Rcpubliquc, VIII ; tr. Cousin, t. X. p
l'esclavage en orient et en GRÈCE. 25
les faire rester plus tranquillement clans l'esclavage (1). n
On ne pourrait trouver chez les philosophes de la Grèce un mot favorable à l'abolition de l'esclavage. Pour eux, il est une nécessité sociale ; l'homme "T? appartient avant tout à la cité: or, le citoyen, pour ^ remplir tout son devoir envers l'État, doit être un homme de loisir ; il faut que d'autres travail-» lent pour lui assurer ce loisir : d'où la légitimité de l'esclavage. Ce point de vue étroit domine toute leur morale : emprisonnés en quelque sorte dans l'idée de cité, ils ne peuvent s'élever à celle de la fraternité universelle. Platon, dans les premiers livres de sa Bépublique, semble concevoir l'idée d'un Etat oii il n'y aurait pas d'esclaves ; mais que l'on poursuive la lecture de ce traité fameux, on y verra bientôt l'esclavage paraître, et Platon se bornera, en définitive, à donner aux citoyens de son Etat imaginaire le conseil de ne point avoir d'esclaves de race grecque, parce que toutes les cités grecques appartiennent à une même patrie : ils ne devront réduire en servitude que des barbares (2). Dans le traité des Lois, il considère l'esclavage comme inévitable ; il en énumère les inconvénients ; il recherche les moyens d'y remédier, mais il accepte la so-
1. Xéxophox, Economiques, l.i ; Cijrojye'die, YUI, 1. "2. Béjniblique, V ; tr. Cousin, t. IX, p. 295, •2&6.
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ciété grecque comme elle est, et ne paraît pas soujDçomier qu'un jour viendra où pourra disparaître ^ cette disposition de libre et d'esclave introduite par la nécessité (1) ».
L'esprit rigoureux d'Aristote va plus loin encore : il est, pourrait-on dire, le théoricien de l'esclavage. Comme s'il eût voulu échapper à un importun scrupule d'humanité, à une sourde protestation de la justice, il s'efforce de justifier à ses propres yeux et aux yeux de ses compatriotes ce fait brutal sur lequel toute la société antique reposait. Aristote ne veut pas qu'un citoyen soit labourem-, et qu'il courbe sa noble stature sous des travaux qui dégradent le corps. Qui donc fera ces travaux ? Puisqu'ils sont indignes des hommes libres, et cependant indispensables, il faut au moins, jusqu'au jour oti les machines pourront les remplacer, qu'il y ait dans l'humanité des êtres inférieurs destinés à cet emploi (2). Il y a des esclaves par nature. Ce sont ceux qui sont inférieurs à leurs semblables autant que le corps