un gouvernement durable; ils ont continué, rétabli la culture des champs; ils ont si précieusement gardé le souvenir du dieu qui seul avait consolé leur servitude, qu'ils ont conservé à ses images cette couleur blanche , proscrite d'ailleurs dans File entière par une haine trop justifiée.
Et ne dites pas que ce miracle d'intelligence et
QUESTIOÎS DE PRiNaPE. ^5
de. ferm^ est dû à la présence d'une race plus avancée , intermédiaire en quelque sorte entre les Européens et les nègres, à la race mulâtre.. Lliis* toire démontre le contraire. C'est un noir, Toussaint-Louyerture, qui a posé les bases du nouvel état de choses. Ce sont deux noirs, Christophe et Dessalines, qui, par une administration dont la sagesse ne peut malheureusement pas faire oublier les cruautés, ont le plus contribué à l'affermir.
Les qualités morales des nègres ont été moins contestées que la perfectibilité de leur esprit. Cependant , qu'il me soit permis d'en dire quelques mots ; qu'il me soit même permis de faire une exception à la règle que je me suis imposée, en citant un témoignage non officiel , et d'emprunter à l'ouvrage publié récemment par miss Martineau sur la société américaine, l'anecdote suivante , qui porte , si je ne me trompe, l'inimitable cachet de la vérité.
« Une de mes amies connaissait à Washington une femme qui avait été esclave, et qui, après avoir gagné sa liberté, avait travaillé constanunent pendant plusieurs années, s'imposant les plus dures privations , afin de racheter son mari et ses enfants. A l'époque où mon amie la connaissait, elle était garde*malade , et son mérite dans l'exer-
a6 ESCI^TAGB ET TftAITS
cice de fies deroin lui procarait un sakî» élevé. Elle s'était d'abord rachetée elle«niéme , après aTOir, par des traTaux supplémentaires, g^goé trois ou quatre cents dollare. Elle avait ensuite gagné la môme somme et racheté son mari; sur cinq en&ntSy elle en avait déjà libéré trois, la dernière fois où mon amie l'avait vue. Elle ne faisait point parade de sa persérérance et de son dévouement ; ce n'est qu'en la questionnant qu'on put oonnat*tre son histoire, et elle semblait convaincue qu'elle n'avait littéralement fait que son devoir* Mon amie était dans l'habitude de venir de loin chaque année, pour faire un présent è cette pauvre femme; mais j'ignore ce qu'elle est devenue, et si elle est morte avant d'avoir complété sa tiche, l'aflBranchissement de sa famille. »
Je n'ajouterai qu'un mot. L'aflfection maternelle est tellement développée chez les négresses, qu'elles s'épuisent en se livrant à un travail au^ dessus de leurs forces pour laisser plus longtemps à l'école leurs enfiintsdéjà vigoureux, et en âge de les aider .C'est au rapport d'un commissaire envoyé récemment dans les colonies de la Grande*Breta^ gne que j'emprunte ce détail significatif.
Mais j'ai hâte d'arriver à des chiHres qui sont plus significatifs eùeove , h des chiffres que je puise dans les notices publiées par le ministère de la
f^ESTlOB DB PRINCIPE. 2^
marine et des colonies* Voici qoeUe a été, en 1 83^, la répartition des condamnationsentre les hommes libres et les esdaves qui halntent nos colonies.
A la Guyane , où la population libre s'élève à 5,o58 Ames , et la population esclave à 16,898, la première a subi trois condamnations, et la seconde dousEe, ce qui donne une condamnation sur 1,686 iilM*es, et sur i,4oB esciaves.
 la Martinique, où la population libre s'âève à 37,955 âmes, et la population esclave à 78,076, la première a subi vingt condamnations , et la seconde quarante-quatre; ce qui donne une condamnation sur 1)897 l^^i^ ^^ ^^^ ^'774 esclaves.
A IHerBourbon , où la population libre s'élève à 35,6a3 âmes, et la population esclave ë 70,406; la première a subi vingt-deux condamnations , et k seconde vingt-six ; ce qui donne une condamnation sur 1,619 1^1^^^ et sur ^1,700 esclaves.
Enfin , à la Guadeloupe, où la population Kbre s'âève à 3i ,a5a âmes , et la population esdave à 96,321, la première a suln vingt-six condamnatimis et la seconde dix-neuf; ce qui donne une condamnation sur i ,!2oalibres etsur 5,070 esclaves.
Prétendrait-on expliquer ces chiffres, en disant que le Gode noir soumet à de simples peines disciplinaires, certains délits qui, commis par les blancs,, donneraient lieu â des poursuites judiciaires? Je
:i8 ESCLAVAGE ET TRAITE.
répondrai queceCode a aussi inventé pour lesesclaves des crimes qui n'existent pas pour les hommes libres* Il y a au moins compensation ; et le fouet des planteurs a laissé entière sa part de la prison et de l'échafaud.
Je n'insisterai point sur les proportions que j'ai établies. Elles parlent d'elles-mêmes. La presque égalité qui existe à la Martinique et à la Guyane suffirait seule à relever une populationque l'on calonmie; puisque, malgré la flétrissurede l'esclavage, elle demeure aussi pure que ses maîtres devant l'impartialité des tribunaux. Maiscette supériorité immense que signalent les relevés de Bourbon et de la Guadeloupe, est plus éloquente encore. Sur le même nombre de blancs et d'esclaves, les premiers subissent un nombre double ou même quadruple de condamnations. Je n'en dirai pas davantage.
Je passe à la seconde partie de la question , à celle que l'on expose le plus volontiers. On se plaît à nous présenter des tableaux presque séduisants de la félicité dont jouissent nos esclaves, et l'on termine en affirmant, qu'en fait, l'esclavage n'existe plus , et que c'est à un 7770^ que lés partisans de l'émancipation font la guerre.
S'il en était ainsi , je le déclare , je ne prendrais point la plume. Je ne me sens pas d'humeur à faire la guerre aux mots, quelque odieux qu'ils
QIJESTION DE. PRINCIPE. 2^
soient ; et à disputer à ceux qui les conservent pour Famour deui -mêmes, la jouissance de cet inqualifiable plaisir.
Mais si je prouve , les textes à la main , que notre esclavage est bien , quoi qu on en ait dit , l'enfant légitime de l'esclavage antique; que notre législation , comme celle de Rome , ne voit dans l'esclave que la chose de son maître , et ne craint pas de déduire elle-même toutes les conséquenoes de ce principe ; qu elle est moins généreuse que Platon et Homère, qui accordaient aux esclaves une moitié de l'âme humaine; si je montre, qu'aux termes de nos lois non abrogées, l'esdave est une propriété mobilière , qui devient quelquefois immeuble par destination ; qu'il naît et meurt sans que la loi s'informe d'un fait étranger à son domaine, et que la statistique administrative peut seule revendiquer ; que son mariage, reconnu par Dieu, n'existe pas aux yeux des hommes; que même, dans ce lien sacré, ses enfants , (ses petits, devrais-je dire) ne sont qu'une accession de la mère , et appartiennent de plein droit au maître de celle-ci ; que l'esclave ne peut acquérir que pour son maître ; qu'il est soumis à une législation exceptionnelle, dont une ordonnance récente a, pour, la première fois, adouci l'atrocité; que son sang enfin est tarifé, et que la loi ditce qu'il coûte, que ce
Ho BSCLATAOE BT TRUTB.
soit uoe balle anglaise ou le gkive du bourreau qui l'ait yersé ; si je montre tout cela, n aurai'je pas le droit de dire que , derrière le mot, il y a la chose?
Ah ! je comprendrais à la rigueur que , dans les îles espagnoles, on élevât cette prétention, et qu onyoulàtrédnireresclarageà un simple mot.Là, du moins, la loi plus inconséquente, a toujours été plus humaine. Là, le pécule est reconnu, Taffranchissement facile et complet, le mariage respecté, la pénalité égale pour tous. Là, jusqu'à un certain point, Tesclave est traité comme une créature semblable à nous. Dans nos tles, on est mal venu à vanter la situation légale des esdaves.
Je sais ce que Ton va me dire : leur situation réelle est bien supérieure à leur situation légale ; depuis longtemps le fait a pris la place du droit, et c'est du fait qu'il faut nous parler. Mais ne voyez-vous pas que ce fait , que je serai heureux de constater ici , pour Thonneur de nos colons , est lui-même la condamnation la |dus énergique de la législation de Tesclavage ? Ne voyez- vous pas que c'est à cette législation que je m'attaque, et que si vous en faites si bon marché , si vous consentez à son abrc^ation, je me déclare entièrement satisfait? Oui, reconnaissez légalement la personne de l'esclave ; reconnaissez son mariage et toutes ses conséquences, son droit de propriété
QUENlOlf DE PRINCIPE 3l
et de trBiifiiiiissîon bëréditaire ; abolissez la lëgtsk^QQ excepcionnclk qui le concerne; réduisez Fesclavage à un contrat d'abonnement par famille et pour de tongues années , en yertu duquel le maitf e donne Tentretien et Tesclave son travail ; et il ne me reslera plus qu'à tous demander que le otmtrat soit librement consenti des deux parts. Vous pourrez après, sibon vous semble, lui conser* ver le nom d'esdarvage.
Jusques-là , et tant que vous maintenez avec grafud soin une législation exécrable, permettez qu'oa en p&ile , et qu'on n'accorde pas aux usages généreux qui lui sont contraires , et dont vous iEaites tant de bruit , plus d'importance qu'ils n'en ont réellement»
Je ne croîs pas que, dans nos îles, on voie , comme à la Jamaïque, des nègres conduits par des chevaux à eux , se promener »i cabriolet avec des noirs en livrée ( i). Mais je reconnais que Vintérêt même du maître a, depuis Fabolition de la traite, introduit de notables améliorations dans le sort de nos esclaves. Je reconnais qu'ils ont en général la jouissance d'un jcHir , outre le dimanche; qu'ils peuvent le consacrer à cultiver pour leur propre c<»npte un terrain qui leur est gratuitement concédé ; que les sommes gagnées par eux leur sont
(j) AappcMrt à lord Glenelg.
abandonnées; qu'enfin , la durée de leur travail, dans les jours réservés au maitxe , n'excède pas neuf heures sur vingt-quatre.
Mais comment oublier que le maître est le propriétaire légal du pécule de son esclave , et que la vente de cet esclave n'est pas sujette à plus de difficultés que celle de l'attelage de ferme auquel la loi l'assimile?
Je reconnais que , tandis que les femmes de nos campagnes travaillent la veille de leurs couches , et quelquefois encore le lendemain , la femme esclave est dispensée de tout travail pendant les deux mois qui précèdent et qui suivent sa délivrance. Je reconnais qu'on a pour elle tous les soins que réclame la reproduction d'une race aussi précieuse.
Mais je ne comprends pas comment on proclame sans cesse, au lieu de la cacher par pudeur , cette ignoble provocation au libertinage. Oui , il faut qu'on le sache, la générosité des maîtres va plus loin que cela. Chaque enfant vaut à sa mère une prime de 12 à i5 fr. Il lui vaut une augmentation de son temps de liberté ; et si elle est assez dévergondée et assez féconde pour arriver à huit , elle obtient sa Uberté tout entière !
n faut s'être familiarisé avec l'esprit de cet édit de i685 , si bien nonrnié Code noir , et avec l'esprit de toute la législation ultérieure , pour comprendre dé pareilles abominations. Il faut y avoir
QUESTION D£ PRtNGIPS. 33
TU fétaUissement du mariage religieux, sous k condition du consentement des maîtres , et Tabsence de tout mariage civil , de toute constatation légale des naissances et des décès. H faut avoir vu les proclamations par lesquelles les gouverneurs de nos îles prenaient soin de rappeler, en^'promulguant le Code civil, que la loi ne reconnaissait pas d état civil aux esclaves. Il faut avoir lu les dispositions en vertu desquelles Tenfant suit Fétat de sa mère , et appartient au propriétaire de celled , alors même qu'il y a mariage , alors même que le père est libre.
Je n'ai pas le courage de citer , dans tous ses détails, cette législation monstrueuse* Les mutilations qu elle ordonnait, repoussées dès longtemps par l'humanité des administrations coloniales , ont enfin été abolies par la loi. La loi a enfin détruit cette inégalité inefiaçable qui séparait des blancs les noirs affianchis ; elle en a fait des citoyens. Elle a implicitement abrogé par-là , et Tinterdiction de recevoir, et la menace permanente de rentrer en esclavage en cas de recel. Déjà, en 1827 et 1828, onavait limité à une durée de huit mois, et au seul cas de danger pubUc» l'établissement de ces tribunaux exceptionnels, qui en i8i3 ont fait couler tant de sang à la Martinique , et qui sont restés debout à Bourbon, depuis l'an XII jus-
34 B3GLAVAGI: ST TUAIT*.
qu'on 1817 ; à la Giujane, depuis 1819 jusqu'en
Combien d'autres dispûsitions n'ont pas encore été ahoUes. Je ne parle pat de celles qui prodiguent le fouet; qui pernaettent, dans une foule de cas, d^^pphqt^er/çicukaiwement la peine de mort ; de celles qui , rendues pour la protection de l'esclaye, fixent le maxînium du nombre des coups que son maître peut lui donner , et menacent celui-ci d'une amende de 5oo fr. s'il met son esdaye à la torture ; plus humaines en cela que la loi anglaise , qui per« mettait de tuer son esclave pour le mémeprix JTairne à penser que tous ces articles n'existent réellement plus ; et qu'à défout du législateur , les mœurs publiques les ont biffés de nos codes. Mais il en est d'autres qui sont encore en pleine vigueur , e| cela à notre honte. N'avons-nous pas vu , il y a trois ans , le conseil colonial de la Martinique rejeter un projet de loi portant diminuti<»i de Findem* nité due au maître pour un esclave justicîé? Je ne sais si je me trompe ; mais il me semble que ce remboursement du sang, tout logique qu'il est dans le système de l'esclavage, a quelque cbose de plus odieux que le reste même de ce système.
FaitesrvouA payer, comme en 1769 et en 1804, le prix des esclaves estropiés ou tués pour votre défense, sous le drapeau national; exiges tant pour
une Tie , tant pour un membre. Rien de plus juste. L'état a usé, pour son service, des instruments que vous réserviez pour le vôtre. H vous doit une indemnité. Mais, au nom du ciel , ne marchandez pas avec le bourreau*
Je termine par une simple réflexion. Le premier article du Code noir ordonne de baptiser les esclaves et de les instruire dans la religion chrétiennCé Longtemps on a outragé cette religion en associant 9u commerce de la traite $es prétendus intérêts. Il est temps dç lui donner la réparation à laquelle eUe a droit, et de se souvenir deaparQles de l'Ap^lrc : * En Christ ^ 3 n'y a ni maîtres ni esclaves4 »
36 ESCLATAGI ET TRAITE.