LES COMMUNAUTÉS DE SEBES
cher, chacun sur leur territoire, tous les endroits qui estoient infructueux depuis les guerres de l’année 1636, mesme jusqu’aux plus mauvais et plus écartés, dont ils font des prés et des champs. . . Il y a présentement un tiers plus de terres en nature qu’il n’y en avoit lorsque S. M. a conquis ladite province, et je n’en sais aucune d’inculte (1). » A coup sûr, ces heureux résultats ne sauraient être attribués au régime de la mainmorte, mais il est permis d’en faire honneur à l’habitude prise par les mainmortables de vivre en communauté. Les seigneurs se trouvaient plus portés à faire des concessions de terres à des communautés qu’à des individus, puisqu’ils avaient recours contre l’association entière pour le paiement de leurs redevances. Les paysans associés s’assuraient les moyens d’entreprendre en commun des exploitations plus considérables, ou même des industries (2), que le manque de capitaux n’eût point permis à des individus isolés de tenter avec le même succès.
1. A. DE Boislisle, Correspondance des intendants avec les controleurs généraux, n» 1437, p. 393.
2. Dans certaines commnnautés d’Auvergne, une partie des parsonniers se livraient aux travaux de la coutellerie, et les autres à ceux des champs. Le salaire des premiers était mis dans une bourse commune, tandis que l’association vivait des produits obtenus par les seconds. Dareste de la Chavanne, Histoire des classes agricoles, p. 235.
252 ESCLAVES, SEEES, MAINMOET ABLES.
Cependant il faut reconnaître que, si favorable qu’il puisse être à certains égards, l’état de communauté est, en soi, inférieur au régime de la propriété et du travail individuels. Excellent quand la civilisation est encore dans l’enfance, il laisse plus clairement apparaître ses inconvénients et voit diminuer ses avantages, à mesure que le bien-être général progresse, que les rapports entre les hommes augmentent, que les voies de communication et les moyens d’échange se multiplient. La situation d’une communauté d’Auvergne, que Legrand d’Aussy visita en 1788, et qui se suffisait à elle-même, n’achetant au dehors que du sel et du fer (1), pouvait être enviable au moyen âge, quand les relations commerciales existaient à peine : elle était certainement très arriérée à la fin du dix-huitième siècle, et les produits industriels que cette communauté tirait de son seul travail devaient être, pour la plupart, plus coûteux et moins bons que ceux qu’elle eût pu acheter. L’un des hommes qui ont tracé le tableau le plus favorable des communautés rurales, Dunod, nous en fait aussi connaître les inconvénients (2). Nulle part ils n’ont été plus clairement indiqués que dans le rapport adressé, en 1783, par
1. Voyage fait en 1787 et 1788 dans la ci-devant Haute et Basse Auvergne, Paris, an III, t. I, p. 455, 475 et suiv.