Sénèque, De Benef., VII
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ce qui était le contingent de la seule ville de Mégare à la bataille de Platée. Au troisième siècle, il y avait, dans toutes les provinces, des terres abandonnées, que l'on offrait au premier occupant, et qui ne pouvaient trouver de maîtres. Dans une partie de la Gaule, les champs restaient en fricbé, les vignes vieillies n'étaient pas remplacées, les voies militaires elles-mêmes n'étaient plus entretenues. Au quatrième et au cinquième siècle, en Gaule, en Italie, en Afrique, il faut, à de nombreuses reprises, diminuer l'impôt foncier, ou même en faire remise intégrale. Dans une province, les terres désertes deviennent si nombreuses à la fin du quatrième siècle, que l'empereur Honorius ordonne de brûler les rôles désormais inutiles. En vain essaie-t-on de remplacer par des captifs barbares les indigènes disparus : rien ne peut rendi^e à l'empire une population agricole. Le sol et la race s'appauvrissent partout. Les champs cultivés, qui étaient devenus des landes, deviennent maintenant des bois ; l'herbe avait tout envahi, elle est envahie à son tour : la nature sauvage a repris le dessus. « Dans les Gaules, dans l'Italie même, dit M. de Champagny, commencent à naître ces grandes forêts qui ne seront défi^ichées qu'au bout de cinq ou six siècles par les fils de saint Benoît (1). »
1. De Champagny, Les Césars du troisième siècle, Paris, 1870,
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Regardons de plus près, maintenant, quel était le sort et quelle était l'influence personnelle de ces esclaves, dont la seule présence avait comme frappé de stérilité les sols les plus fertiles.
Ils n'eurent pas une action moins désastreuse sur leurs maîtres. Dès l'enfance, ils entourent le Romain et s'emparent, pour ainsi dire, de son âme. Il a sucé le lait d'une nom^rice esclave : c'est un pédagogue esclave qui l'accompagne aux écoles ou lui donne les premières leçons. L'influence prolongée de ces nourrices sm' les jeunes filles, celle des pédagogues sur les jeunes gens, était rarement bonne : souvent elle fut épouvantablement corruptrice. Certains textes de loi, certaines révélations de Yalère Maxime et de Suétone, quelques mots curieux de Plutarque, et surtout un grand nombre de traits épars dans les comédies de Plante et de Térence, et qui semblent vraiment pris sur le fait, nous révèlent ce qu'était cette éducation servile : l'enfant en sortait l'âme presque toujours gâtée, le corps trop souvent souillé. Même quand, par un heureux hasard, il était tombé entre les mains d'un pédagogue honnête, celui-ci avait rarement l'autorité nécessaire pour maîtriser les mauvais instincts de son élève : une scène du Bacchides de Plante nous montre un vieil instituteur s'eiïorçant d'arracher au vice un jeune Romain qu'il a élevé : <( Oublies-tu que tu as un père ? dit l'instituteur, essayant de parler au nom de celui-ci. — Et
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toi, répond le jeune homme, oublies-tu que tu es esclave (1) ? «
Telle est la réponse que font à des leçons sans autorité des passions déjà sans frein. Combien l'esclavage multipliait autour de celles-ci les occasions de se satisfaire ! « Les choses honteuses, dit un esclave dans une comédie de Plante, doivent être considérées comme honorables quand c'est le maître qui les fait.» « Eien de ce qu'il ordonne, lisons-nous ailleurs, n'est dégradant. L'impudicité est un crime chez l'homme libre, une nécessité chez l'esclave, un devoir chez l'affranchi (2). » Tel est le code moral de l'esclavage ; « ne discourons pas, comme dit Dante, mais regardons et passons, » ou plutôt, passons sans regarder.
L'influence de l'esclavage, à cet égard, non seulement sur les années de Tadolescence, mais encore sur la vie de l'homme fait, sur le mariage, sur la famille, n'a pas besoin d'être expliquée. Quelques récits de Valère Maxime, quelques scènes du Satyricon, quelques comédies de Plante, particulièrement la Casina et le Stichus, jettent une lumière épouvantable sur ce triste sujet.
^ ^{p^ . Ce qu'il nous est permis de laisser voir, c'est l'ex-