CHAPITRE IX
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Les efforts de l’Église pour diminuer le nombre des esclaves forment une partie considérable de son histoire pendant les premiers siècles. Elle combat avec une grande énergie le luxe corrupteur que le paganisme avait engendré : le premier des luxes dont elle demande la suppression est celui qui consiste dans la possession d’un grand nombre d’esclaves. Saint Jean Chrysostome voudrait réduire les maîtres à un seul serviteur : il en concède deux tout au plus. Ce n’est pas encore la suppression de l’esclavage ; mais combien serait-il resté d’esclaves, si ces conseils avaient été suivis à la lettre ?
l’ouvkiee libee.
Les plaisirs du théâtre absorbaient dans le monde antique, une prodigieuse quantité d’esclaves, voués à des emplois dont la licence de nos scènes modernes ne peut même donner une idée. Il y avait d’abord les gladiateurs, dont plusieurs milliers périssaient quelquefois dans un seul jour de fête : l’Église ne cessa de demander au pouvoir civil la suppression de ces horribles boucheries. Constantin essaya de les interdire, mais sans succès. Elles ne cessèrent tout à fait qu’en 404 : un moine se jeta au milieu d’une troupe de gladiateurs qui s’égorgeaient dans le Colisée ; comme il tentait de les séparer, il fut lapidé par les spectateurs. Mais la leçon donnée par son martyre ne fut pas perdue : l’empereur Honorius prononça immédiatement la suppression de ces jeux sanglants. L’Église s’efforça, avec la même ardeur et la même persévérance, sinon de faire fermer les théâtres, ce qui n’était pas possible, au moins de libérer de l’esclavage les hommes et les femmes qui y servaient aux plaisirs publics. Même ceux d’entre eux qui semblaient de condition libre étaient cependant enchaînés à leur métier par des lois impies, et cette servitude était héréditaire. De plus, les troupes d’acteurs contenaient des multitudes d’esclaves. L’Église obtint peu à peu des empereurs qu’ils relâchassent le lien de la servitude théâtrale, qu’ils permissent aux histrions et aux comédiennes d’abandonner cette profession quand elle pesait à leur
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conscience, aux fils et aux filles de n’y point succéder à leurs parents : la possession d’esclaves clirétiens fut interdite à la classe la plus corrompue des liistrions, et enfin, au cinquième siècle, un édit solennel cliargea les magistrats des villes et les évêques de veiller à ce qu’aucune femme, libre ou esclave, ne fut contrainte de monter malgré elle sur le théâtre (1).
Ainsi commençait à se rompre ce filet du cirque et du théâtre qui, pendant les siècles païens, avait enserré dans ses mailles tant de millions d’existences humaines. Les efforts de l’Église pour amener la diminution du nombre des esclaves coïncidaient providentiellement avec l’époque oh commençaient à tarir les sources qui avaient alimenté le plus abondamment l’esclavage antique. Quand le christianisme devint maître de la société, le temps des grands succès militaires de l’empire romain était passé. Il ne faisait plus de conquêtes, ne remplissait plus les marchés de milliers de captifs. Ne pouvant désormais se recruter au dehors, sinon dans une proportion restreinte, l’esclavage n’était plus guère alimenté que par le mouvement normal de la population servile : mais il est prouvé que les unions d’esclaves étaient peu fécondes, et que l’excédent des décès sur les naissances, dans cette population