‹ Esclaves, serfs et mainmortables (volume 2)Chapitre 77 sur 87 · Dunod, Traité de la mainmorte, 1733, p · texte numérisé non relu

Dunod, Traité de la mainmorte, 1733, p

LES communautés DE SERFS.

champoyer leur bestail dans les bois qui y sont, lequel est en assez grande quantité, » « ont d’assez amples communaux et ont force boys ; ont prey et rivière, nourrissent force bestail ; ne doibvent rien; leurs terres sont de bon rapport, la scituation est en un lieu plain, d’assez grande estendue et très agréable. « Le village de Grury est astreint à de lourdes charges. Les habitants sont mainmortables, et partagés entre deux seigneuries. Ils sont obligés “ à la corvée à volonté, plus au droict dict de treserent, qui est que, de tous leurs fruicts qui proviennent de leurs héritages et de ce qui en dépend, ... ils doibvent aux seigneurs le tiers de tout ce qui en provient ; sont aussy fort chargez de rentes foncières, et les droits de lods et ventes y sont excessifs. Sont aussy subjectz aux réparations qui sont à faire au chasteau de la seigneurie. 55 Dans ce village, il y a « cent quarante habitants imposez, dont quarante-neuf sont laboureurs, et vingt d’iceux demeurant chez eux et propriétaires de leurs. fonds, les autres estant grangiers, journaliers et manouvriers. n On voit qu’au milieu du dix-septième siècle des mainmortables, même habitant des localités plus chargées que d’autres de droits féodaux, pouvaient atteindre cependant une grande aisance : quarante-neuf « laboureurs « sur cent quarante chefs de famille est une proportion que l’on trouverait difficilement dans un village d’aujourd’hui. A Yélée,

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les habitants étaient aussi sujets à la mainmorte : « Leurs maisons, dit le procès-verbal de visite, sont en assez bon estât, et, par le moyen de la grande quantité de prey qu’ils ont, nourrissent force bestail (1). 55

Cette prospérité est remarquable, car le dixseptième siècle est l’une des époques les moins heureuses pour le paysan : partout, en général, la misère augmente et la population diminue. On constate avec surprise qu’il en est autrement dans certains pays de mainmorte. Ainsi, en Franche- Comté, où, selon Dunod, en 1733 “ la plupart des personnes et des biens de campagne étaient encore de condition mainmortable (2), 55 la population et l’aisance croissaient dans des proportions inconnues ailleurs à la fin du dix-septième siècle. Le 14 juin 1695, l’intendant, M. de La Fond, répond en ces termes au contrôleur général : “ La lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 4 de ce mois, au sujet de l’avis que l’on a donné au roi que le nombre des terres incultes augmente tous les jours dans plusieurs endroits du royaume, ne regarde point cette province, puisque actuellement presque tous les habitants travaillent sans discontinuer à défri -

1. Dumay, Éiat du bailliage d'Autun en 1645, n»® 77, 86, 113, 137, 140, 142, 150, 154; p. 102, 113, 175, 177, 179, 198.

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