LES COMMUNAUTÉS DE SERFS
Bien que ces associations — fraternités, compagnies, coteries — ne fussent pas essentiellement des communautés de famille, car on y accueillait des étrangers, cependant la plupart d’entre elles durent se composer, au moins à l’origine, de personnes unies par les liens du sang : peu à peu de nouveaux ménages se formèrent autour du noyau primitif, quelques éléments du dehors vinrent s’y adjoindre, et telle association, réunissant au début un petit nombre d’intéressés, put, après quelques années d’existence, constituer une véritable tribu. “ Dans ces sociétés patriarcales, tous, vieux ou enfants, hommes ou femmes, mariés ou célibataires, restent de père en fils, et ont part au pain, au sel et à la caisse commune : ceux-ci pour les services qu’ils ont rendus ; ceux-là pour les services qu’ils rendront un jour; les autres pour les services qu’ils rendent actuellement à la communauté. Le pain est l’emblème de ces sociétés rustiques, et voilà pourquoi les membres en sont appelés companij c’est-à-dire mangeant leur pain enseniblement (1). Aussi, quand ils conçoivent le triste dessein de se séparer, le plus vieux d’entre eux, conformément à la formule de dissolution consacrée, prend un couteau, et partage le grand pain en divers chanteaux (2). n