‹ Esclavage et traite: (volume 2)Chapitre 8 sur 24 · ÉTAT DE LA QUESTION BM FRANCE · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA QUESTION BM FRANCE

n'est pas ette qui aurait dépensé, sans résultat, toute la gloire militaire de la république et de l'empire. L'Angleterre a toujours devant les yeux un but solide, positif, et elle y marche constamment. Ses amitiés, son enthousiasme même ne cessent d'être au service de cette idée. Si vous voulez vous rendre compte de ses démonstrations en faveur de la Pologne, n'oubliez pas que la Russie menace l'influence britannique en Orient. Son intérêt maîtrise son orgueil lui-même , et ne craint pas d'accuser publiquement l'amiral Godrington d'avoir vaincu mal à propos à Navarin.

Tels sont les deux peuples, de leur propre aveu, du témoignage de l'Europe entière. L'un , aventureux , imprudent , plus curieux de gloire que de ^ profit; l'autre, politique, maître de lui, sachant attendre, et n'oubliant pas d'escompter tous ses succès. L'un, peuple gentilhomme; l'autre, peuple marchand.

£t cependant, dans une question immense, qui, depuis un demi-siècle, est pendante devant les deux peuples, le peuple gentilhomme s'est montré impitoyable par intérêt; le peuple marchand s'est montré prodigue par conviction.

Comment expHquer ce phénomène?

L'explication est simple , mais vaut la peine qu'on la donne.

Pour secourir les infortunes qui sont à nos portes , dont la voix frappe notre oreille , il suffit de cette générosité vulgaire , qui nulle part (je le répète à Vhonneur de mon pays) n'a plus d'énergie que dans son sein. La vanité seule pourrait commander de prendre en main des griefe récents , publics , qui retentissent dans l'Europe entière.

Mais quand il s'agit de ces infortunes lointaines, muettes, immobiles depuis des siècles de l'autre côté de l'Océan ; quand rien de nouveau , rien d'inattendu n'appelle l'attention sur elles ; il faut, pour nous dire à nous*mêmes ce que les autres ne nous disent pas, pour sonder volontairement cette vieille plaie , pour écarter ces commodes prétextes de la durée et du silence, il faut plus que la générosité, plus que la vanité bumaine; il faut la charité évangélique.

On parle beaucoup de christianisme en France, depuis quelque temps surtout. Dans la question qui nous occupe, en particulier, il n'y a pas d'incrédule qui ne croie devoir insister sur l'importance de l'instruction religieuse des esclaves. IVfais, qu'on lie sache bien , pour arriver à l'émancipation , le christianisme des blancs est aussi nécessaire que celui des noirs ; et la France n'est pas chrétienne.

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