CHAPITRE I
l’esclavage en orient et en GRÈCE
Le principe de l’égalité naturelle des hommes et de l’unité morale du genre humain, affirmé paT la conscience, inscrit dans la Genèse, fut promptement obscurci par la passion et le préjugé. Aussi loin que nos regards puissent s’étendre dans le passé, nous trouvons l’humanité divisée en deux classes d’hommes : l’une jouissant de tous les droits, l’autre supportant toutes les charges, les maîtres et les esclaves.
Le fait générateur de l’esclavage peut être cherché dans les péripéties de cette « lutte pour l’existence » qui, à la suite de la déchéance originelle, marqua les débuts des premières familles humaines ; il est pro-
bable que le vainqueur, pour mettre son ennemi hors d’état de nuire, tout en lui laissant la vie, lui enleva souvent la liberté, l’obligeant à reconnaître son empire et à se soumettre à ses lois (1). Mais un tel état de choses eût dû n’être que transitoire, et cesser quand la société civile se fut régularisée, que les droits et les devoirs mutuels des individus eurent été définis, et que la protection des lois eut remplacé les nécessités de la défense individuelle. Le maintien de l’esclavage à partir de cette époque ne peut s’expliquer que par l’oubli, de la part des puissants et des forts, d’une des lois essentielles de la nature humaine.
Cette loi est celle du travail. L’homme est fait pour travailler, comme la terre pour donner des fleurs et des fruits. La Genèse nous apprend que Dieu plaça l’homme, à peine sorti de ses mains, à peine éveillé à la vie, dans un jardin délicieux, « pour qu’il y travaillât (2) «. Il n’avait pas encore péché, et déjà il était soumis à la loi du travail. Le travail, aux yeux des chrétiens, n’est pas un châtiment, mais une obligation, une loi, à laquelle l’homme, même demeuré innocent, n’eût pu se soustraire. Ce qui est un châtiment, une conséquence de la chute ori-
1. Mgr Salvatore Talamo, La Schiavitù seconda Aristotele e i dottori scolastici, parte I, dans les Stiidi e Documenti di Storia e Diriito, Rome, juillet-septembre 1882, p. 134.