ÉTAT DE LA QI3BSTI0N EN FRANCE
commissaires chargés de procéder à uoe enquête , et de porter la lumière sur une question, dont tout le monde parle, et que peu de personnes connaissent à fond.
Voilà notre histoire dans son inexorable vérité. Il m'en coûte de Fécrire ; mais , en le faisant , je crois être plus utile à mon pays, que ceux qui Fendorment au bruit de louanges monotones sur ses vertus et sa générosité.
A Dieu ne plaise cependant, que je méconnaisse ce qu'il y a de noble et d'élevé dans le caractère de notre nation. Je sais qu'on lui a souvent adressé un reproche , que , pour ma part , j'accepte comme un éloge. On a souvent dit qu'elle cédait imprudemment à une sorte d'instinct chevaleresque ; qu'oublieuse de ses propres intérêts, elle s'occupait à redresser des torts, et mettait son épée au service des faibles et des opprimés. On l'a dit, et avec raison. C'est une des gloiresde la France, d'avoir été du côté des petits dans presque toutes ses guerres ; d'avoir soutenu le duc de Saxe contre l'Empire , les Pays-Bas contre l'Espagne, les États-Unis contre l'Angleterre, la Grèce contre les Turcs, la Belgique contre l'Europe. Et c'est en vain qu'on essaie de déraciner ces antiques tendances ; qu'on nous répète des maximes de froide raison ; qu'on nous dit que le sang de la France n'appartient qu'à la
France , et qu'une nation dans ses alliances ne doit pas consulter ses sympathies , mais ses intérêts. Ces théories peuvent être admises aujourd'hui que tout est calme , aujourd'hui qu'il ne s'agit que de discuter à la trihune ou dans les journaux. Mais attendez qu'une grande occasion se présente, que le péril presse, que les passions soient eu jeu ; et vous verrez reparaître le vieil esprit national , aussi éner^ gique , aussi exclusif que par le passé! La France ira chercher ses amis parmi ceux qui aiment son drapeau , ses prindpes, son influence ; et la vieille question entre l'oppression et la liberté reparaîtra aussi claire, aussi nette, aussi tranchée, que si la diplomatie ne s'était pas appliquée à l'obscurcir et à la rapetisser en même temps par mille compUcations d'intérêts.
Le même esprit ne se manifeste-t-il pas dans nos affaires intérieures? Que d'entreprises commencées sans le savoir , continuées sans le vouloir, folles aux yeux de tous , et qui n'en dureront pas moins jusqu'à l'entier épuisement de nos ressources. Nous avons beau nous vanter d'être bourgeois ; ce sont là des manières de grands seigneurs.
L'Angleterre calcule naieux. Ce n'est pas elle qui , pendant des siècles , aurait enfoui ses trésors et ses soldats dans les fatales plaines de l'Italie. Ce