LA SOCIETE CHRETIENNE
Le droit romain ne reconnaît pas le mariage de l'esclave : l'Égalise lui accorde le sacrement de mariage comme tous les sacrements. Les Constitutions apostoJlgues font un devoir aux maîtres chrétiens de procurer à leurs esclaves le moyen de « se marier légitimement. ?? Par le sacrement de mariage, un droit naît donc pour l'esclave : même dans la maison de leur maître, « les esclaves, dit saint Jean Clirysostome, ont pouvoir sur leurs épouses, w Séparer deux esclaves mariés devient, selon l'expression d'un pape, « un crime énorme, « tantum nef as. Les lois antiques ont dit que les esclaves ne pouvaient être déshonorées, qu'avec elles il n'y avait pas d'adultère : au contraire, la morale chrétienne proclame bien haut la sainteté du foyer des esclaves et le caractère inviolable du lien qui les unit. " Que vous ayez séduit une reine, dit saint Jean Chrysostome, ou que vous ayez séduit votre esclave, qui a un mari, c'est un crime semblable. Ceci et cela est un adultère, parce que ceci et cela est un vrai mariage. »
L'Église primitive va plus loin : elle consacre l'union de deux époux dont l'un est libre et l'autre esclave. Elle n'hésite pas à se mettre ainsi en contradiction avec la loi civile, aux yeux de laquelle il n'y avait de vrai mariage qu'entre personnes libres. Le pape saint Calliste, lui-même ancien esclave, rendit, à ce sujet, une décision célèbre. Il s'émut de la situation faite, au troisième siècle, à des chrétiennes de
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famille noble et de rang sénatorial, auxquelles il était difficile de trouver parmi les fidèles un époux de même condition, et qui eussent, en épousant un plébéien, perdu les privilèges attachés à leur naissance. Il leur permit de contracter même avec des esclaves un mariage que la loi civile considérait comme nul. Par ce moyen, il leur rendait possible de sauvegarder leurs privilèges, et en même temps de se marier, devant Dieu et l'Église, avec un chrétien. M. de Rossi a récemment découvert, dans la catacombe de Domitille, le tombeau qu'un esclave ou affranchi, nommé Onésiphore, avait élevé à son épouse, femme darissime^ c'est-à-dire de famille sénatoriale, et peut-être descendant de la race impériale des Flaviens (1). lia condescendance du pape Calliste a été vivement attaquée, non seulement par son contemporain et son ennemi, l'auteur des PhilosopJmmena, mais encore par un certain nombre d'historiens modernes (2) : et cependant quel progrès elle consacre ! La main de 'patricienne mise ainsi, sous les regards de l'Église, dans la main de l'esclave, n'est-ce pas toute une révolution, tout un " miracle, » comme l'avoue M. Kenan (3) ? En vain