André Chénier, Idylles, la Liberté, vers
l’esclavage eomain.
ne vit plus que du blé que lui envoient la Sicile, la Sardaigne, l’Égypte, l’Afrique, et toutes les provinces tributaires. Que la flotte de Sardaigne ou d’Égypte fût arrêtée par la tempête, c’était la famine en perspective, et cela suffisait pour faire éclater dans Rome une émeute.
Les provinces, elles aussi, devaient voir peu à peu, comme l’Italie et par l’effet des mêmes causes, leur production se ralentir. Partout, devant l’envabissement du travail esclave, la culture s’arrête, la population diminue. Chaque jour un bâtiment agricole tombe en ruine, un vignoble est abandonné, l’herbe recouvre un champ de blé : tout devient pâturage. Là oh jadis la charrue avait passé, là oh des bras nombreux avaient retourné la terre et coupé les moissons, le pâtre indolent pousse devant lui son troupeau. Ces pâtres, devenus les seuls habitants de certaines parties de l’Italie, se font brigands : la loi s’effraye, leur interdit l’usage des chevaux : on devait voir un jour des magistrats malades n’oser s’éloigner de Rome, tant les routes devenaient peu sûres. Il en est de même hors de l’Italie. « On voit, écrivait déjà Sénèque avant la fin du premier siècle, des provinces, des royaumes entiers broutés par d’innombrables troupeaux (1). « Au deuxième siècle, la Grèce entière n’aurait pu lever trois mille soldats,