Hist de V esclavage, 1. 1, p
l’esclavage en okient et en geèce.
usage dans les maisons riclies (1) : je suis tenté de ne réduire que dans une faible mesure le chiffre donné par Athénée d’après le recensement de Démétrius de Phalère. Meme en admettant l’évaluation de M. Wallon, il demeure certain que la population esclave dépassait considérablement, dans l’Attique, la population libre.
Rien, à Athènes, ne se faisait sans les esclaves. On les rencontrait où, dans les sociétés modernes, on rencontre les ouvriers et les serviteurs. Dans les mines, c’étaient eux qui fouillaient les profondeurs du sol ; dans les campagnes, c’étaient eux qui gardaient les troupeaux, sciaient les moissons, et travaillaient sous les ordres des cultivateurs libres ; dans les manufactures, c’étaient eux qui fabriquaient les étoffes, les meubles, les armes. Ils composaient en partie l’équipage des innombrables navires frétés par les armateurs du Tirée. Ils étaient employés dans les maisons de banque et de commerce. Dans les demeures privées ils faisaient tout le service domestique. Que l’on parcoure les plaidoyers de Démosthène, d’Eschine, de Lysias, on sera frappé du rôle considérable joué par l’esclavage dans les affaires les plus délicates et les plus compliquées de la vie athénienne. Il est partout, rien ne se fait sans
1. Platon, République, IX ; (Euvres, tr. Cousin, t. X, p. 200. — Xénophon, CyropécUe, VIII, 2.
ESCLAVES, SEEFS, MAINMOET ALLES .
lui, tout se fait par lui ; de là, une conséquence forcée : le travail écliappe aux hommes libres, à ceux du moins qui, ne pouvant aspirer à devenir patrons, n’ont, pour vivre, d’autre ressource que de louer leurs bras moyennant un salaire. Il faut que l’État nourrisse ces citoyens pauvres, qui tombent chaque jour plus nombreux à sa charge. On recourt, pour cela, aux expédients les plus extraordinaires : le pauvre athénien, qui vit oisif, est payé pour aller voter à l’agora, payé pour siéger au tribunal : et le service des tribunaux, dans la seule ville d’Athènes, absorbe chaque année le tiers des citoyens (6,000 sur 20,000), appelés par le sort à juger. Pendant que les esclaves travaillent, l’État nourrit l’homme libre qui ne travaille pas.
C’est ainsi que, par un détour, Athènes vient rejoindre Sparte : le communisme chez celle-ci, le socialisme chez celle-là : chez toutes deux, le mépris du travail et l’esclavage.
A première vue, la situation de l’esclave paraît avoir été moins dure à Athènes qu’elle n’était à Sparte, qu’elle ne fut à Kome. Xénophon constate la licence dont jouissaient les esclaves. Les comédies les montrent causant familièrement avec leur maître, partageant avec lui les travaux des champs, prenant part aux solennités domestiques. Mais les comiques aiment aussi à présenter au public le tableau grotesque de l’esclave “ sur lequel le fouet a lâché l’ar-
l’esclavage en oeient et en geêce.
mée de ses lanières, et dont le dos est tout ravagé. Quelquefois, rapporte Théophraste, le malheureux, pris de désespoir après avoir été fouetté, s’allait pendre (1). Xénophon parle d’esclaves qui travaillaient enchaînés. L’esclave était sans cesse mis juridiquement à la torture : dans les innombrables procès, même civils, oîi son témoignage était nécessaire, c’était le seul moyen d’enquête que la loi athénienne autorisât à son égard. Démosthène, dans ses plaidoyers, parle fréquemment d’esclaves mis à la question, et, ce qui est surprenant, il paraît (sauf une fois) avoir grande confiance en ce moyen de preuve.
L’esclave pouvait donc être fort malheureux. Il l’était toujours, s’il réfléchissait à sa condition. Bien qu’à Athènes la vie de l’esclave fût protégée, aux yeux de la loi il était un animal, un meuble, une chose. Il ne pouvait être ni mari ni père : les enfants qui naissaient des unions passagères qu’il contractait, sous le bon plaisir du maître, avec ses compagnes d’esclavage, ne lui appartenaient pas : ce n’étaient que les petits d’un troupeau. Un grand nombre d’esclaves des deux sexes étaient voués
1. Une petite pièce de V AyitJiologie, l’épitaphe d’une mère de famille, dit qu’on voyait sur son tombeau une chouette, un arc, une oie, un chien et un fouei ; les vers expliquent que ce sont là autant de symboles ; le fouet signifie, nous dit-on, la justice de la maîtresse de maison. — Anthologie grecque, 1. VII, p. 472.
ESCLAVES, SEEES, MAINMOET ALLES.
par leurs maîtres à la débauclie. Même doucement traité, l’esclave athénien n’était qu’un être inférieur, indigné du nom d’homme. Platon blâme les maîtres qui sont durs envers leurs esclaves, “ au lieu de les mépriser, comme font ceux qui ont reçu une bonne éducation (1) «.
Telle est, sur le traitement dû aux esclaves, l’opinion du plus grand des écrivains philosophiques de l’antiquité. L’école socratique tout entière professe à leur égard ce mépris. « Les autres animaux apprennent à obéir, dit Xénophon, grâce à deux mobiles : le châtiment, quand ils essaient de désobéir, et^ quand ils se prêtent au service, le bon traitement. Ainsi les poulains apprennent à obéir aux dresseurs. De même, les petits chiens, qui sont si inférieurs à l’homme sous le rapport de l’intelligence et du langage. . . Quant à l’éducation des esclaves, qui les rapproche de celle de la bête, ils sont très faciles à plier à l’obéissance. En satisfaisant les appétits de leur ventre, on se fait bien venir auprès d’eux. Il faut aussi exciter leur émulation par des distinctions, des louanges, des présents. » Les malheureux auraient tort d’être dupe de ces douceurs intéressées : “Ils l’appelaient leur père pour les soins qu’il leur donnait, dit encore Xénophon, parlant d’un de ses héros, et cependant ces soins n’avaient d’autre but que de