L ESCLAVAGE EN ORIENT ET EN GRECE
mée de ses lanières, et dont le dos est tout ravagé. » Quelquefois, rapporte Tliéophraste, le malheureux, pris de désespoir après avoir été fouetté, s'allait 1 pendre (1). Xénoplion parle d'esclaves qui travaillaient enchaînés. L'esclave était sans cesse mis juridiquement à la torture : dans les innombrables procès, même civils, où son témoignage était nécessaire, c'était le seul moyen d'enquête que la loi athénienne autorisât à son égard. Démosthène, dans ses plaidoyers, parle fréquemment d'esclaves mis à la question, et, ce qui est surprenant, il paraît (sauf une fois) avoir grande confiance en ce moyen de preuve. L'esclave pouvait donc être fort malheureux. Il l'était toujours, s'il réfléchissait à sa condition. Bien qu'à Athènes la vie de l'esclave fût protégée,/ aux yeux de la loi il était un animal, un meuble, une chose. Il ne pouvait être ni mari ni père : les enfants qui naissaient des unions passagères qu'il contractait, sous le bon plaisir du maître, avec ses compagnes d'esclavage, ne lui appartenaient pas : ce n'étaient que les petits d'un troupeau. Un gi^and nombre d'esclaves des deux sexes étaient voués
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1. Une petite pièce de V Anthologie, l'épitaplie d'une mère de famille, dit qu'on voyait sur son tombeau une chouette, un arc, une oie, un chien et un fouei ; les vers expliquent que ce sont là autant de symboles ; le foviet signifie, nous dit-on, la justice de la maîtresse de maison. — Anthologie grecqiie, 1. VII, p. 472.
24 ESCLAVES, SERFS, MAINMORTABLES.
par leurs maîtres à la débauche. Même doucement traité, l'esclave athénien n'était qu'un être inférieur, indigne du nom d'homme. Platon blâme les maîtres qui sont durs envers leurs esclaves, " au lieu de les mépriser, comme font ceux qui ont reçu une bonne éducation (1) n.
Telle est, sur le traitement dû aux esclaves, l'opinion du plus grand des écrivains philosophiques de l'antiquité. L'école socratique tout entière professe à leur égard ce mépris. " Les autres animaux apprennent à obéir, dit Xénophon, grâce à deux mobiles : le châtiment, quand ils essaient de désobéir, et, quand ils se prêtent au service, le bon traitement. Ainsi les poulains apprennent à obéir aux dresseurs. De même, les petits chiens, qui sont si inférieurs à l'homme sous le rapport de Tintelligence et du langage. . . Quant à l'éducation des esclaves, qui les rapproche de celle de la bête, ils sont très faciles à plier à l'obéissance. En satisfaisant les appétits de leur ventre, on se fait bien venir auprès d'eux. Il faut aussi exciter leur émulation par des distinctions, des louanges, des présents, n Les malheureux auraient tort d'être dupe de ces douceurs intéressées : « Ils l'appelaient leur père pour les soins qu'il leur donnait, dit encore Xénophon, parlant d'un de ses héros, et cependant ces soins n'avaient d'autre but que de