AxDRÉ Chénier, Idylles, la Liberté, vers
l'esclavage KOMAIN. 47
ne vit plus que du blé que lui envoient la Sicile, la Sardaigne, l'Egypte, l'Afrique, et toutes les provinces tributaires. Que la flotte de Sardaigne ou d'Egypte fût arrêtée par la tempête, c'était la famine en perspective, et cela suffisait pour faire éclater dans Kome une émeute.
Les provinces, elles aussi, devaient voir peu à peu, comme l'Italie et par l'effet des mêmes causes, leur production se ralentir. Partout, devant l'envaliissement du travail esclave, la culture s'arrête, la population diminue. Chaque jour un bâtiment agricole tombe en ruine, un vignoble est abandonné, l'herbe recouvre un champ de blé : tout devient pâturage. Là où jadis la charrue avait passé, là où des bras nombreux avaient retourné la terre et coupé les moissons, le pâtre indolent pousse devant lui son troupeau. Ces patines, devenus les seuls habitants de certaines parties de l'Italie, se font brigands : la loi s'effraye, leur interdit l'usage des chevaux : on devait voir un jour des magistrats malades n'oser s'éloigner de Rome, tant les routes devenaient peu sûres. Il en est de même hors de l'Italie. « On voit, écrivait déjà Sénèque avant la fin du premier siècle, des provinces, des royaumes entiers broutés par d'innombrables troupeaux (1). 55 Au deuxième siècle, la Grèce entière n'aurait pu lever trois mille soldats,