Voir mes Esclaves chrétiens, p
LE stoïcisme et L ESCLAVAGE. 65
ger en principe le droit conjugal ou paternel de l'esclave ; au contraire, c'est le même Ulpien qui l'assimile ailleurs à l'animal, servus vel animal aliud, et la plupart des jurisconsultes qui ont prononcé, au sujet des esclaves, les paroles les plus dures, appartenaient, comme lui, à l'école stoïcienne. C'est un d'eux qui a dit ce mot : « Une tête servile n'a pas de droits. »
Nous pouvons donc conclure sans injustice, avec un écrivain qui ne peut être accusé d'un parti pris hostile à la civilisation antique : « Le pas qui restait à faire, personne n'eut le courage ni même la pensée de le faire. Les empereurs qui pouvaient tout, les jurisconsultes qui se donnaient pour les vrais prêtres de la justice, ne songèrent jamais à porter une main hardie sur l'inique et funeste institution de l'esclavage (1). » Il est à noter que, de tous les stoïciens dont les écrits sont venus jusqu'à nous, celui qui a le moins parlé des esclaves, celui qui paraît avoir le moins attaché sa pensée sur la question de l'esclavage, c'est le stoïcien couronné, c'est Marc-Aurèle. Et, chose remarquable, quand deux siècles plus tard, en pleine époque chrétienne, la philosophie païenne remonta pour quelques années sur le trône, en la personne de Julien, celui-ci est le seul des successeurs de Constantin qui n'ait ajouté
1. J. Denis, Hist. des idées mondes dans Vantiquite', t. Il, p. 79.
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aux codes de l'empire aucune loi en faveur des esclaves (1).
Ne soyons pas ti^op sévères, cependant, pour les jurisconsultes et les législateurs stoïciens. S'ils n'ont point tenté de faire plus en faveur des esclaves, c'est peut-être parce qu'ils avaient au fond du cœur le sentiment de leur impuissance ; peut-être un instinct secret les avait-il avertis que l'esclavage ne pouvait être aboli seul, et que la solution des problèmes que, depuis tant de siècles, il faisait peser sur la consscience universelle, impliquait une solution mille fois plus haute et plus délicate : la conversion du genre humain, la substitution, à l'ordre de choses antique, d'un ordre de choses nouveau. A cette tâche, tout effort humain eût échoué : il fallait Dieu.
1. L'empereur apostat, voulant s'approprier la bibliotlièque de révêque arien Georgius, massacré par les Alexandrins, recomm.ande de mettre à la torture les esclaves de celui-ci, afin de les contraindre à dire où sont les livres. Ep. 36.
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